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Date de création : 29 avril 2010. Saisie du texte intégral : fin mai 2010. Date du PDF : mercredi 14 décembre 2016, 15:43 - Dernière mise à jour sur cette fiche : mardi 24 janvier 2017, 19:15

 

Résumé : 1ère édition de la thèse de Joachim Estradère de 1863 Du Massage, son historique, ses manipulations, ses effets physiologiques et thérapeutiques. Elle eue un grand retentissement et fut publiée à plusieurs reprises mais la 1ère édition reste très peu courante. Bas de page.

 

Livre acquis, fermé à l'emprunt

TITRE : Est à votre disposition Du Massage, son historique, ses manipulations, ses effets physiologiques et thérapeutiques.

AUTEUR : Dr. Joachim Estradère (1833-1919), Docteur en médecine de la Faculté de Paris, Médecin consultant auprès de l'établissement thermal de Bagnères-de-Luchon.

ÉDITEUR : Adrien Delahaye et Emile Lecrosnier.

Date d'édition : 1863, Édition originale (alors âgé de 30 ans).
Régime politique du contexte de l'ouvrage (en France) : Second Empire (1852 – 1870), avec l'empereur Louis-Napoléon Bonaparte (20 avril 1808 – 9 janvier 1873) mort à 65 ans, 32e chef du gouvernement français de facto du 26 octobre 1851 – 2 janvier 1870, (18 ans, 2 mois et 6 jours).

Réédition : 2ème édition 1884 Fiche technique également disponible au CFDRM.

Lieu d'impression : France.

LANGUE : français.

FORMAT : Un volume complet, 13 x 21 cm, 168 pages avec les tables.

Type : thèse de 1863 en un volume.

ISBN : aucun.

Droits : domaine public.

Crédit photographique : Le CFDRM, identique que nous avons mais disposant une couverture de papier craft d'origine.

Texte intégral restitué.

 

Identifiant : http://www.cfdrm.fr

Numéro d'archives : à venir.

RELIURE : brochée, couverture de papier craft d'origine, muette. Scan non conforme à l'exemplaire que nous avons bien que la page de titre soit identique avec cette signature en gris, imprimée dans l'édition.
Il n'y eu pas à notre connaissance d'autre reliure que celle muette de cette première édition.

ILLUSTRATIONS : non

ETAT : très bon.

BIOGRAPHIE & THÈME : Médecine, Histoire du massage.

POIDS :

Description : La thèse inaugurale sur le massage, soutenue en 1863 à Paris par le Dr Jacques Estradère, constitue une confirmation de l’ancrage du procédé et une tentative de systématisation de la pratique. Cette thèse est le premier ouvrage qui parût dans la littérature française et étrangère sur l’ensemble des manœuvres auxquelles on donne le nom de massage. (Sources ADERF).

Commentaires : Le Dr Estradère présente sa thèse devant les mêmes membres de jury de thèse que celui pour le Dr Gustave Chancerel auteur d’une thèse sur Histoire de la gymnastique médicale Fiche technique la même année. Ces deux thèses sont réalisées dans le service du Dr Bouvier, chef de service à l’Hôpital des Enfants malades, fondateur de l’orthopédie médicale.
_ Il apparaît aussi dans un Recueil de 23 pièces reliées en 1 vol. in-8, demi-chagrin brun, dos orné à nerfs (reliure de l'époque) non acquis : Mémoires sur les Eaux Thermales de 1854-1872.
Ce travail est une anthologie qui a vraiment fait date mais il est étonnant qu'il ne cite pas
Avicenne.

Fiche de repérage (mots clef) : Voir.

TDM : Traite ou emploie des termes liés au massage. Oui.

Intérêt du Masso-contenu :

Auteurs qui le citent :

Bibliographie de Le Massage thérapeutique de l'abdomen, sa technique, ses indications, par Léon Salignat Ed. J.-B. Baillère et fils de 1901 TDM Fiche technique(thèse)
Massothérapie de l'Arthrite blennorrhagique à la phase aiguë par Fège Albert Ed. Steinheil, 1910 TDM ** Fiche technique (thèse)

Source en ligne : Google-livres de 1863. Numérisé le 22 juil. 2010.

Restitution de texte : p Lire (Complet) ou format PDF.

Provenance : Salvagnac, Midi-Pyrénées, France.

Incorporation : jeudi 29 avril 2010.

Accès à l'emprunt : non. (Argus de recherche 680€).

Statut de l'ouvrage : don.

Reconnaissance associative : Ce livre appartenait à la bibliothèque Alain Cabello et mis en ligne par lui.

 

 

 

Restitution de texte de : Du Massage, son historique, ses manipulations, ses effets physiologiques et thérapeutiques.

Voir notre politique de saisie de textes et explications.

Etat : (terminée) 168 pages disponibles sur 168.

Crédits : Saisie bénévole de texte (intégrale) effectuée par Alain Cabello au bénéfice du CFDRM.

Avant-propos :

Pour le CFDRM j'ai entrepris de vous recopier l'intégralité de la première édition que possède le fond d'archives du CFDRM de Paris de cette fameuse thèse de 1863 d'Estradère. Je ne l'ai pas trouvé en ligne à l'époque sur le net en cette fin mai 2010, pas même sur le site de BIUM (Bibliothèques Inter-Universitaires de Médecine), peut-être ai-je insuffisamment cherché mais ce travail méritait d'être mieux exposé. Sur Google-Livres il ne fut Numérisé que le 22 juil. 2010.

— Je vous propose ci-dessous, les noms propres cités dans l'ouvrage afin d'en avoir une vue d'ensemble ainsi que les noms communs concernant le massage, le type de massage rencontré et accessoirement les noms de villes ou de pays pouvant intéresser un jour peut-être ceux souhaitant travailler sur la géographie de nos métiers.

— Je vous propose aussi une bibliographie de l'ensemble des livres mentionnés dans cette thèse qui n'existait pas.

— Et enfin, une Table des matières dynamique permettant de se déplacer dans le texte.

 

Alain Cabello

  Noms propres cités

206 Noms propres cités : Ætius ; Ainslie ; Alexandre le Grand ; Alpinus ; Amiot ; Andry ; Anquetil ; Antylus ; Aran ; Archigène d'Apamé ; Ardouin ; Arétée ; Arrien ; Asclépiade ; Astley Cooper ; Aüerbach ; Baglivi ; Bagnères-de-Luchon Information ouverte dans une nouvelle page; Ballixerd ; l'abbé Barthélemy ; Bazin ; Béclard ; Béhier ; Bérard ; Bérend ; Claude Bernard ; Bizet ; Blache ; Boerhaave ; Bonnet ; Borelli ; Bouchardat ; Bourdier ; Bouvier ; Branting ; Brulet ; Bussemaker ; Caelius Aurelianus ; Campaignac ; Cazeaux ; Celse ; Cerillo ; Charpentier ; Du Choul ; Cicéron ; Colson ; Cook ; Cossigny ; Crispinus ; Cruveilhier ; Dally ; Daremberg ; Davis ; Delpech ; Depaul ; Désessarts ; Dioclès de Caryste ; Dionis ; Diotine ; Dujardin ; l'Ecole d'Alexandrie ; Elleaume ; Paul d'Égine ; Elix ; Entrecolles ; Estradère ; Faber de Saint-Jory ; Fioraventi ; Fleury ; FlourensFriedlander ; Fuller ; Galien ; Georgii ; Girard ; Gosselin ; Grisolle ; Grose ; Guillet ; Guyon ; Haller ; Hardy ; Haussmann ; Hérodicus / Hérodite ; Hérophyle ; Hessler ; Hey ; Heyne ; Hippocrate ; Hoffmann ; Homère Information ouverte dans une nouvelle page ; Horace Information ouverte dans une nouvelle page; Houzé ; Huc ;  Hue ; Hunter ; Jaccard ; Jonsthon ; Joubert ; Julien (l'empereur) ; Juvénal ; Kerr ; Laboulbène ; Laisné ; Larrey ; Laurent ; Lepage ; Lebatard ; Liétard ; Lieutaud ; Ling ; Littré ; Londe ; Longet ; Magne ; Mahomet Information ouverte dans une nouvelle page; Maisonneuve ; Malgaigne ; Martial ; Martin ; Massilius Cognatus ; Médée ; Meding ; Meibomius ; Mellet ; Ménélas ; Mercurialis ; Méry ; Meursius ; Moltenot ; Moreau ; Morel-Lavallée ; Mothe ; Müller ; Néarque ; Nélaton ; Nestor ; Neumann ; O'Beirne ; Oribase ; Osbeck ; Ovide ; Paracelse ; Ambroise Paré ; Paullini ; Pauthier ; Petit A. ; Petit-Radel ; Percy ; Pétrequin ; Philostrate ; Pidoux ; Pilos ; Piorry ; Pisistrate ; Platon ; Plempius ; Pline ; Polycaste ; Portal ; Pouteau ; Praxagore ; Puel ; Pythagore ; Quesnoy ; Raulin ; Razin ; Récamier ; Ribes ; Richet ; Richter ; Rizet ; Rivinus ; Royle ; Rufus (d'Éphèse) ; Sabatier ; Sanctorius ; Sarlandières ; Savary ; Sédillot ; Séguin ; Sénèque ; Séré ; Soma Koros ; Sthal ; Suétone ; van Swieten ; Sydenham ; Tacite Information ouverte dans une nouvelle page; Télémaque ; Théon ; Tissot ; Trousseau ; Ulysse ; Valleix ; Valles ; Velpeau ; Vessel ; Vidal ; Villars ; Virgile ; Wilson ; William Jones ; Wise ; Wright ;

 

Noms communs cités : massage, pédotribe, friction, apothérapie, frotte, huile, progymnaste, oindre, rubéfaction, malaxer, excoriation, strigiles, palestrique, luxation, fracture ; xystarque ; Cong-Fou ; Tao-ssé ; Frigidaire ; baptistère ; onctuaire ; Hypocauste ; zetes ; stibade ; heliocamine ; onctuaire ; onction ; Apodytaire ; chamboning ; confrication ; schampooing ; flagellation ; férule ; palette ; tapette ; battoir ; Etrille ; Roulette ; magnétiseurs ; rebouteurs, dames blanches, souffleuses d'entorses, écrasement.

 

Type de massages cités : massage thérapeutique, au Gant, à plusieurs mains, abdominal, de la tête, du cou, de la poitrine, des mains & des doigts, massage par piétinement avec les pieds (p.38), massage par flagellation, massage des poumon, du coeur, des seins, (frictions) p.55.

 

Massage des indiens, des chinois p.37, des Turcs, de l'Afrique, de l'Égypte, des Russes, des Finlandais,

 

Villes ou pays cités : Égypte, Grèce, Chine, Océanie (Tahiti, Tonga), Amérique, Inde, Alexandrie, Suède, Allemagne, Angleterre, France, Russie, Finlande, Turquie. Villes : Surate, Paris, rue du temple (Paris), Bagnères-de-Luchon Information ouverte dans une nouvelle page.

 

Index

Première partie, Histoire et définition du massage, ses manipulations.                    page 7

Chapitre Ier. HISTORIQUE ET DÉFINITION DU MASSAGE

I. — Période d'invention. Recherches dans les écris des anciens                       page 13

II. Période de rénovation.

III. — Période de perfectionnement. Etude chez les auteurs contemporains.   page 31

Chapitre II DE L'ART DE MASSER                                                                           page 53

Article I er. CONDITIONS QUE DOIT REMPLIR UN BON MASSEUR.                                "    "

Article II. INSTRUMENTS OU ARSENAL DU MASSEUR.                                              page 55

Article III. MANOEUVRE CONCERNANT LE MASSAGE.                                              page 65

_ Ier. — Des frictions.                                                                                          page 66

_ II.   — Des Pressions.                                                                                       page 68

_ III.  — Des Percussions.                                                                                   page 70

_ IV.  — Des mouvements.                                                                                    page 72

Article IV. MANIERE DE FAIRE UN MASSAGE.                                                          page 74

A. — Massage hygiénique.                                                                                     page 75

B. — Massage thérapeutique.                                                                                 page 85

I. — Massages particuliers des membres thoraciques.                                           page 86

II. — Massages thérapeutiques particuliers du membre inférieur.                            page 91

III. — Massages thérapeutiques particuliers de la tête.                                           page 97

IV. — Massages thérapeutiques particuliers du cou.                                              page 99

V. — Massages thérapeutiques particuliers du tronc.                                             page 102

Massages thérapeutiques particuliers de l'abdomen.                                               page 103

VI. — Massages thérapeutiques des organes.                                                        page 109

Deuxième partie. Effets physiologique du massage, ses indications                        page 114

Chapitre II Effets thérapeutiques du massage ; ces indications.                                  page 128

1er Maladie chirurgicales et médicales de l'appareil circulatoire                                 page 132

II. — Maladies de l'appareil respiratoire                                                                   page 136

III. — Maladies de l'appareil locomoteur                                                                  page 139

IV. — Maladies de l'appareil digestif                                                                        page 149

V. — Maladies des appareils de sécrétion et d'excrétion.                                        page 151

VI. — Maladies des fonctions d'innervation                                                              page 153

VII. — Maladies des organes génito-urinaire                                                            page 159

VIII. — Maladies constitutionnelles, diasthésique et intoxications                              page 161

 

 

Bibliographie citée par Estradère :
Chacun des noms répertoriés plus haut renvoient dans leur grande majorité à des ouvrages mais ci-dessous je ne cite que les noms associés à un titre spécifié dans le présent ouvrage.

  1. Meding nombreux écrits dans (Gazette des hôpitaux, 1862, n°92)
  2. Savary Lettres sur l'Égypte Fiche technique de 1785 et aussi la onzième lettre sur les Bains du Grand-Caire.
  3. Abbé Jean-Jacques Barthélemy, Le Voyage du jeune Anacharsis en Grèce Fiche techniquede 1788
  4. Les relations du voyage du capitaine Cook dans les îles de l'Archipel ; celles du capitaine Valles
  5. Hippocrate liv. Des articulations
  6. – Ainsi que, Traité des règles du massage (perdu) TDM Fiche techniquep. 11
  7. Sénèque Lettre 66 du livre VII ((53)
  8. Les oeuvres complètes d'Hippocrate Traduites par Littré, (1839-1861), Ed. Association Médicale d'Action Culturelle et Artistique de 1979 à 1989 Fiche technique(vol. IV, 103.) & (Vol. III, f° 329.) & (Vol. II, 367.) & (Vol. V, f°205.)
    Toujours de Littré mais non encore identifié (Ep. II, 6, 26.) & (Ep. IV, 45) & (Ep. IV, 56) & (Ep. V, 1).
  9. Cœlius Aurelianus (Ac. morb., III, 17) = De Morbis Acutis & Chronicis
  10. Traité de gymnastique Fiche technique de Philostrate, nouvellement découvert et traduit en 1858 par M. Daremberg
  11. Les œuvres d'Oribase par Bussemaker et Daremberg Fiche technique(vol. I, fol. 473, trad. DarembergFiche technique, en fait "page 474") & (Vol.1,  497) 2ème volume, folio 399.
  12. Le procès Moltenot
  13. Blache Ainsi que Traitement de la chorée par la gymnastique, 1865
  14. Du Choul, Des bains et antiques exercitations grecques et rommaines de 1555 TDM Fiche technique
  15. Dans son introduction des oeuvres d'Oribase (Malgaigne, 1840), au chapitre XV.
  16. Malgaigne Leçons d'orthopédie (1862) mais aussi (Leçons cliniques d'orthopédie, 1862, p. 52)
  17. – Ainsi que Traité des fractures et des luxations Ed. Baillière 1847 et 1855 en 2 volumes TDM  Fiche technique
  18. Operum Latinorum, parue à Frankfort (1ère Edition en 1582) chez Heredes Andrea Wecheli (André Wechel), Fiche technique par Laurent Joubert, qui a parlé d'un :
  19. Dionis, Des frictions et des exercices.
  20. Paracelse (Libri de vita longa, 1583)
  21. Alpinus De Medicina Egyptiorum 1591 Fiche technique pages 11, 25, 27 et 47
  22. Faber de Saint-Jory Agonisticon de 1595 Fiche technique
  23. Guyon Louis Miroir de la beauté (1615)Fiche techniquepage 26
  24. Borelli (De motu animalium, 1681. Fiche technique)
  25. – Ainsi que (Flagellum salutis, 1698) Fiche technique.
  26. Hoffmann (Dissertationes physico-medicae, 1708Fiche technique
  27. Les exercices du corps chez les anciens : pour servir à l'éducation de la jeunesse en 1772 par Sabatier FrançoisFiche technique
  28. Nicolas Dally, la Cinésiologie de 1857Fiche technique (folio 155),
  29. Tissot, Gymnastique médicinale et chirurgicale ou essai sur l'utilité du mouvement ou des différents exercices du corps et du repos dans la cure des maladies, 1780 Fiche technique ;Asclépiade (folio 3) & folio 255 & ()338)
  30. Meibomius L'Utilité de la flagellation dans la médecine et dans les plaisirs du mariage et des fonctions des lombes et des reins ( 1795) Fiche technique
  31. Amiot Mémoires sur les Chinois - Cong-Fou des bonzes de Tao-Ssé, de 1779 Fiche technique.
  32. Georgii Kinésithérapie, ou traitement des maladies par le mouvement selon la méthode de Ling et de son successeur Branting (1847)Fiche technique (folio 47, 81, 83, 84, 91)
  33. San-tsaï-tou-hoeï, publié à la fin du XVIe siècle Fiche technique.
  34. Lepage (thèse de 1813) Recherche historique sur la médecine des chinois Fiche technique
  35. Arrien, dans ses Indiques, II, 15
  36. Wise Commentary on the hindou System of medecine, publié à Calcutta (1845)
  37. Hessler a traduit en latin l'Ayur-veda de Suçruta (1854)Fiche technique
  38. Liétard, dans sa thèse inaugurale (Strasbourg, 1858) intitulée : Médecine chez les Indous Fiche technique
  39. Monuments thérapeutiques et exercices des Indiens publié par l'Athenœum de Berlin (Vol. I, 4° partie, avril 1854) traduit par le : Bouchardat dans Supplément à l'Annuaire de thérapeutique pour l'année 1861, p. 180 Fiche technique
  40. Tchang-seng "passage d'un ancien texte chinois traduit par le Père d'Entrecolles et publié dans le 3eme tome de Description géographique, Historique, chronologique, politique, et physique de l'empire de la Chine et de la Tartarie chinoise par Jean-Baptiste Du Halde de 1735 Fiche technique.
  41. L'Encyclopédie par Petit-Radel, probablement le Dictionaire des sciences médicales, Volume 31 de 1819, page 77.
    Dictionaire des sciences médicales
  42. Piorry Traité de médecine pratique, n°1028, vol. III pages 12, 23, 40, 106, 116, 118, 134 et 150.
  43. – Ainsi que, dans le tome III, p.81 de sa Pathologie
  44. – Ainsi qu'un article de M. Piorry "Le capitaine Wallis, dans son voyage dans la mer du Sud et à Tahiti... ( Il s'agit du tome 2 de Relation des voyages entrepris par ordre de Sa Majesté britannique Auteurs multiples dont Samuel Wallis en 1774 Fiche technique)
  45. Forster, dans le voyage du capitaine Cook*, dont il restitue un paragraphe provient de Observations faites pendant le second voyage de M. Cook, dans un voyage autour du monde, sur la géographie, la physique, l'histoire naturelle par Forster en 1778 en anglais. TDM Fiche technique.
  46. Baudin, dans ses voyages dans la Nouvelle-Hollande (1800) restitué dans Voyage aux Terres australes rédigé par François Péron usurpant ses écrits TDM Fiche technique
  47. Ardouin (thèse, 1815)Fiche technique
  48. Trousseau et Pidoux, Traité de matière médicales et de thérapeutique de 1821Fiche technique
  49. Percy et Laurent article sur la Percussion du Dictionnaire des sciences médicales en 1819 Fiche technique
  50. Sarlandières Traité du système nerveux dans l'état actuel de la science de 1840 TDM Fiche technique
  51. Bonnet Amédée Traité des maladies des articulations de 1845 (3e Ed.) TDM Fiche technique
  52. Girard (Gazette hebdomadaire, 1858)
  53. Bouvier Leçons cliniques sur les maladies chroniques de l'appareil locomoteur, 1858
  54. Maisonneuve lui-même (Gaz. des hôp. 1849)
  55. Maisonneuve (thèse de concours, 1844)
  56. Meding, Gymn. suédoise, p.33.)
  57. Martin aîné, de Lyon ( Mémoire, 1837
  58. Cazeaux dans son Traité d'accouchements Fiche technique
  59. Londe Nouveau éléments d'hygiène de 1827 Fiche technique
  60. Dictionnaire universel de matière médical et de thérapeutique, MM. Mérat et Lens
  61. Arétée (De curatione cardiacorum) un des chapitres du second Livre sur huit que compose Traité des signes, des causes et de la cure des maladies aiguës et chroniques par Ermerins, 1847 (traduit par Laennec) Fiche technique.
  62. (Arétée, Morb. acut., lib. II.) Gestationes et corporis concussiones ad movendum propellendumque calculum bene faciunt.
  63. Gabin-Saint-Marcel (thèse, 1853)
  64. Houzé (thèse, 1843)
  65. Richet (thèse de concours, 1850)
  66. Villars (thèse, 1854)
  67. Barnier Des paralysies musculaires de 1860
  68. Friedlander Education physique des enfants
  69. Désessarts Education corporelle des enfants
  70. Raulin De la Conservation des enfantsFiche technique
  71. Morel-Lavallée Des rétractions accidentelles des membres Concours de thèse pour l'agrégation de chirurgie de 1844
  72. Cruveilhier Anatomie pathologique du corps humain, Ed. Baillière de 1828-1842 TDM Fiche technique
  73. Grisolle (Gastralgie, entéralgie, etc.)
  74. Valleix (Traité des névralgies)
  75. Récamier (Colliques nerveuses, etc.)
  76. (journal de droit, 1849)

    Poésie
  77. Vers de Perse (sat. v) de Juvénal
  78. Plempius Uti aquae divides putrescunt ita et corpora nostro corrumpi otio  atque ignavia.
  79. Ovide dit, dans son livre des Pontiques : Cernis ut ignaviem corrumpant otia corpus. Ut vitium capiant, ni moveantur aquae.
  80. Horace Information ouverte dans une nouvelle page épode 14. : Mollis inertia cur tantam diffuderit oblivionem sensibus. Pocula letheos ut si ducentia somnos arcute fauce traxerim ?
  81. Géorgiques, Oeuvre de Virgile.

 

Bas de page

 

 

 

DU

 

 

MASSAGE

 

 

SON HISTORIQUE, SES MANIPULATIONS

 

SES EFFETS PHYSIOLOGIQUES ET THÉRAPEUTIQUES

 

Par

J. ESTRADÈRE

Docteur en médecine de la Faculté de Paris,

Médecin consultant auprès de l'établissement thermal de Bagnères-de-Luchon.

 

 

 

 

PARIS

 

Adrien Delahaye et Émile Lecrosnier

Place de l'École-de-Médecine

 

1863

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Page 5

INTRODUCTION

 

En prenant pour sujet de ma thèse inaugurale cette partie de la thérapeutique, peut-être un peu trop négligée de notre temps, je ne me suis pas proposé de faire un traité didactique du massage. Il ne m'appartient pas, en effet, d'apporter dans cette oeuvre ni l'expérience ni les lumières des maîtres dans la science. Trop jeune encore pour pouvoir donner à ce travail toute l'érudition et la pratique qu'il comporterait, je ne me dissimule pas toute la responsabilité qui m'incombe en publiant ce petit travail ; aussi, loin de croire que j'ai dis le dernier mot sur cette matière, je ferai observer que je n'ai eu que l'intention de préparer le champs de ceux qui me liront. Je leur aurai ainsi facilité les recherches dans le cas où ils voudraient bien faire une étude plus approfondie de ce sujet.

Mon but en faisant ce travail a été double.

Celui de grouper sommairement en quelques pages ce que peut attendre l'homme de cet agent, soit à l'état de santé parfaite, soit pendant qu'il est malade. Cette étude, qui n'est qu'une ébauche, sera, je l'espère, complétée par des maîtres consommés de la pratique médicale, qui en révéleront avec plus d'autorité que moi les merveilleux effets.

Mon deuxième but a été de donner aux praticiens qui, de temps en temps, trouvent dans la presse médicale la relation de l'heureuse influence de cet agent dans les diverses affections, le moyen de faire

 

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pratiquer ou de pratiquer eux-mêmes les diverses manoeuvres qui constituent l'art de masser. Cette dernière partie, l'ose l'espérer, sera traitée de la manière la plus complète. Peut-être ne serai-je pas assez heureux pour être compris dans les diverses manipulations que j'indique. Je me suis pourtant attaché à préciser de mon mieux  ces opérations, et pour cela, j'ai recueilli mes notes pendant ces manipulations elles-mêmes, que j'ai fait pratiquer par un masseur habile de l'établissement thermal de Bagnères-de-Luchon, qui a bien voulu les répéter devant moi toutes les fois que je l'ai jugé nécessaire.

Trop heureux si, en faisant le premier pas dans la carrière médicale, j'ai pu, par la vulgarisation de cet agent thérapeutique, me rend utile et à mes confrères et à l'humanité.

 

Divisions. — Mon sujet sera divisé en deux parties. Dans la première partie, je définirai ce que l'on doit attendre par le massage. Je donnerai en même temps que l'historique complet de cet agent thérapeutique toutes les règles qui constituent l'art de masser.

Dans la deuxième partie, je ferai la thérapeutique du massage en commençant par un aperçu sur ces effets physiologiques, et en déduisant ensuite de ceux-ci l'action thérapeutique de cet agent dans diverses maladies.

 

 

 


 

 

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DU MASSAGE 

 

SON HISTORIQUE, SES MANIPULATIONS

 

SES EFFETS PHYSIOLOGIQUES ET THERAPEUTIQUES

 

1ère partie

——————————————~~<Ø>~~———————————————

 

 

Retour à l'index PREMIÈRE PARTIE

HISTORIQUE ET DÉFINITION DU MASSAGE, SES MANIPULATIONS.

 


 

CHAPITRE Ier.

HISTORIQUE ET DÉFINITION DU MASSAGE

 

J'aurais cru tout le monde d'accord sur ce que l'on doit entendre par le mot massage, surtout depuis l'article qui ne date certes pas d'aujourd'hui, et qui a été publié dans le Dictionnaire des sciences médicales, si je n'eusse eu tout récemment la preuve du contraire. C'est pourquoi je me suis vu dans la nécessité, en faisant son historique, d'en déduire les diverses manoeuvres qui le constituent, et de faire connaître ainsi ce que l'on doit entendre par le mot massage.

Lorsque Pouteau, Martin, Récamier, etc., etc., ont publié les

 

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résultats qu'ils obtenaient du massage, personne ne leur a demandé le sens de ce mot, bien qu'on leur ait contesté les résultats brillants de leur pratique ; il a fallu arriver à ces mois derniers pour voir M. Meding écrire (Gazette des hôpitaux, 1862, n°92) : « Ce mot (massage) comprend aujourd'hui trop, et est si mal compris et exécuté dans tous les bains qu'il ne dit plus rien, et il faudra désormais scinder le massage dans ses différents temps pour en déterminer l'effet. » Il donne ensuite le nom de mouvements synergiques, c'est-à-dire ce faisant avec l'assistance d'un individu, à la hachure, la friction, le foulage, le pétrissage, le sciage, le claquement, la lubrification, le frappement, le pointillage ou la vibration pointée, la percussion, la vibration profonde, circulaire et rectiligne, etc. « On s'étonnera, ajoute-il encore, de ne pas trouver ici le massage. »

Mais quelle nécessité avons-nous de scinder le massage ? Les raisons qu'en donne M. Meding dans son argumentation sont d'une valeur à peu près nulle, comme on va le voir.

Serait-ce parce que le massage est généralement mal fait et mal compris, selon les expressions de M. Meding, que nous devrions abandonner une telle pratique qui date des temps les plus reculés et que l'on a trouvée chez tous les peuples même les plus sauvages ?

Sans doute, pour expliquer les effets du le massage, il est nécessaire d'examiner l'action de chacune des manipulations en particulier sur les différentes fonctions de notre économie toute entière, pour arriver ensuite à la connaissance des effets de toutes ces manipulations faites en même temps ; mais il n'est nullement nécessaire de scinder le massage pour l'expliquer.

Faut-il dire, comme lui, que le massage comprend trop ? Qu'il déclare pourquoi, et qu'il ne raisonne pas à priori sans alléguer de motifs, et alors peut-être pourra-t-il convaincre.

Cependant il faut tout dire. Que laissera-t-il comme manipulations appartenant au massage, puisqu'il conserve ce nom, s'il ne lui réserve pas ce qui, aux yeux de tout le monde, comme nous le verrons bientôt,  constitue le massage ? Que M. Meding sacrifie le nom de massage ; qu'il le raye de la thérapeutique et de la kinésithérapie suédoise qu'il vante tant ; ou bien qu'il démontre, puisqu'il tient à

 

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le conserver, pourquoi le mot massage comprend trop aujourd'hui est si mal compris et exécuté.

Mais il se serait bien gardé d'assigner des limites au massage, car l'on l'on aurait vu que, si dans la notice qu'il a publié sur la gymnastique médicale suédoise, le 15 juillet 1862, il avait fait une part au massage dans les diverses manoeuvres qui constituent la gymnastique dite suédoise, il en aurait retranché une partie des mouvements pour les rendre les uns à la gymnastique proprement dite des anciens, d'autres au massage, d'autres enfin à la gymnastique médicale des anciens. Et alors en quoi consisterait cette nouvelle méthode de gymnastique médicale dite suédoise ? Qu'aurait-elle crée pour la rendre si supérieure à la gymnastique des anciens ? Quel en serait enfin le mérite ? Quelle serait la gloire qui reviendrait à Ling, l'inventeur de gymnastique dite suédoise ?

Après avoir lu divers écrits sur la gymnastique de Ling, par MM. Berend, Georgii, Dally, Meding lui-même, je suis resté convaincu que Ling n'a rien ajouté à la gymnastique des anciens, si ce n'est deux nouvelles dénominations : celles de mouvements passifs-actifs et d'actifs-passifs que les anciens nommaient simplement mixtes ou actifs et passifs à la fois. Les fauteurs de Ling n'ont même pas respecté ces dénominations et les ont changées, avec raison, pour celles de mouvements doubles concentriques et doubles excentriques. Réduite à cette innovation, la gymnastique suédoise ne mérite pas le nom d'une méthode nouvelle. Tout au plus si l'on doit ajouter à notre gymnastique ces nouvelles dénominations de certains exercices. Je ne citerai qu'un mot de M. Berend pour justifier ce que je viens d'avancer : « On peut rapporter aux mouvements passifs et actifs, déjà connus des anciens, les mouvements doubles qui caractérisent la gymnastique suédoise. Ce serait fort injustement que la méthode de Ling s'approriât les grandes et immuables vérités mises en lumière par les travaux de tant de siècles, alors que tous les meilleurs auteurs, qui ont étudié et pratiqué la gymnastique, ont appuyé leurs principes sur ces vérités. Ce que la gymnastique suédoise nous offre de vrai sous ce rapport n'est pas chose nouvelle. » D'ailleurs, les rapprochements que l'on peut faire de cette

 

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méthode avec celle des Indiens, des Chinois et des autres peuples, justifient cette critique sévère mais juste.

Cette petite digression était nécessaire avant de définir le massage, car plus loin on verra que les mouvements semi-actifs des anciens ou doubles excentriques et doubles concentriques des gymnasiarques suédois, sont des mouvements que le masseur est obligé d'exécuter ou de faire pratiquer par le patient.

Le massage fait partie des exercices passifs des anciens ; certaines de ces manipulations comptent parmi les exercices semi-passifs des anciens, doubles excentriques et doubles concentriques des gymnasiarques suédois, donc ceux-ci pratiquent le massage. D'ailleurs Ling lui-même l'indique dans plusieurs formules de sa kinésithérapie, c'est tout ce que je tenais à constater pour le moment afin de prouver d'abord : que cette pratique, loin de tomber dans l'oubli, est aujourd'hui plus en vogue que jamais dans les gymnases nationaux de Suède, et de l'aveu de M. Meding lui-même, il serait devenu un abus dans les établissements de Paris ; ensuite, que les gymnasiarques qui ont continué l'oeuvre de Ling et ce dernier lui-même, n'ont pas eu besoin de scinder le massage pour l'appliquer en thérapies et pour en constater les effets, chose que M. Meding trouve si nécessaire !

Je veux bien admettre avec M. Meding qu'à Paris le massage est pratiqué sur une autre échelle, mais il n'en est pas ainsi dans les autres parties de la France. Peut-être est-ce faute de gens capables de la pratiquer que les médecins le prescrivent rarement, car je n'oserais dire qu'ils ignorent ce moyen thérapeutique, qui n'est pas cependant de création récente, et que tous les rebouteurs, dames blanches, souffleuses d'entorses, mettent tous les jours en pratique ! Sans doute, si son origine n'était pas aussi ancienne que celle des exercices de gymnastiques eux-mêmes, il serait moins ignoré, et pourtant il n'est pas d'auteur ancien ou moderne qui ne mentionne le massage comme un agent thérapeutique dont on a obtenu des effets vraiment merveilleux !

Les historiens, les poëtes, les voyageurs, tous en font mention. Qu'on lise, en dehors des ouvrages de médecine, les relations du

 

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voyage du capitaine Cook dans les îles de l'Archipel ; celles du capitaine Valles ; qu'on lise les diverses histoires de l'Orient ; les Lettres sur l'Égypte Fiche techniquepar Savary ; le Voyage du jeune Anacharsis en Grèce Fiche technique, etc., etc., et l'on sera convaincu que cette manoeuvre, pour ainsi dire naturelle chez les peuples sauvages, en pratique chez les peuples civilisés de l'ancien continent, a peut-être été créée avant la gymnastique régulière et rationnelle !

Quoi qu'il en soit, je vais citer quelques passages prouvant que le massage a été pratiqué dès les premiers âges de la médecine.

"Le médecin, dit Hippocrate, (liv. Des articulations) à propos du traitement consécutif à la luxation de l'épaule, doit posséder l'expérience de beaucoup de choses et entre autre celle du massage. Le massage resserrera une articulation trop lâche, et relâchera une articulation trop rigide ; mais nous déterminerons les règles du massage dans un autre traité".

Cette citation suffirait à elle seule pour prouver que déjà à l'époque d'Hippocrate, le massage était parfaitement connu et appliqué en thérapeutique ; qu"il est regrettable que ce traité (Traité sur les frictions, par Hippocrate (Oeuvre perdue) TDM Fiche technique), dans lequel Hippocrate a donné les règles du massage, ait disparu ! Cependant, j'ai hâte de le dire, dans quelques autres passages il comble en quelque sorte la lacune. On peut, en regroupant les divers textes, en tirer pour conclusion les diverses manoeuvres qui constituent l'art de masser.

Après cette citation, il est presque superflu d'indiquer d'autres textes anciens attestant l'origine antique du massage. Galien, Antylus, Oribase, parlent du massage, ainsi que j'aurais l'occasion de le montrer en reproduisant quelques passages de leurs écrits. D'après Alpinus, les Égyptiens se servaient aussi du massage. Les jésuites nous ont prouvé que le massage sert même d'agent thérapeutique dans l'Inde et la Chine depuis les temps les plus reculés. Les Romains, dignes continuateurs des Égyptiens et des Grecs, le mirent en pratique aussi, comme le prouve ces deux vers de Martial :

 

Percurrit agili corpus arte tractatrix
manumque doctam spargit omnibus membris.*

 

(*) Il s'agit de l'épigramme. 8l de Martial contre un riche romain de son époque dont voici la traduction "Une masseuse exerce son art léger sur toutes les parties de son corps, et promène sa main habile sur chacun de ses membres." voir la suite.

 

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M. Piorry dit fort habillement : « Sénèque ne reproche-t-il pas avec amertume aux Romains une coutume dans laquelle on ne peut, ce me semble, méconnaître le massage : An potius optem ut malaxandos articulos exoletis meis porrigam ? Ut muliercula aut aliquis in mulierculam ex uiro uersus digitulos meos ducat. »1)

Ce serait faire preuve de banalité si je ne m'arrêtais pas à ce simple exposé ; d'autres preuves viendront s'y adjoindre dans le cours de mon travail.

Il est donc bien établi que le massage était connu dès les temps les plus reculés, et si M. Rizet avait fait quelques recherches historiques, il n'eût certainement pas exprimés, il y a quelques jours à peine, le doute suivant : « C'est peut-être à tort que la découverte du massage a été rapporté à Fabrice d'Aquapendent. »

 

D'ailleurs, voici les textes tirés d'auteurs tant anciens que modernes qui prouvent l'usage du massage et les manoeuvres qui le constituent chez les divers peuples ; je ferai ainsi l'historique du massage.

Je commencerai par faire cette étude, d'abord chez les Grecs, les Romains et les anciens Égyptiens, puis je citerai des passages de quelques auteurs modernes indiquant cette opération ; je décrirai ensuite le massage chez les Chinois, chez les Indiens, chez les habitants primitifs des îles de l'Archipel, chez les peuples actuels de l'Afrique et de l'Égypte, enfin chez les Russes, les Finlandais, les Turcs les autres peuples de l'Europe. De ce tout je ferai ressortir des manoeuvres communes qui permettront de déterminer facilement ce qu'on doit attendre par le massage. En décrivant ces manoeuvres, j'indiquerai les légères modifications qu'y ont apportées les modernes, ce qui m'amènera à donner les règles du massage selon la méthode usitée dans les divers établissements français.

Afin d'exécuter ponctuellement ce programme, je partagerai les temps qui nous ont précédés en trois périodes.

 

La première périodes, ou période d'innovation, sera caractérisée par l'institution de cette pratique qui, d'abord empirique, devint partie constituante de la thérapeutique des anciens, en suivant probablement, ainsi qu'il en est pour toute chose, diverses modifications

1) Il s'agit de la Lettre 66 du livre VII ((53) Appellerai-je de préférence de jeunes garçons pour m'assouplir les articulations ; ou bien, à défaut d'une femme, un homme changé en femme, pour détendre mes chers petits doigts ?) voir la suite.

 

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jusqu'à son perfectionnement. Cette période s'étend jusqu'à l'invasion des barbares.

La deuxième période, ou période d'innovation, prend naissance avec le XVIe siècle, époque à laquelle on fit tant d'importantes recherches. Ce fut pendant cette époque que l'on déterra tout ce qu'avaient fait les Grecs, les Egyptiens et les Romains. Cette période a pour caractère de ne rien créer. Les auteurs se contentent de dire : les anciens ont fait, sans qu'un seul auteur, si ce n'est vers la fin de cette période que je fais arriver jusqu'au XVIIIe siècle, se soit demandé compte des effets que l'on voulait obtenir.

La troisième période, que je fais commencer vers le XIXe siècle, est une période que je nomme période de perfectionnement. C'est dans cette période que nous verrons les auteurs s'inquiéter des causes physiologiques et anatomiques, des effets obtenus par le massage et les divers exercices. C'est donc la vraie période de progrès, et elle mérite seule le nom de période de perfectionnement.

C'est dans cette période que je comprendrai le massage chez les peuples restés éloignés de toute relation avec les peuples de l'ancien continent, par la raison bien simple que ces peuples ont conservé religieusement les préceptes indiqués par leurs livres sacrés, et que dès lors qu'ils n'ont pu y apporter le moindre perfectionnement et n'ont en quelque sorte qu'une seule période historique. Le rapprochement que je ferai de leur méthode avec la nôtre permettra de juger des légères modifications que les temps ont pu apporter aux massage.

 

Retour à l'index I. — Période d'invention.

Recherches dans les écris des anciens.

Œuvres d'Hippocrate. "Le médecin doit posséder l'expérience de beaucoup de choses, et entre autre celle du massage..... Il convient de masser l'épaule dans cet état avec des mains douces et dans tous les cas avec ménagement. On communiquera des mouvements à l'articulation avec violence, mais autant que cela se pourra sans douleur." (Trad. Littré, vol. IV, 103.)1)

1) En fait, Littré a publié ses Oeuvres complètes d'Hippocrate aux Ed. Baillière 1839-1861 en 10 volumes TDM Fiche technique, voir, notre fac simile Ed. Association Médicale d'Action Culturelle et Artistique de 1979 à 1989 Fiche technique.

 

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A propos des luxations et entorses, diastases : "On emploiera des bandes....., les extensions, les frictions, les redressements." (Vol. III, f° 329.)

« Celui qui prend un bain doit être paisible, garder le silence et ne rien faire par lui-même, mais il laissera les autres l'arroser et le frictionner..... On se servira, pour le sécher, d'éponges ou de brosses, et l'on oindra d'huile le corps avant qu'il soit sec." (Vol. II, 367.)

« A Élis, la femme d'un jardinier. Une fièvre continue la saisit ; buvant des remèdes évacuants, elle ne fut aucunement soulagée. Dans le ventre, au-dessous de l'ombilic, était une dureté s'élevant au-dessus du niveau et causant de violentes douleurs ; cette dureté fut malaxée fortement avec les mains enduites d'huile ; ensuite du sang fut évacué en abondance par le bas. Cette femme se rétablit et guérit. (Vol. V, f°205.)
Monsieur
Littré fait suivre cette observation de l'argumentation suivante :

« De la pression exercée sur le ventre avec les mains. Il est dit (Ep. II, 6, 26.) si l'hypochondre est tendu, presser avec la main et donner un bain. Praxagore employait une pratique analogue pour l'iléus produit par engouement. Dans ce cas, dit Cœlius Aurelianus (Ac. morb., III, 17) (1) , où le caecum rempli de matières fécales était devenu une poche, Praxagore pressait avec les mains, fatiguait le malade.

» On trouve des traces de cette habitude de presser le ventre (Ep. IV, 45), où l'auteur dit que le gonflement des hypochondres,  s'il se produit des borborygmes, quand on le presse avec la main, n'est pas de mauvaise nature. C'est encore, sans doute, à une pratique de ce genre qu'il a fait allusion dans une phrase obscure (Ep. IV, 56) : "même pratique dans le cas de la femme du jardinier" (Ep. V, 1). Il paraît résulter de là que les médecins hippocratiques avaient l'usage, dans le cas de gonflements abdominaux et sans doute aussi dans le cas d'iléus, de presser l'abdomen avec les mains. Cette pratique, comme on le voit dans la citation de Cœlius Aurelianus, se retrouvait dans Praxagore. Praxagore fut le maître d'Hé-

 

(1) De Morbis Acutis & Chronicis

 

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rophyle et appartient, par conséquent, aux temps qui ont procédé la formation de l'école d'Alexandrie."
De l'examen de ces divers textes, je conclus que le
massage se composait, pendant les temps hippocratiques, de malaxation, de pressions, de frictions sèches ou avec de l'huile, ou à l'aide de la brosse ou d'une éponge, et enfin de mouvements imprimés aux articulations allant jusqu'à la douleur. De l'annotation de M. Littré, il résulte que le massage date d'avant l'école d'Alexandrie et d'Hippocrate ; ce qui confirme l'opinion que j'avais annoncée plus haut lorsque j'ai dis que le massage remontait aux temps les plus reculés.

Dans le Traité de gymnastique Fiche techniquede Philostrate, nouvellement découvert et traduit en 1858 par M. Daremberg, il est question des mouvements et des frictions tels que les pratiquaient les malaxeurs et les frictionneurs. Le phénicien Elix, par cette pratique "devint plus admirable qu'on ne saurait le dire". Le massage était donc appliqué en hygiène et en thérapeutique.

 

Œuvres d'Oribase. _ Dans son chapitre sur les exercices, tiré de Galien, après avoir énuméré diverses manoeuvres, Oribase ajoute (vol. I, fol. 473, trad. Daremberg 1) : « Il y a des milliers d'autres exercices... L'expérience et l'habitude de tous ces exercices se trouvent chez le pédotribe. » — Meursius, dans sa classification des exercices, nous apprend que le pédotribe massait les enfants pour leur rendre les mouvements plus libres et les membres plus souples.

Plus loins, Oribase parle de friction apothérapique que je vais donner presque in extenso, parce que certains mouvements doubles excentriques et doubles concentriques, inventés, selon M. Meding, par Ling, s'y trouvent parfaitement décrits. "La dernière partie de tout exercice qui se fait comme il faut, s'appelle apothérapie. Elle a deux buts, celui de renforcer les parties solides du corps et celui d'évacuer les superfluidités. Le but propre de l'apothérapie est de combattre et d'empêcher la fatigue qui suit habituellement les

 

1) – Tome 1, livre 6 de l'édition originale de 1851 des Oeuvres complètes d'Oribase en quatre ou six volumes (à vérifier), écrits par Bussemaker et Charles Daremberg disponibles au CFDRM.Fiche technique, néanmoins il s'agit de la page 474 et non de la 473 sachant que je ne pense pas qu'il y ait eu d'autres éditions entre 1851 et 1863 date de publication de sa thèse alors que les autres pages qu'il mentionne du même ouvrage sont justes. Il faut aussi savoir que Dally, dans sa Cinésiologie de 1857 Fiche technique donne la même info.

 

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exercices les plus ou moins immodérés, et la nature du but nous indiquera comment il fait faire
l'apothérapie, car comme l'on se propose d'évacuer exactement les superfluidités des parties solides de l'économie qui, après avoir été échauffées et atténuées par l'exercice restent encore dans l'organisme, il faut employer la friction qui se fait par un grand nombre de mains changées avec rapidité, afin qu'autant que possible aucune partie de l'individu que l'on frictionnera ne soit à découvert. On doit tendre, pendant la friction, les parties que l'on frotte, et, en outre, on prescrira ce que l'on appelle rétention de souffle. Il faut verser beaucoup d'huile sur le corps de celui qu'on frotte, car cette huile aide à la rapidité et à la douceur de la friction, et en même temps un procure un autre avantage très considérable, celui d'affaiblir la tension et de ramollir les parties qui se sont fatiguées pendant les exercices un peu forts. Que la friction tienne le milieu de la friction rude et la molle, ce qui constitue en effet la friction moyenne ; ceci aura lieu si les mains de celui qui frotte sont fortement appliquées, de sorte que la pression qu'elle causent se rapproche en quelque sorte de la friction rude. Il faut modérer la quantité de l'huile et la rapidité des mouvements des mains jusqu'à ce que la friction tienne exactement le milieu. Nous sommes d'avis alors de tendre les parties que l'on frotte pour évacuer à travers la peau toutes les superfluidités qui se trouvent entre elle et la chair sous-jacente. C'est pour la même raison qu'une partie importante de l'apothérapie consiste dans la rétention du souffle qui se fait par la tension de tous les muscles de la poitrine et le relâchement de tous ceux du ventre et du diaphragme ; ainsi les excréments seront poussés vers le bas. En second lieu il faut, pour soumettre à l'apothérapie les viscères sous-diaphragmatiques, recourir à l'espèce de rétention de souffle qui tend modérément les muscles du ventre ; c'est pour obtenir le même effet qu'il convient d'employer les frictions opérées par des enroulements de bandes autour du corps. Celui qu'on frotte doit se roidir contre les mouvements des bandes... Souvent, enfin étant placé derrière le progymnaste, il enlacera ses jambes, tantôt l'une, tantôt l'autre autour du progymnaste, avec une certaine tension qui ne doit pas être trop

 

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forte. Dans cette position il doit être frotté par des gens qui le massent convenablement, car c'est là la meilleure manière de conserver l'augmentation de chaleur qu'il doit à ses exercices, et en même temps d'évacuer les superfluités par ses tensions et ses mouvements propres... Quant à l'humidité produite par les excès de boisson, il n'y a que les frictions sèches avec des linges de coton ou des Gants qui la guérissent, quelquefois aussi celles qui se font avec les mains toutes seules... Il existe quelquefois un sentiment de fatigue ou s'il survient une sécheresse trop grande dans les muscles qui forment ses parois (ventre), il faut oindre modérément en malaxant doucement." 1 )

Dans un passage tiré d'Hérodite on ne peut s'empêcher de reconnaître le massage tel qu'il est décrit par les voyageurs qui ont visité les mers du Sud et que je rapporterai plus loin : 2 )

" La friction (Vol.1,  497) doit être pratiqué chez les sujets jeunes et de petite taille par quatre hommes et par six hommes chez ceux qui ont atteint l'âge viril et qui ont une taille plus élevée. Les uns frotteront les membres supérieurs jusqu'aux doigts ; d'autres le tronc jusqu'aux pieds. Après avoir versé sur le corps le mélange gras, on doit frictionner chaque partie en passant les mains de haut en bas, ensuite on couchera le malade sur le ventre et on le frictionnera de la même manière. Au commencement, la friction devra être légère et lente, ensuite elle deviendra rapide et accompagnée de pressions, tandis que vers la fin la friction redeviendra douce. Ceux qui frottent doivent aussi malaxer la tête et le cou après avoir versé dessus le mélange gras." (3)

Enfin, dans le passage suivant tiré du deuxième volume, folio 399, le massage est également décrit : "Souvent on a affaire à des individus qui sont sensibles au froid lorsqu'ils se déshabillent ; il faudra, quand ils auront leurs vêtements sur le corps, leur donner des mouvements... Après cela on produira une rubéfaction au moyen de frictions intenses avec des linges rudes, poussées jusqu'aux massage et pratiquées en partie par des baigneurs eux-mêmes et en partie par d'autres individus. La meilleure méthode pour cela est de donner aux esclaves des Gants faits avec du linge, autrement il se pro-

 

 (1) En fait de restitution "presque in extenso", Estradère ne se limite pas aux seuls points de suspension qu'il met pour indiquer les coupures qu'il fait, il adapte le texte qui s'étend de la page 482 à la page 496.

(2) Il en parlera à plusieurs reprises dont page 19 mais aussi page 61.

(3) Ici aussi le texte est coupé et s'étend de la page 497 à la page 498.

 

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duit quelquefois des excoriations, attendu que l'opération se fait inégalement par la suite du plissement du linge. Puis les baigneurs devront être frictionnés à sec, en partie avec les mains nues, en partie avec celles d'autres individus. En effet, outre que cette pratique, réchauffe cela donne un ton admirable aux parties... Après cela on se rougira le corps en se le raclant fortement avec des strigiles qui ne doivent pas être trop obtus ; de cette façon on renforce et on lisse la surface du corps."

Oribase, auquel j'ai emprunté ces divers extraits, vivait du temps de l'empereur Julien vers l'an 360 de notre ère. Il semblera surprenant à quelques-uns de passer du temps d'Hippocrate aux oeuvres d'Oribase ; mais comme ce dernier n'a fait que résumer en quelque sorte les oeuvres de ses devanciers, j'ai cru pouvoir passer d'Hippocrate à Oribase. Au reste lui-même a la précaution de dire où il a extrait son travail, et les citations que j'ai faites sont tirées par Oribase, de Galien, d'Hérodite, d'Antylus.

 

Quelles conclusions tirerons-nous des textes que j'ai rapportés ? Les voici :

Dans le premier article Oribase cite le pédotribe comme connaissant les milliers d'exercices qu'on met en pratique ; or, Meursius nous apprend, de son côté, que le pédotribe (briseur d'enfants), le premier des officiers occupant l'échelon inférieur de la hiérarchie des officiers palestriques, avait pour fonctions d'apprendre aux enfants à exécuter toutes les inflexions, tous les mouvements possibles dans des conditions déterminées et de pratiquer le massage propre à assouplir les membres. Il les prédisposait ainsi à recevoir avec plus de fruit et sans danger de luxation ni de fracture les leçons du xystarque ou deuxième officier palestrique. Il semble que les fonctions du pédotribe avait une grande analogie avec les manoeuvres qu'opèrent nos bateleurs sur leurs jeunes enfants auxquels ils apprennent à exécuter des mouvements si variés et si souples et à prendre des positions, des attitudes à nul autre possible.

Dans les articles suivant, Oribase, d'accord avec Galien, indique la friction, la pression, la malaxation, le massage en un mot ; mais il

 

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ne décrit que les divers genres de friction, et la faculté et le devoir quelquefois de pratiquer des onctions.

Plus explicite en citant des extraits d'Hérodite et d'Antylus, il parle de la malaxation et de la friction du cou et de la tête comme Récamier, et en ces derniers temps, M. Bouvier et bien d'autres les font pratiquer dans certains torticolis, le premier sous le nom de massage et M. Bouvier sous le nom de manipulation. Je me borne ici à faire ces rapprochements que j'aurai l'occasion de rappeler plus bas.

Enfin, dans la dernière citation, Oribase ne dit-il pas que les frictions intenses doivent être poussées jusqu'au massage, et qu'après cela on doit racler fortement le corps avec un strigile ?
Chose bien remarquable, dans les divers passages que je viens de citer, on voit que le massage fait partie de la gymnastique et de la thérapeutique des anciens, et qu'ils qu'il consiste dans les frictions sèches ou avec un corps gras, dans les pressions, des malaxations et dans le raclement de la peau avec des strigiles. Il n'est pas question des mouvements imprimés aux articulations allant jusqu'à la douleur, comme les a fort bien indiqués Hippocrate ; mais comme le pédotribe était chargé de mouvoir les articulations des enfants, d'un autre côté, comme c'étaient les esclaves frotteurs qui massaient et frictionnaient, bien qu'il ne soit pas fait littéralement mention de cette manoeuvre dans les quelques textes que j'ai cités,  il n'en est pas moins certain que, conseillant les frictions par les esclaves frotteurs, cela indique que, livré aux fonctions de ces derniers, on était frictionné, frotté, malaxé, massé en un mot, car le massage faisait partie de leurs fonctions, puisque Hippocrate dit d'une manière formelle que, par eux, les muscles étaient pétris, les articulations tirées et mues selon leurs mouvements propres ; en un mot, ils se massaient. D'ailleurs, dans ses divers passages, Galien, Hérodite, Antylus, Oribase n'ont pas l'intention d'indiquer les règles du massage ; leur but se borne à indiquer les divers traitements qui conviennent dans certains cas, et en nommant le massage, ils entrent, sans avoir l'intention de les décrire, dans quelques détails sur les manoeuvres qui constituent le massage.

 

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Je pourrais citer de nombreux passages tirés des écrivains célèbres Grecs et latins, ainsi que j'en ai indiqué deux de Martial et de Sénèque, mais ils trouveront leur place ailleurs, ces écrits pouvant être accusés d'être de simples vues d'esprit de littérateurs plutôt qu'un argument sans réplique attestant l'existence du massage, ses manoeuvres et ses effets, attendu qu'on peut reprocher aux littérateurs de n'avoir pas des connaissances médicales suffisantes.

Je devrais, avant de me rapprocher davantage de notre époque, rechercher si les autres peuples de l'antiquité avaient décrit le massage, mais des raisons que je suis tenu d'exposer maintenant m'ont forcé à ne pas suivre l'ordre chronologique absolu.

Il ne peut faire doute pour personne que les anciens peuples ont connu le massage. Certainement les Indiens et les Chinois ont été les premiers peuples qui l'on mis en pratique ; le Cong-Fou des Tao-Ssé en fait foi. De l'Asie, cette pratique dut se propager d'un côté vers l'Amérique, où nous la  retrouvons dans toute sa naïveté grotesque, d'un autre côté, vers l'occident. Les Egyptiens furent sans doute les premiers qui le mirent en pratique dans l'ancien monde civilisé, et, après eux, les Grecs et tout le reste de l'ancien monde.

En retrouvant cette pratique écrite et bien détaillée dans les livres sacrés de l'Inde, il est facile de concevoir comment elle a pu se propager dans l'univers entier, et comment, après la découverte du nouveau monde, on a pu trouver ces mêmes manoeuvres chez les peuples primitifs de l'Amérique et de l'Océanie.

Si je n'ai pas commencé par exposer le massage chez ces divers peuples, c'est parce que, chez eux, il a conservé toute son originalité primitive. C'est aussi par l'exposition des manoeuvres qui le constituent chez ces divers peuples que je terminerai le tableau de mes recherches historiques. Il me sera alors plus facile de comparer leur pratique avec celle des masseurs modernes.

J'arrête ici la première période appelée avec raison période d'invention pour rechercher les traces de ces manoeuvres déjà bien connues, mais abandonnées entre des mains ignorante le plus souvent, et que l'on voit cependant reparaître dans les écrits des divers

 

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médecins du XVIe siècle. Je commencerai avec eux la deuxième période dite de rénovation, et pendant laquelle on a rien inventé, mais on s'est mis à l'oeuvre pour réédifier l'édifice construit à grand'peine par les anciens et détruit en peu de temps par les barbares.

 

Retour à l'index II. Période de rénovation

Cette période s'étend jusqu'au XIXe siècle à peu près ; cependant le principe bien avéré : Natura nom facit saltus, vrai pour toute chose, ne lui assigne pas la limite rigoureuse que j'ai semblé préciser. J'ai rapporté à la troisième période beaucoup d'écrits qui m'ont paru, soit pendant la première, soit pendant la deuxième période. C'est pour donner plus d'unité, plus de liaison à mon travail que j'au dû, tout en le scindant par périodes, abandonner quelquefois le rigorisme chronologique ; aussi ne devrait-on pas s'étonner si, avec les oeuvres contemporaines qui constituent la troisième période, je fais mention d'écrits qui ne datent de pas moins de 2689 ans avant notre ère, et font pour les chronologistes rigoureusement partie de la première période.

Dans cette période nous trouvons les noms des médecins les plus illustres ; et au point de vus qui m'occupe, je leur reconnais les caractères suivants :

Tous on résumé l'état de la science à leur époque ; ils ont entassé à grand frais les divers matériaux que leur ont fournis et les papyrus et les monuments et les traditions, pour nous transmettre précieusement les travaux de leurs devanciers ; et comme il sera facile de s'en convaincre, le massage et avec lui la gymnastique médicale sont arrivés, sans addition aucune, jusqu'à l'époque moderne. On peut même dire que, malgré les travaux de ces auteurs, si la gymnastique médicale n'était pas abandonnée, elle était du moins prescrite bien rarement. D'ailleurs la gymnastique et ses divers exercices ne s'étaient conservés que dans les traditions de certaines familles qui passaient pour avoir le secret de la guérison de certaines maladies.

 

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Une période qui a trait au massage naquit pour ainsi dire pendant cette période ; je veux parler de la méthode iatraleptique. Sans doute on faisait des frictions et des onctions bien auparavant, et j'en ai donné les preuves ; mais les frictions médicamenteuses, bien qu'usitées au auparavant, n'ont constitué une véritable méthode thérapeutique qu'à cette époque. Et nous savons tous ce que la médecine a eu le droit exiger d'elle, surtout entre les mains de Cirillo.

Déjà vers la fin de cette période, au XVIIe siècle, la gymnastique médicale, avec tout son cortège d'exercices actifs, passifs et mixtes, avait secoué depuis quelque temps ses cendres tumulaires ; déjà des esprits droits, comme Hoffmann, Tissot, avaient tâché de sortir de l'empirisme des gymnasiarques précédents pour donner des règles physiologiques et thérapeutiques des exercices gymnastiques ; mais ces travaux ne furent qu'une ébauche ; ce n'est vraiment que depuis le XIXe siècle, époque de rénovation générale, que la gymnastique médicale des anciens a reçu une nouvelle impulsion en s'appuyant sur une base immuable et ferme fournie par l'anatomie et la physiologie, véritables conquêtes contemporaines, deux fleurons de la gloire médicale de ce siècle.

 

La gymnastique médicale, appuyée sur ses bases fortes et solides, s'est d'abord répandue en Suède et en Allemagne, puis en Angleterre, mais en France, malgré les efforts de certains esprits droits, elle est restée bien longtemps sous le domaine de l'empirisme. Ce n'est qu'après de longs efforts, ce n'est que grace à la persévérante énergie d'un grand nombre de personnes notables, soit dans la gymnastique, soit dans l'orthopédie, soit dans la médecine, que l'on a admis les diverses manoeuvres gymnastiques dans les hôpitaux.

Bien que de nombreuses observations sur les bienfaits du massage, dans certaines affections, eussent été communiquées à l'Académie et aux autres Sociétés savantes ; bien que des médecins s'alarmant de la proportion énorme que prenait la clientèle d'un empirique qui massait en 1833, à Orléans, eussent réclamé au tribunal correctionnel une condamnation contre Moltenot ; bien que Récamier et ses élèves, Séguin et Maisonneuve, l'eussent prôné devant les sociétés savantes ; bien que de nos jours encore les médecins les plus distin-

 

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gués de Paris ordonnent très souvent le massage, celui-ci n'en est pas moins encore sous le domaine de l'empirisme, et cela parce que les médecins se contentent d'en indiquer les résultats thérapeutiques, sans interroger la physiologie et l'anatomie pour leur en demander raison. Cependant, j'ai hâte de le dire, ce siècle a la tendance que je viens d'indiquer, et déjà la physiologistes et les gymnasiarques ont donné des explications satisfaisantes des effets des exercices corporels, actifs, passifs ou mixtes. MM. Sarlandière, Piorry, Trousseau et Pidoux, etc., sont entrés dans quelques détails sur cette matière, et pour n'en citer qu'un autre, M. Blache par l'organe de son rapporteur M. Bouvier, a pu dire (Mém. Accd. de méd., 1855) que, dans la plupart des cas, la gymnastique ne cède en efficacité à aucun des autres modes de traitement de la chorée, et qu'elle n'a point les inconvénients attachés à plusieurs d'entre eux.

Je dois faire remarquer que ces conclusions ne prouvaient rien en faveur du massage, si l'on ne s'en rapportait pas au mémoire lui-même de M. Blache, mémoire dont je citerai de nombreux extraits quand je parlerai du massage dans la chorée, et dans lequel M. Blache déclare qu'après chaque séance de massage le malade éprouve beaucoup de bien-être.

Ce résumé à grand traits de la marche de la gymnastique et avec elle des exercices passifs et du massage, facilitera l'étude du massage pendant le période de rénovation. Je vais donc maintenant, revenant sur mes pas, citer les divers auteurs qui, pendant cette deuxième période, ont écrit sur le sujet qui nous occupe.

En 1567, par ordre du roi Henri II, Du Choul, conseillé du roi, fit un travail très curieux et très fidèles sur les bains et antiques exercitations grecques et romaines1). Il décrivit les bains des anciens, le Frigidaire, le baptistère, l'onctuaire, l'Hypocauste, la piscine chaude, les zetes, le stibade, & l'heliocamine2). L'onctuaire, dit-il, était une habitation agréable et élégante qui se trouvait pleine de délicates et précieuses onction3). Il décrit ensuite la gymnastique et ses principaux exercices.

Son travail est très important, parce qu'il rappelle les diverses pratiques en usage dans les bains, il nous annonce ce que j'avais

 

1) Il s'agit de "Discours des bains et antiques exercitations grecques et romaines de Guillaume Du Choul de 1555 dont nous possédons un exemplaire de 1559 en latin et un second en vieux français de 1672 .

2) Phrase provenant du verso de la feuille 3.

3) La phrase exacte est "Au plus près de l'Apodytaire était l'Unctuaire, habitation amène & élégante qui se trouvait pleine de délicates & prestigieuses unctions..." au recto de la feuille 7.

 

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Déjà dit à propos des anciens, que, dans ces bains, il s'y trouvait des esclaves chargés de pratiquer le massage.

Mercurialis, dans son traité (De arte gymnastica, 1573 1), ne s'occupe que de la gymnastique qu'il essaye, à l'image de Du Choul, de remettre en honneur. Il donne de la gymnastique une définition très large, quand il dit : "Quod gymnastica est quæ omnium exercitatio

" num facultates movit, aut potius quod gymnastica ars est scientia

"potentia omnium exercitationum."Puis il décrit les divers exercices tant actifs que passifs et mixtes, et, il n'oublie pas de décrire les diverses frictions et massage qu'on exécute dans les bains. Il cite ensuite le vers de Perse (sat. v), qui indique l'usage du strigil :

 

I, puer, et strigiles Crispini ad balnea defer. 2)

 

Cet instrument est encore en usage aujourd'hui et j'en parlerai quand je traiterai de l'arsenal du masseur.

Ambroise Paré publia ses oeuvres en 1575. Dans son introduction (Malgaigne, 1840), au chapitre XV relatif au mouvement et au repos, il dit que la friction était en grande estime chez les anciens et encore de son temps. Il décrit trois ordres de frictions : la douce, moyenne et la rude, et les effets de chacune d'elles. La même idée domine cette description que celle que donne Oribase, d'après Galien 3 ).

Quelques années après lui (1582), Joubert publia ses oeuvres latines. Il décrivit les exercices gymnastiques, les bains, les onctions, la friction préparatoire, l'action du strigil et l'apothérapie. Il y a eu, dit-il, un grand nombre d'écrits, l'un, entre autres, de Dionis, qui avait pour titre : Des frictions et des exercices, mais tous ces écrits sont perdus.

Il est inutile de dire que toutes les fois qu'il question de bains avec friction, onction, emploie du strigil et de l'apothérapie, le massage aussi en fait fatalement partie essentielle.

Paracelse (Libri de vita longa, 1583) se contente de vanter les exercices comme indispensables pour bien se porter.

 

1 ) En fait il cite la 2ème édition qui est probablement celle qu'il a eu entre les mains, car la première de De arte gymnastica est de 1569, celle que nous avons au CFDRM. Bien des auteurs qui puiseront dans cette thèse comme George Berne, dans son livre Le Massage de 1894 Fiche techniqueà la page 3 de la chronologie des massages reprendront cette date. Il s'agirait de lire cette seconde édition qui pourrait s'avérer plus précise sur l'utilisation que l'on faisait alors du massage.

2 ) « Va, esclave, porte "les ou mes" strigiles aux bains de Crispinus ». Vers provenant des oeuvres de Juvénal "les Satires de Perse" Il s'agit là de la satire n°3.

3 )  Il semble qu'il cite la page 470, chapitre 13 De la friction préparatoire tome 1, livre 6 de l'édition originale de 1851 des Oeuvres complètes d'Oribase en six volumes, écrit par Bussemaker et Charles Daremberg disponible au CFDRM.Fiche technique.

 

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Alpinus (Medicina œgyptia, 1591 Fiche technique), dans le chapitre XVIII sur les frictions en usage dans les bains égyptiens, dit à Guilandinus, son élève : Les frictions sont tellement en usage chez les égyptiens que personne ne se retire d'un bain sans être frictionné (fricatus). Pour cela on étend la personne, puis on malaxe et l'on presse de diverses manières avec les mains les diverses parties du corps. On fait ensuite exécuter des mouvements aux diverses articulations. On pratique ces maoeuvres en avant d'abord, en arrière, sur les côtés, enfin de toute parts. Puis, prenant les mains, on pratique sur elles les mêmes manoeuvres ; on fléchit ou l'on tend ensuite les diverses articulations de la main, puis de chaque doigt en particulier. Enfin on pratique les mêmes manoeuvres sur les avant-bras, les bras, les épaules, le cou, la poitrine, le dos, qu'on fait fléchir de tous côtés. On ne se contente pas de fléchir, d'étendre et de masser les articulations, on exerce aussi les mêmes pressions, les mêmes frictions sur tous les muscles.

Cette citation que j'ai abrégée en la traduisant ne peut laisser de doute sur les manoeuvres du massage. Cette description sera complétée quand, dans la troisième période, je citerai les lettres de Savary sur l'Egypte Fiche technique.

En 1595 Faber de Saint-Jory publia son Agonisticon Fiche technique. Il décrit avec beaucoup de détails les divers exercices gymnastiques des anciens, et dans le troisième livre il parla des frictions, des onctions et de l'apothérapie d'après Galien.

Or celle-ci nous est parfaitement connue d'après les écrits d'Oribase.

En résumé, on peut dire que jusqu'à la fin du XVIe siècle, les divers auteurs se sont occupés des exercices corporels, parmi lesquels ils comprennent le massage, n'ont dirigés leurs efforts que vers un but unique, celui de scruter, de rechercher dans les écrits de leurs devanciers quels étaient les divers exercices gymnastiques, comment ils les pratiquaient ainsi que le massage. C'est donc une période préparatoire, une période de recherches, mais non d'innovations. Elle a pourtant son mérite, car elle a préparé l'oeuvre pour

 

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les siècles suivants, ainsi que nous allons le voir pour les auteurs du siècle qui la suivit.

Pendant le XVIIe siècle Guyon, Borelli, Paullini, entre autres, continuèrent les anciennes traditions et regardèrent comme indispensable à la santé les exercices corporels actifs, passifs ou mixtes. On trouve dans le Miroir de la beauté de Guyon (1615)Fiche technique, bon nombre de fois l'exercice et les frictions conseillés : il faut se faire frotter doucement le corps avec les mains de quelque personne qui les ait douces.

Borelli fut le fondateur de l'école iatro-mathématique. Il rendit de grands services en appliquant la statistique et les mathématiques à la théorie du mouvement musculaire. (De motu animalium, 1681.Fiche technique)

Le titre seul de l'ouvrage de Paullini (Flagellum salutis, 1698) suffirait pour prouver l'importance qu'on attachait à certaines manoeuvres et tout ce que les libertins pouvaient en espérer. Paullini cite des passages historiques que la flagellation, la percussion, le claquement, l'ébranlement ont guérit de la mélancolie, de la folie, la paralysie, l'épilepsie, la surdité, le mal de dents, la luxation maxillaire, le mutisme, le goître, l'esquinancie, l'empyème, la pleurésie, les écrouelles, le hoquet opîniatre, les maladies abdominales, les irrégularités menstruelles, la goutte, les fièvres etc., etc. Sans trop s'arrêter sur ces nombreuses guérisons prétendues, ces citations n'en méritent pas moins d'être prises en considération.

Le XVIIe siècle, ainsi que je l'avais fait pressentir, se fait remarquer par son élément nouveau. Non-seulement les auteurs s'efforcent de retracer derechef les exercices divers des anciens, mais encore ils insistent sur les propriétés physiologiques et thérapeutiques de certaines manoeuvres. C'est ainsi qu'on voir Guyon citer les règles pour acquérir toute la beauté que l'on est en droit d'attendre d'une bonne hygiène et que Paullini offre aux libertins comme aux personnes souffrantes, un remède très efficace, la flagellation, la percussion, le claquement, etc. Ne voyons-nous pas, dans le détail de ces manoeuvres, la description à peu près complète du massage ?

Abordons maintenant le XVIIIe siècle, bien plus fécond encore que

 

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ses prédécesseurs. Ce siècle est très important, car bon nombre d'auteurs se sont occupés des divers exercices gymnastiques et en particulier de la gymnastique médicale. Je ne citerai que les plus importants, parmi lesquels sont : Hoffmann, Andry, Sabatier, Tissot et Meibomius.

Hoffmann (Dissertationes physico-medicae, 1708Fiche technique1) dit que l'exercice est la meilleure médecine du corps : motus optima medicina corporis. Après avoir dit dans sa deuxième dissertation que l'exercice et le travail sont le mobile de la santé, il ajoute : On ne peut se figurer combien ils sont salutaires et favorable à la santé : l'exercice corporel excite le mouvement des esprits, facilite les excrétions du sang et des humeurs ; puis il cite à l'appui de son opinion Hippocrate, Cicéron, Suétone, Tacite, Celse, etc. Enfin dans sa sixième dissertation, il décrit les mouvements passifs, actifs et mixtes des anciens, ainsi que l'apothérapie. Or, d'après la description de l'apothérapie qu'en a donné Oribase en l'empruntant à Galien 2), on sait que le massage faisait partie de cette opération.

En 1741, Andry publia deux volumes sur l'Orthopédie Fiche technique, et dans le passage suivant il indiqua suffisamment le massage : Pied dont le talon ne touche pas aisément terre. (t.I, folio 178). Si le mal ne vient pas d'un estropiement, on peut y remédier par des remèdes propres à ramollir le tendon, & les muscles, c'est de frotter la jambe depuis le jarret jusqu'au dessous du talon, avec de l'huile de vers, matin et soir, et après avoir continué plusieurs jours ces frictions, qui doivent se faire avec la main nue...3) Pour faire les mouvements, le malade devra être coucher tout du long et à la renverse sur le plancher. Deux hommes forts lui pratiqueront les divers mouvements...4) Les frictions seront faites comme les rappelle Alpinus."

J'ai déjà dit qu'Alpinus a décrit les divers massages et manipulation qui se pratiquaient dans les bains de l'Egypte ancienne.

Après Andry vint Sabatier, qui, en 1772, dans son travail sur les exercices du corps chez les anciens Fiche technique, décrivit tous les mouvements actifs, passifs et mixtes qu'il est inutile de rappeler.

Cette publication fut bientôt suivie d'une autre, bien autrement importante, sortie de la plume de Tissot, je veux parler de sa Gym-

 

1) Dissertationes physico-medicae, 1708 que nous restitue entièrement Dally dans son ouvrage sur la Cinésiologie de 1857Fiche technique.

2) Voir la page 15 paragraphe Œuvres d'Oribase d'Estradère.

3) Le passage que nous cite ici Estradère se trouve page 179, est en réalité écourtée et traduite en français moderne. Vous pouvez lire le paragraphe exact dans les travaux de restitution de textes que nous a patiemment retranscrit Alain Cabello pour le CFDRM en mars 2010, en suivant ce lien.

4) La phrase "Pour faire les mouvements... etc" nous vient de la page 180 et le texte est encore une fois pas mal remanié.

 

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nastique médicale1 et chirurgicale ou essai sur l'utilité du mouvement ou des différents exercices du corps et du repos dans la cure des maladies, 1780 Fiche technique). Cet ouvrage, au point de vue qui m'occupe, est un des plus important du XVIIIe siècle,  et nécessite une analyse courte, mais rigoureuse.

Il définit la gymnastique, cette partie de la médecine qui enseigne la manière de conserver ou de rétablir la santé par l'usage de l'exercice.

"Asclépiade (folio 3) pratiquait la médecine sans l'aide des médicaments. De son temps, il n'y avait que cinq choses desquelles on usait en toutes sortes de maladies, savoir : faire diète de boire et de manger ; frotter le corps, faire exercice, se promener à pied et à cheval, faire bercer le malade pour l'endormir." Asclépiade et Médée1) faisaient pratiquer à leurs malades à peu près les mêmes exercices qu'Esculape aux siens, et, selon le témoignage de Platon, Hérodicus alla plus loin et fut le premier qui fit un art de la gymnastique appliquer à la santé... Ceux qui vinrent après Hérodicus et Hippocrate embrassèrent avec tant d'ardeur la gymnastique médicale qu'il n'y en eut aucun qui ne la jugeât une partie essentielle de la médecine... Nous n'avons plus les écrits de Dioclès, Praxagore, Asclépiade, Théon, Diotine et plusieurs autres avaient composés sur cette matière ; mais ce qui s'en trouve dans Galien et dans les auteurs qui les citent suffit pour nous convaincre que la gymnastique médicale était dans la plus grande estime et du plus grand usage chez les anciens. Les modernes n'en n'ont pas moins fait de cas sans doute. La preuve en est en descendant de siècle en siècle jusqu'à nos jours, nous trouvons Galien, Celse, Oribase, Ætius , Mercurialis, Massilius Cognatus, Sanctorius, Rivinus, Sthal, Jonsthon, Fuller, Sydenham, Baglivi, Boerhaave, van Swieten, en un mot tout ce qu'il y eu de grands maîtres et d'excellents praticiens... D'ailleurs le repos a du danger. Plempius dit : Uti aquae divides putrescunt ita et corpora nostro corrumpi otio atque ignavia." 4)

Ovide dit également :

Cernis ut ignaviem corrumpant otia corpus.

Ut vitium capiant, ni moveantur aquae.5)

 

1) Note interne Concernant le livre de Tissot, se n'est pas médicale mais médicinale Fiche technique, il a peut-être eu pour source le livre de Dally qui fait la même erreur page 84 et 248 de la Cinésiologie Ed. Librairie Centrale des Sciences, de 1857 Fiche technique. George Berne fait la même dans Le Massage Rueff et Cie, Editeurs en 1894 Fiche technique page 13.

2) Voir la phrase exacte (lire) tirée de l'ouvrage de Tissot.

3) "Cet Asclépiade dont M. Tissot associe le nom à celui de Médée, et qu'il place avant Hérodicus, est né, suivant Pline, à Prusa dans la Bithynie ; il vint à Rome vers l'an 616 de la fondation de cette ville. C'est lui dont Pline appelle la méthode thérapeutique, Jucundus curandi methodus. Il finit sa carrière à l'âge de quatre-vingt ans, et 98 ans avant l'ère chrétienne. Il exista donc longtemps après Hérodicus. L'on voit d'ailleurs, dans sa vie, qu'il décriait la doctrine d'Hippocrate touchant les jours critiques et raillait la médecine des anciens en disant qu'elle n'était qu'une méditation sur la mort, etc. etc. Tout cela prouve encore qu'il était au moins postérieur à Hérodicus et à son immortel disciple, Hippocrate. A l'heure actuelle nous ne savons pas de qui il s'agit." Issu de Gymnastique médicale de 1821 Par Charles Londe Fiche technique page 12.

4) Il nous reste à traduire le sens des vers de Plempius mais c'est probablement dans De sanitate tuenda, p. 284) au sujet de Médée comme le relate Dissertationum physico-medicarum curiosarum selectiorum, ad sanitatem tuendam maxime pertinentium par Frédéric Hoffmann 1708 (latin) TDM Fiche technique page 215/216.

5) Il nous reste à traduire le sens des vers d'Ovide publié dans son livre des Pontiques.

 

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Horace Information ouverte dans une nouvelle page :

Mollis inertia cur tantam diffuderit oblivionem sensibus.

Pocula letheos ut si ducentia somnos arcute fauce traxerim ?1)

 

Passant au traitement des entorses, folio 255 : "On a proposé bien des moyens de guérison, dit-il ; il en est un auquel on a peut-être pas assez souvent recours. C'est une espèce de pétrissage que l'on ferait de la partie affectée. En broyant pour ainsi dire (cependant avec une certaine précaution), en triturant les sucs visqueux arrêtés dans les ligaments des articulations, on donne à la circulation une activité qu'elle allait perdre ; on empêche que tous ces ligaments ne fassent, pour ainsi dire, une masse obstruée dans laquelle le mouvement se perdrait tout à fait. Ne sait-on pas que l'on fait disparaître des ganglions assez considérables en se contentant de les pétrir plusieurs fois dans la journée ? Autrefois, la volupté avait donné l'idée de se faire pétrir les membres dans les climats chauds où l'exercice ne se fait qu'avec peine, et cette pratique avait ses avantages dans l'ancienne Rome. Cette opération était confiée aux mains de ces beautés qu'on soudoie. En condamnant ce qui se faisait que pour des vues condamnables en elles-mêmes, ne pourrait-on pas profiter de ce que cette méthode à de bon en soi, et en faire l'application aux parties qui, ne pouvant pas se mouvoir par elles-mêmes, ont besoin d'un mouvement d'emprunt ?"

Au sujet de certaines ankyloses, "Le mouvement de la partie, dit-il ( 338), est le seul moyen sur le succès duquel on puisse compter... Il faut mouvoir les parties sans rien forcer pour ne pas attirer une nouvelle fluxion,... et dans ces tentatives de mouvement qui doivent être continuées tous les jours, en les augmentant par degrés, il ne faut donner que celui que la construction de l'articulation permet. Par exemple, on ne remuera en rond que les articulations par ginglyme ; on fléchira, on étendra seulement les articulations par charnière, se gardant bien de porter ces mouvements au delà des bornes prescrites par la conformation naturelle."

Enfin, à la page 382, il entend par friction "l'action de frotter quelques parties du corps humain, soit avec la main, une éponge, de

 

1) "Pourquoi une molle indolence a répandu l'oubli dans tous mes sens, comme si j'avais bu, d'une gorge altérée, les coupes du sommeil Léthaeen" Horace Information ouverte dans une nouvelle page épode 14.

 

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la flanelle, du linge neuf, une brosse, du crin, etc." Dans les chapitres suivants, il décrit les diverses sortes de frictions, leurs effets, les règles générales pour les pratiquer et leurs indications.

Par ce court exposé on peut voir que Tissot fait pétrir, malaxer, triturer, mouvoir et frictionner dans les entorses et l'ankylose ; or, toutes ces manoeuvres sont les parties constituantes et essentielles du massage. D'ailleurs, Tissos lui-même n'observe-t-il pas que ces manoeuvres se pratiquaient dans l'ancienne Rome dans un but peu médical ? Or, ces manoeuvres à Rome n'étaient autres que celles du massage ; c'est donc à lui qu'il fait allusion.

Qu'il me soit permis de relever une erreur qui a échappé à Tissot, Non-seulement le massage était pratiqué dans l'ancienne Rome dans un but de sensualité, mais encore par les citations que j'ai faites plus haut, on ne peut soupçonner qu'il n'ait été considéré comme un agent thérapeutique du premier ordre. Du reste, sans s'en douter, Tissot se trouve en contradiction avec lui-même, car ne dit-il pas que du temps d'Asclépiade on pratiquait la médecine sans l'aide des médicaments, et que l'on usait de cinq choses, parmi lesquelles sont les frictions et les divers exercices ? Or, nous savons déjà que le massage était au nombre des exercices passifs et mixtes.

Après le traité de Tissot, je ne citerai que celui de Meibomius sur l'Utilité de la flagellation dans la médecine et dans les plaisirs du mariage et des fonctions des lombes et des reins ( 1795) Fiche technique.

Je me serais très volontiers dispensé de citer cet ouvrage, si je n'y eusse trouvé une remarque très importante, et qui prouve que le massage par percussion, que l'on a cru naguère d'invention récente n'est rien moins que nouveau.

Le petit instrument que l'on nomme férule a été appliqué en médecine déjà du temps de Cœlius Aurelianus, ainsi que le rapporte Meibomius. Je reviendrai sur cet article 1) pour relever l'erreur que MM. Trousseau et Pidoux impriment dans leur savant Traité de matière médicales et de thérapeutiqueFiche technique, lorsqu'ils rapportent à M. Sarlandières l'invention du massage par percussion. Cette invention

 

1) En fait il y revient page 62.

 

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n'est nullement récente ; j'apporterai d'ailleurs d'autres preuves à l'appui de mon opinion, quand je parlerai de la percussion.

Là se bornent en quelque sorte les longues recherches que j'ai faites sur cette matière, à travers les siècles qui ont précédé le nôtre. Sans doute j'ai fait de nombreuses et regrettables omissions, mais comme je n'ai d'autre guide que mes faibles connaissances, malgré tous les soins les plus minutieux, j'ai pu laisser dans l'oubli des travaux importants, et des noms auxquels j'aurais dû rendre hommage en ne les passant pas sous silence.

 

 

Retour à l'index III. — Période de perfectionnement.

Etude chez les auteurs contemporains.

J'ai eu soin de prévenir que j'oubliais à dessein à leur époque, pour les rapprocher des travaux du XIXe siècle les oeuvres d'écrivains célèbres, d'historiens et de missionnaires honorables, qui, dans leurs pérégrinations évangéliques, n'ont pas dédaigné de s'occuper des intérêts de notre santé, aussi chers à d'autres titres que ceux de notre éternité. Ce sera donc par le résumé des mémoires des pères Huc et Amiot, etc., par ceux de l'abbé Barthélemy, par les lettres de SavaryFiche technique, et., que je commencerai l'étude du massage au XIXe siècle.

Bien que ces savant n'appartiennent ni par le sujet de leurs écrits ni par l'époque où ils les ont rédigés, à notre siècle, on trouve cependant une si grande relation, une si grande parité même entre leurs écrits et ceux de certains auteurs modernes, que l'on ne peut s'empêcher de les confronter ensemble, de les peser, de les examiner à fond, pour en retirer des conclusions souhaitables pour tous. Ne faut-il pas rendre à chacun son mérite ? Et si quelque inventeur n'a rien imaginé, n'est-ce pas un devoir sacré pour nous tous de ne pas laisser des erreurs se perpétuer, et de faire rendre justice à ceux qui, oubliés dans la tombe, ne sont plus là pour attester leur mérite et pour protester contre l'ingratitude de leurs neveux ?

Le père Amiot et avec lui les missionnaires de Pékin sont de ce nombre. Voyez cependant avec quelle sainte sollicitude il s'exprimait

 

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en 1779, après avoir péniblement traduit le Cong-Fou des bonzes de Tao-Ssé, inséré dans les mémoires sur les Chinois Fiche technique: « Le Cong-Fou a réellement tous les caractères d'une antique méthode scientifique. Cette assertion curieuse est appuyée de raisons qui nous ont fait imaginer de proposer aux physiciens et aux médecins de l'Europe d'examiner si la partie médicale du Cong-Fou des Tao-Ssé est réellement une pratique de médecine dont on peut titer parti pour le soulagement et la guérison de quelques maladies. Si cela était, nous nous croirions bien dédommagé de la peine que nous avons eue à nous mettre au fait d'une matière aussi ennuyeuse pour une personne de notre état et si étrangère à nos études et à nos occupations. Nous fussions-nous trompé dans nos conjectures, nous ne croirions pas avoir à rougir d'une méprise qu'on ne doit imputer qu'à notre sensibilité aux maux qui affligent la vie des hommes et à notre amour pour la patrie. »1)

Beaucoup répondirent à cet appel. Ling, le premier, créa sa gymnastique sur ce model ; car, ainsi que l'ont reconnu par une comparaison attentive et sévère, mais juste, M. Bérend et tout récemment M. Dally, la gymnastique de Ling n'a pas le mérite de la nouveauté ; elle est écrite dans le Cong-Fou. Les mémoires sur les Chinois, envoyée par le père Amiot et les autres missionnaires, eurent un grand retentissement en Europe, et il est impossible que Ling n'en eût pas connaissance.

Ling n'a pas mentionné la gymnastique des Chinois : c'est un oubli ; mais Ling n'a pas eu la témérité de penser qu'il était l'auteur d'une école, et cependant il est bon nombre d'écrivains qui ne dédaignent pas à chaque page de leurs écrits de s'extasier devant le grand oeuvre de Ling.

Ling n'a pas crée une méthode ; Ling n'a fait que rationaliser ce qui est en pratique depuis bien des siècles en Chine. Pourquoi s'obstiner à lui attribuer le mérite d'une invention, lorsque sa méthode est la copie d'une foule de méthodes, ainsi que l'a fort bien dit M. Dally dans le passage suivant : La méthode de Ling, c'est la méthode des brahmanes de l'Inde, c'est celle des prêtres égyptiens, c'est celle des Asclépiades, c'est celle de Pythagore, c'est celle d'Héro-

1) Ce paragraphe, à l'exception de la première phrase qui ne lui appartient pas, est assez fidèlement retranscrite de l'édition originale de 1779, page 442. Nous vous en donnons le texte exact.

 

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dicus, l'un des maître Hippocrate ; c'est celle dont Hippocrate, Asclépiade, Celse, Galien, Rufus (d'Éphèse), et les autres médecins Grecs et romans, nous ont conservé quelques fragments, etc.

Je m'étendrai pas davantage sur la gymnastique suédoise ; ce serait sortir de mon sujet que de venir prouver ici que tous les mouvements que Ling a indiqué sont décrit dans le Cong-Fou des Tao-Ssé. Pour ceux qui désirerons des preuves plus péremptoires que mes  simples assertions, il suffira d'ouvrir les mémoires concernant l'histoire, les sciences, les arts, les moeurs, les usages, etc., des Chinois, par les missionnaires de Pékin (1779)Fiche technique, de parcourir les judicieuses comparaisons qu'ont faites de cette méthode et celle de Ling, MM. Bérend, Richter et Dally. Je ne citerai qu'un dernier mot de M. Dally : « La doctrine de Ling (Cinésiologie Fiche technique, folio 155), tout entière théorique et pratique, n'est qu'une sorte de décalque daguerrotype du Cong-Fou des Tao-Ssé ; c'est le vase royal de Dresde, le splendide vase chinois, avec ses figures chinoises revêtues de teintes européennes. »

Les auteurs que je viens de vous citer ont attaqué la doctrine de Ling au point de vue de la gymnastique pure et simple ; cette partie ne m'intéressait qu'à un seul point, celui de prouver que son oeuvre entière n'est qu'un compilage de tous les exercices qui ont été pratiqués avant lui dans toutes les nations. Je vais  essayer à mon tour de prouver qu'il a également copié les anciens dans les diverses manoeuvres qui constituent le massage.

M. Georgii, dans sa Kinésithérapie, ou traitement des maladies par le mouvement selon la méthode de Ling et de son successeur Branting (1847)Fiche technique,1) dit à la page 47 : « Abordons la série des mouvements passifs inventés ou déterminés par Ling. Ici l'influence vient uniquement du dehors, et le patient se soumet à l'impression mécanique. Ling entend par mouvements passifs tout mouvements communiqués, tels que pressions, frictions, percussions, Froissements, (massages), tremblements, soulèvements, balancements, ligatures, mouvements ou attitudes propres à produire des congestions sanguines passagères et artificielles dans un organe quelconque. » 2)

Pourquoi dire que ces mouvements passifs ont été inventés ou dé-

 

1) Le titre qu'il met en italique à deux reprises n'est pas celui qui correspond à la première édition de 1847 de Kinésithérapie, ou traitement des maladies par le mouvement selon la méthode de Ling (1847)Fiche technique. "... et de son successeur Branting" n'y paraît pas c'est juste un rappel historique.

2) La citation est quasi juste, voir la retranscription exacte page 47.

 

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terminé par Ling ? Y en at-il un seul imaginé par Ling ? Non, ni les pressions, ni les frictions, ni les percussions, ni les Froissements, ni les tremblements, etc., n'ont été inventés par lui. Les textes que j'ai cité plus haut pour attester que le massage à été connu de tout temps le prouvent suffisamment pour que je ne sois pas obligé d'apporter d'autres preuves.

Aurait-il déterminé quelques mouvements ? Je réponds encore par la négative. Ce qu'il a fait, Ling, c'est de déterminer quelques maladies dans lesquelles les manoeuvres du massage devront être appliquées d'une certaine façon plutôt que de telle autre. M. Georgii cite même un grand nombres de formules tirées de Ling, dans lesquelles le massage est spécifié. Je n'en apporterai que quelques-une à l'appui de mon assertion.

Il dit page 81 : « Les formules de mouvements appropriés aux organes de l'abdomen se sont multipliées ; en voici : Dans les cas d'engorgement du foie, si l'on applique un mouvement de tremblement en même temps qu'une pression sous les fausses côtes de la partie droite du corps, les muscles du ventre ayant été préalablement mis en état de relâchement complet par la position du malade on obtient une réduction de masse de l'organe affecté.

Un mouvement de tremblement, appliqué sous les fausses côtes de la partie gauche du corps, dans la direction de bas en haut et de dehors en dedans, agit sur la membrane musculaire de l'estomac, ou bien opère une diminution dans la sécrétion des fluides gastriques (folio 83).

Des hémorragies chroniques du nez très abondantes ont cédé à un mouvement de tremblement appliqué à la partie supérieure de la racine du nez, ou en recommandant de tenir les bras élevés et roides au-dessus de la tête pendant quelques minutes (folio 91). »

 

Je pourrais citer un grand nombre de ces formules, mais elles trouveront leur place ailleurs, quand il sera question des procédés de massage qui conviennent le mieux dans telle ou telle affection ou dans tel ou tel organe. C'est là un des mérites que je me plais à reconnaître à la gymnastique de Ling, non que je veuille inférer de là qu'il

 

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en est l'inventeur, mais dans les nombreux procédés de massage que j'ai lus, il est bon nombre de formules, indiquées par Ling, que je n'ai trouvées chez aucun de ses prédécesseurs.

Les formules qu'il a donnée sont-elles préférables au massage simple ? C'est ce que l'expérience seule peut démontrer. Mais quand on voit Ling lui-même, ainsi que je l'ai rapporté dans la dernière citation de M. Georgii, dire que l'épistaxie s'arrête par un mouvement de tremblement du nez ou bien par la position des bras levés et immobiles sur la tête, on peut en conclure que la plupart de ses formules sont plutôt des particularités spécieuses que des formules dont l'exécution inexacte pourrait être suivie d'un insuccès.

L'étude du massage chez les Chinois m'a amené à parler de Ling et de la gymnastique suédoise. Celle-ci à donné naissance aux gymnastiques allemande et anglaise ; il me paraît inutile d'étudier la gymnastique chez ces peuples pour y retrouver la pratique du massage. Cette pratique est dans l'oeuvre de Ling et de Branting ; elle doit être nécessairement chez les deux nations dont les gymnasiarques s'accordent à prendre Ling pour model. D'ailleurs, c'est à l'étude du massage, chez les Chinois, que je dois encore quelques lignes.

Dans le San-tsaï-tou-hoeï, publié à la fin du XVIe siècle, on trouve  une collection de gravure représentant des figures d'anatomiques et des exercices de gymnastiques. Parmi ces exercices figurent les frictions, les pressions, la percussion, les vibrations, le massage en un mot et beaucoup d'autres mouvements passifs. Ces mouvements d'après les traducteurs (missionnaires de Pékin), sont en usage depuis les temps reculés. On les emploie pour dissiper la rigidité des muscles occasionné par la fatigue, les contractions spasmodiques, les douleurs rhumatismales, et après la résolution des fractures. Ceux qui en sont chargés sont ordinairement des barbiers ou des gens qui se promènent dans les rues, en avertissant les habitants de leur présence par des bruits de quelque instrument.

Suivant Osbeck, les Chinois frottent de leurs mains tout le corps, pressent doucement les muscles entre les doigts, exercent un tiraillement particulier sur les articulations. Ce tiraillement est accompagné d'un craquement que l'on peut entendre à une assez grande

 

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distance. Les gens qui exercent cette profession n'ont point de demeure fixe ; ils se promènent dans les rues en avertissant les habitants par le bruit d'une chaîne et par le son d'instruments.

Lepage, dans ses recherches historiques sur la médecine chez les Chinois (thèse de 1813 Fiche technique), dit que le massage est une pratique particulière que les Chinois ont empruntés aux  Indiens, et qui est consiste à pétrir lentement et avec douceur les différentes articulations du corps, à piler quelquefois avec les deux poings fermés, à distendre les membres de l'individu qui se soumet à cette opération.

Cossigny, John Kerr (de Canton), s'expriment à peu près dans le même sens. M. Georgii dit qu'il est en usage chez tous les peuples de l'Orient ; enfin Hue, Pauthier, Davis, Haussmann font mention de massage chez les Chinois.

Les Indiens mettent aussi en pratique ces manipulations ainsi que le prouvent et le passage que je viens de citer de la thèse de Lepage et les citations que je vais faire.

Le passage suivant que j'ai extrait presque mot à mot de la Cinésiologie de M. Dally Fiche technique(page 114), prouve l'usage du massage chez les Indiens et offre, en outre, un intérêt tout particulier au point de vue de la biographie médicale de l'Inde.

« Alexandre pénétra dans l'Inde 327 ans avant notre ère. Son armée eut beaucoup à souffrir de la morsure des serpents contre laquelle les médecins Grecs n'avaient point de remèdes. Alexandre qui avait réuni auprès de sa personne les médecins indiens les plus habiles, fit proclamer dans son camp que tout soldat atteint de morsure de serpent eût à se rendre à la tente royale pour y être traité. Tel est le fait qu'Arrien, dans ses Indiques, II, 15, rapporte d'après Néarque, amiral de la flotte macédonienne. Il ajoute que, lorsque les habitants de l'Inde sont malades, ils ont recours à leurs sophistes ou brahmanes qui les guérissent par des moyens admirables et plus qu'humains.

» La médecine était donc cultivée chez les Indiens dès la plus haute antiquité, mais les révolutions dont ce pays a été le théâtre y ont troublé la culture des sciences. Ce fut surtout depuis la conquête

 

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mahométane au II° siècle de notre ère, que leur système de médecine fut méprisé, leurs livres négligés et oubliés. Cependant quelques-uns de ces livres ont été conservés héréditairement par de riches familles brahmaniques.

» Sir William Jones découvrit l'Atharva-Veda contenant un traité de médecine, intitulé Ayur-Veda. D'autres savants indianistes ont publié différents écrits sur la médecine Indienne, entre autres Wilson, Soma Koros, Heyne, Ainslie, Royle ; enfin, le docteur Wise ayant réussi à se procurer des copies d'anciens livres de médecine, les a comparées et réunies sous le titre de Commentary on the hindou System of medecine, publié à Calcutta (1845). Cet ouvrage nous révèle un ensemble de connaissances et de pratiques médicales qui sont loin d'être inférieures à celles de l'Europe actuelle.

» Nous y avons remarqué, parmi les préceptes hygiéniques, le devoir pour chacun de se lever de bonne heure, de purifier sa bouche, d'oindre son corps, de le soumette à l'exercice, au schampooing ou massage, à la friction, au bain. »

Ce résumé, que l'on dirait fait à l'intention du sujet qui m'occupe, me dispose à faire l'analyse du travail de M. Wise, car M. Dally l'a résumé de la manière la plus concise et la plus fidèle. Retenons, avant d'aller plus loin, que le massage prend le nom de schampooing chez les Indiens.

M. Hessler a traduit en latin l'Ayur-Veda de Suçruta (18541)Fiche technique. Dans la 4° partie, intitulée Chikitsita-Sthana ou Thérapie, il est question du schampooing. M. Liétard, dans sa thèse inaugurale (Strasbourg, 1858) intitulée : Médecine chez les Indous Fiche technique, donne un résumé complet de la traduction d'Hessler, et mentionne également le massage.

« Au rapport des Européens qui habitent dans l'Inde, dit M. Dally, c'est ordinairement après le bain que s'administrent le schampooing et friction. Celui qui veut se faire masser est étendu sur un siège où l'opérateur manie les membres comme s'il pétrissait de la pâte. Puis il les frappe légèrement avec le bord de la main, les parfume, les frictionne, et termine en faisant craquer les articulations du poignet, des doigts et même celles du cou. »

Un document  publié par l'Athenœum de Berlin (Vol. I, 4° partie,

 

1 L'Ayur-Veda de Suçruta par le Docteur Hessler Franciscus date en faite de 1844.

 

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avril 1854) : Monuments thérapeutiques et exercices des Indiens, en même temps qu'il prouve l'usage du massage chez les Indiens, démontre que l'entraînement des pugilistes n'est qu'une émanation des pratiques des exercices chez les Indiens. On pourra en juger en comparant les documents qu'à publié M. le professeur Bouchardat, sur l'entraînement des pugilistes, dans sont Supplément à l'Annuaire de thérapeutique pour l'année 1861 Fiche technique, p. 180 et suivants, et la traduction qu'a donné de cet article l'Athenœum.

M. Dally en a donné une traduction française dans sa Cinésiologie, et j'en extrais le passage suivant : « Avant de commencer les exercices (p. 130)), le lutteur s'accroupit par terre, les jambes reployées, et une autre personne vient le frictionneur en tous sens avec le doux et le fin limon du delta du Gange ; ensuite les muscles des bras, des mains, de la poitrine, du dos, du ventre, des cuisses sont pressés en descendant jusqu'aux pieds, les uns après les autres, dans l'ordre indiqué ici, et cela d'une façon toute particulière qui peut bien être indiquée, mais non décrite exactement. Une ou deux personnes (dans ce dernier cas, une personne de chaque côté) s'occupent à presser les muscles, les tournant ou les tordant transversalement aux fibres musculaires. Cela ne doit pas se faire d'une manière arbitraire, mais bien après certaines règles observées religieusement. Ainsi, par exemple, les muscles de la partie supérieure du bras sont constamment tournés en dedans par celui qui les maintient fortement tendus dans ses deux mains ; ceux de la partie supérieure de la cuisse sont tournés en dedans, et ceux de la partie inférieure de la cuisse sont tournés en dehors, etc. Cela s'appelle éveiller le corps, et l'on éprouve, en effet, un sentiment de bien-être et de vigueur incroyable. »

 

» Puis viennent quelques exercices pour essayer ses forces. Quand ils sont terminés, on reprend de la même manière la tension transversale des muscles que nous avons déjà décrite, ou bien le corps est encore traité d'une façon toute particulière. Le lutteur se couche à plat ventre, tous les membres étendus, tandis qu'une autre personne se met sur son dos, et, les pieds nus, piétine lentement sur tous ses membres, opérant avec les pieds cette tension musculaire et ce

 

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pressement latéral qui est produit par les mains de l'autre manière que nous avons décrite d'abord.

» Dans certaines maladies, les Indous emploient aussi très souvent le chamboning, mot traduit en anglais par schampooing, qui consiste à pétrir doucement tout le corps du malade, en allant toujours des extrémités supérieures du corps et des parties supérieures membres vers les parties inférieures. »

Si au massage que nous voyons parfaitement indiqué on ajoute les autres exercices actifs et passifs que les Indiens font faire aux lutteurs, ainsi que l'observation rigoureuse du Tchang-seng 1)  Fiche technique, ou l'art de procurer une vie saine et longue, traduit par le P. d'Entrecolles, dont les préceptes sont compris dans quatre articles qui consistent à régler : 1° le coeur et ses affections ; 2° l'usage des aliments ; 3° les règles ont été ajoutées à celles-ci par les célèbres pugilistes anglais ; peut-être même pourrait-on trouver le germe de ces additions chez les Indiens ou les Chinois, mais ce n'est pas le lieu de m'en occuper. Revenons donc au massage.

D'autres auteurs ont encore fait mention du massage dans l'Inde. Grosse 2)  rapporte que chez les Indiens, celui qui veut se faire masser est étendu sur un lit où l'opérateur manie ses membres comme s'il pétrissait de la pâte, puis les frappe légèrement avec le bord de la main, les parfume, les frictionne, et termine le massage en faisant craquer les articulations du poignet, des doigts et même du cou.

Petit-Radel, qui avait vu la manière dont les Indiens combinaient à Surate les bains de vapeur et le massage, dit dans l'Encyclopédie : « On jette sur des plaques de fer, à mesure qu'elles rougissent au feu, une certaine quantité d'eau qui, vaporisée par la chaleur, se répand dans l'espace et pénètre le corps de chacun qui la reçoit, n'ayant sur lui aucun vêtement. Quand le corps est bien pénétré d'humidité, on l'étend sur le sol et deux serviteurs de chaque côté compriment successivement, et par divers degrés de force, les membres dont les muscles sont dans le plus grand degré de relâchement, puis sur le ventre, le thorax. L'individu est ensuite retourné pour pouvoir subir une pareille suite de pressions sur la partie postérieure du corps. »3)

 

1) Il s'agit d'un passage d'un ancien texte chinois traduit par le Père d'Entrecolles et notamment publié dans le 3eme tome de Description géographique, historique, chronologique, politique, et physique de l'empire de la Chine et de la Tartarie chinoise par Jean-Baptiste Du Halde de 1735 Fiche technique.

2) Il veut en fait parler de Jean-Henri Grose auteur de Voyage aux Indes orientales de 1758 Fiche technique.

3) Je pense qu'il emprunte ce passage au Dictionaire des sciences médicales, Volume 31 de 1819, page 77, voir le scan Google-Livres. La mention relative aux membres qui craquent qu'on retrouve chez Anquetil et que Petit-Radel ne nomme pas, est ici aussi spécifiée.

 

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Anquetil parle dans le même sens que Petit-Radel du massage, seulement il fait mention du craquement des articulations dont ce dernier n'a point parlé. Ainsi, « un des serviteurs des bains vous étend sur une planche et vous arrose d'eau chaude, ensuite il vous presse tout le corps avec un art admirable. Il fait craquer les jointures de tous les doigts et même celles de tous les membres ; il vous retourne et vous étend sur le ventre ; il s'agenouille sur vos reins, vous saisit par les épaules, fait craquer l'épine du dos en agitant toutes les vertèbres, donne de grands coups sur les parties les plus charnues et les plus musculeuses, puis il revêt un Gant de crin et il vous frotte tout le corps, au point de se mettre lui-même en sueur. Il vous lime avec une pierre ponce la chair épaisse et dure des pieds ; il vous oint de savon et d'odeurs ; enfin il vous rase et vous épile. Ce manège dure bien trois quarts d'heure ; après on ne se reconnaît plus ; il semble qu'on soit un homme nouveau ; on sent dans tout le corps une sorte de quiétude et le désir de se reproduire. La peau est quelque temps couverte de sueur légère qui lui donne une douce fraîcheur, etc...... Les femmes indiennes prennent le bain de la même manière, et prolonge cette cérémonie, qui porte le nom de massage, une grande partie de la journée. Des femmes esclaves accroupies autour d'elles, pendant qu'elles sont mollement étendues sur un canapé, leur rendent ce service dont la volupté semble faire son profit encore plus que la santé. »1)

 

Je me bornerai à ces citations pour passer à la description du massage chez les peuples du nouveau continent.

 

Dans le Dictionaire des sciences médicales*, article Massage, M. Piorry s'exprime ainsi :

« Les peuples où l'on a trouvé le massage le plus simple sont ceux

 

1) Il s'agit du tome 1 de Zend Avesta de Anquetil Duperron de 1771 TDM Fiche technique page 355.

* Ici, Dictionaire est écrit avec un seul N.

 

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qui se sont le moins éloignés de cet heureux état de simplicité dans lequel la nature nous a fait naître.

« Le capitaine Wallis, dans son voyage dans la mer du Sud et à Tahiti 1), descendit dans cette île avec quelques malades de l'équipage de son vaisseau. Quatre jeunes filles vinrent auprès d'eux, et après les avoir déshabillés, elles leurs frottèrent doucement la peau avec les mains, et ils se trouvèrent très bien des soins qui leur furent prodigués. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que ces insulaires réservaient ce moyen contre les maladies, car ils ne les pratiquèrent pas sur les gens de l'équipage qui ne paraissaient pas malades. »

On pourrait ne pas reconnaître ici le massage, si Forster, dans le voyage du capitaine Cook*, ne s'expliquait pas plus clairement sur cette coutume des habitants de Tahiti. « Dans un coin de la cabane, fermée partout de roseaux, on étendit pour nous une très belle natte par-dessus l'herbe sèche. Un grand nombre de parents de notre ami s'assirent à l'instant près de nous, et sa fille qui, par l'agrément de ses traits, l'élégance de ses formes, la blancheur de son teint, égalait et surpassait peut-être toutes les autres beautés que nous avions vues jusqu'alors à Tahiti, souriait amicalement et fit beaucoup d'effort pour nous être agréable...... Afin de nous délasser, elles frottèrent de leurs mains nos bras et nos jambes, et elles pressèrent doucement nos muscles entre leurs doigts.

» Je ne puis dire si cette opération facilite la circulation du sang ou rend leur élasticité naturelle aux muscles fatigués, mais son effet fut extrêmement salutaire, notre force entièrement rétablie ; la fatigue du voyage n'eut pas de longues suites. »

Un récit aussi simple n'a pas besoin de commentaires.

La Gazette des hôpitaux de 1839 2) raconte comment se pratique le massage dans l'île de Tonga (Océanie), dans les termes suivants :

« Lorsqu'une personne se sent fatiguée de marcher, ou par tout autre exercice, elle se couche, et quelques-uns de ses domestiques pratiquent les diverses opérations connues sous le nom de Toogi-Toogi, Mili ou Fota. Le premier de ses mots exprime l'action de frapper constamment et doucement avec le poing ; le deuxième, l'action de frotter avec la paume de la main ; le troisième, l'action

 

1) Il s'agit du tome 2 de Relation des voyages entrepris par ordre de Sa Majesté britannique Auteurs multiples dont Samuel Wallis en 1774 Fiche technique

2) En fait de Gazette des hôpitaux de 1839 on retrouve ce texte dans (Journ. of Sciences, n° 41, 1826.) que cite Archives des découvertes et des inventions nouvelles faites dans les Sciences, les Arts et les Manufactures tant en France que dans les pays étrangers pendant l'année 1827 Fiche techniquepage 176. 

* Observations faites pendant le second voyage de M. Cook, dans un voyage autour du monde, sur la géographie, la physique, l'histoire naturelle par Forster en 1778 en anglais. TDM Fiche technique.

 

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de presser et de serrer les téguments entre les doigts et le pouce. Ces opérations sont ordinairement faites par les femmes ; elles contribuent à diminuer la douleur et la fatigue, et produisent ordinairement un effet agréable qui dispose au sommeil. Quand on pratique le massage dans l'intention seulement de diminuer la fatigue, ce sont les bras et les jambes sur lesquels on agit ordinairement; mais lorsqu'il y a douleur dans quelque endroit, c'est la partie affectée ou les parties environnantes qui sont le lieu de l'action. Ainsi, dans les maux de tête, la peau du front et celle du crâne est soumise au fota, et souvent ce moyen a été employé avec succès. Quelquefois aussi, dans les cas de fatigue, on met en usage un procédé qui diffère des procédés ordinairement suivis. Trois ou quatre petits enfants sont employés à fouler aux pieds tout le corps du malade, qui est étendu nu sur l'herbe. »

Baudin, dans ses voyages dans la Nouvelle-Hollande (1800)1) raconte, à propos des moeurs des habitants primitifs de cette contrée, le passage suivant : « Les individus qui ont le plus d'influence parmi ces sauvages sont les Mulgaradocks, ou médecins charlatants. Il y en a de plusieurs classe, lesquelles indiquent la nature et l'étendue du pouvoir d'un chacun. Un Mulgaradock est regardé comme possédant le pouvoir de dissiper le vent ou la pluie, de faire descendre la foudre ou la maladie sur un objet quelconque de sa haine. Quand il secoue son manteau de peau et gesticule violemment pendant assez longtemps ; il procède à peu près de même pour éloigner la maladie, en faisant moins de bruit, en pratiquant souvent des frictions avec des baguettes de bois vert auparavant chauffées au feu, et en lâchant par intervalles une bouffée de vent soit-même propre à enlever la douleur. On suppose que la mains du Mulgaradock peut conférer la force ou l'adresse, et il est fréquemment visité par les naturels qui désirent l'une ou l'autre. L'opération consiste à lui tirer la main plusieurs fois de suite avec une forte pression de l'épaule aux doigts, et il l'étend alors jusqu'à ce que les articulations craquent. L'office habituel du Mulgaradock est de guérir les blessures de lance, qui, du reste, inquiètent peu les naturels. »

 

 1) En fait uniquement dans Voyage aux Terres australes par François Péron usurpant des écrits de Baudin TDM Fiche technique.

 

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Les divers passages que je viens de citer sont la preuve irrécusable de l'existence du massage chez les peuples encore sauvages qui habitaient les îles de l'Océanie et de la Nouvelle-Hollande. Ceux-ci étaient en relation, d'un côté avec les Chinois et les Indiens ; d'autre part, avec les peuples de l'Amérique. Ne peut-on pas admettre, ou bien qu'ils ont appris le massage des Indiens et des Chinois, ou bien que le massage a pris naissance avec les besoins hygiéniques ou  médicinaux de la localité ?

J'aurais désiré trouver des traces du massage dans les livres qui parlent de conquêtes de l'Amérique, mais je n'ai pu découvrir aucun texte où cette manoeuvre soit indiquée. Aujourd'hui le massage se pratique en Amérique avec autant enthousiasme que chez tous les peuples de l'ancien continent ; mais j'ignore si cette pratique est d'institution européenne, ou bien si les indigènes en avaient été dotés par leurs relations, soit avec les habitants des îles de l'Océanie ou de la Nouvelle-Hollande, où j'ai trouvé cette institution, soit avec les habitants du Nord de l'Asie, dont les sépare à peine le détroit de Behring, ou mieux si le massage n'est pas chez tous les peuples une institution primitive.

Ce rapprochement géographique m'amène à parler massage grossier qui se pratique en Russie et dans les pays avoisinant le pôle arctique. Il paraîtra sans doute étonnant à certains que je considère cette flagellation et cette friction si rudes et si cruelles que s'infligent les Russe comme un massage grossier. Quelles différences n'existe-t-il pas, en effet, entre ces pressions si douces, ces frictions si légères décrites par Forster et exercées par les mains des ravisantes Tahitiennes, et les coups si rudement appliqués par les Russes ! M. Georgii me paraît avoir donné la véritable cause de ces différences extrêmes entre des manoeuvres qui ont le même but hygiénique et médicale : « Il n'est pas sans intérêt, il dit-il, de remarquer que les peuples des contrées méridionales de notre hémisphère ont généralement donné la préférence aux mouvements passifs, tandis que les peuples du Nord ont préféré les mouvements actifs dans leur hygiène et leur thérapeutique. Il est aisé d'en retrouver la raison physiologique et d'en déduire des conséquences. Dans le Nord, on a besoin

 

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d'activer la circulation périphérique, d'autant plus que le froid tend à la contrer et à dérober la chaleur animal. De là la convenance des mouvements actifs. Dans le midi, au contraire, où l'on a à combattre cette tendance à l'accroissement de l'exhalation cutanée aux dépens de l'activité intestinale, il faut agir sur l'absorption veineuse extérieure. De là la nécessité de l'emploi des frictions, du massage, etc. »

Activer la circulation périphérique chez les habitants du Nord, activer la sécrétion intestinale et modérer l'exhalation cutanée chez les méridionaux, tel est donc le but que se proposent instinctivement les habitants de ces climats à température si différente.

Pour atteindre leur but, les habitants des pays froids avaient besoin d'une excitation très grande à la peau, et ils y sont arrivés par le procédé qu'ils mettent en usage et dont je vais dire quelques mots.

Les Russes et les Finlandais, après avoir pris leur bain, entrent dans une étuve fortement chauffée. Là un serviteur les fouette avec des verges de bouleau amollies dans l'eau, puis les frotte avec du savon, ensuite ils les lave à l'eau tiède, à l'eau froide, dont ils verse plusieurs seaux sur la tête.

Cette flagellation, dit Ardouin (thèse, 1815)Fiche technique, n'est autre chose qu'une friction très forte au moyen de laquelle ils montent le ton de leur peau à un degré tel d'activité qu'au sortir de l'étuve non-seulement ils supportent sans peine l'impression du froid le plus rigoureux, mais encore ils se plongent impunément  dans un bain à la glace, ou se roulent dans la neige.

Les auteurs du Dictionnaire des sciences médicales Fiche technique s'expriment dans le même sens, et ajoutent des réflexions qui laissent entrevoir que cette pratique n'est pas l'utilisation grossière et rustre du massage pratiquée chez les peuples civilisés. La flagellation, disent-ils, est pratiquée dans les bains de vapeur chez les Russes ; elle y est accompagnée de frictions violentes que l'on exerce, en saisissant par les extrémités les verges qui ont servi à la flagellation et promenant le milieu de ces verges sur toute la peau, que l'on ratisse et que l'on tourmente ainsi de haut en bas.

 

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» Cette double pratique semble avoir pour effet de monter la peau au plus haut degré d'excitation et d'assurer ainsi l'innocuité de l'immersion dans la neige au sortir du bain chaud.

» Ainsi l'on remarque, chez les peuples que la civilisation n'a encore imparfaitement éclairés, des pratiques utiles, fruit de l'instinct et d'une expérience grossière, et qui, pour être rustiques comme eux, n'en sont pas moins, quant aux effets produits, équivalents à des méthodes découvertes chez les peuples civilisés.

» Les frictions, que l'on voit employer chez les autres peuples avec des tissus plus ou moins âpres et durs ou avec des brosses, etc., le sont dans les mêmes intentions. Après le bain froid pris dans la mesure tonique, elles sont usitées comme favorisant le développement de la réaction qu'il a approuvée ; s'il a été prolongé dans la mesure sédative, elles peuvent aider à contre-balancer l'excès de cette effet. Enfin elles s'opposent après le bain d'une température modérée au refroidissement qui le suit. Elles perfectionnent le nettoiement de la peau commencé dans ce bain, et elles excitent la sueur après avoir rougi la peau. Les onctions employées, avant et après le bain très chaud, était destinées à s'opposer à la déperdition rapide de la sueur ; on les employait encore bien avant le bain froid dans l'intention de diminuer l'impression subite que ce bain allait produire sur les papilles nerveuses de la peau. »

L'appréciation dont Hallé, Guilbert et Nysten ont fait suivre leur article sur la flagellation, m'autorise une fois de plus à considérer la flagellation accompagnée de friction, telles qu'elles se pratiquent en Russie et dans la Finlande, comme un massage grossier Du reste, la percussion, la friction, la pression et l'onction, qu'elles sont appliquées simultanément, constitue l'art de masser chez certains peuples : pourquoi n'accepterions-nous pas ces manipulations russes comme un massage grossier, sachant que l'onction y est remplacée par le savonnage, ce qui, incontestablement et sans analogie forcée aucune, est bien une onction médicamenteuse ?

La pression s'exerce chez les uns, tantôt avec la main à plat, tantôt avec le bord externe de la main, tantôt avec une férule, une palette, comme le dit Galien, chez d'autres avec une poignée de pe-

 

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tites branches. Ne savons-nous pas qu'à Cordoue, Rhazès guérit un moribond en lui faisant fouetter tout le corps par plusieurs assistants armés de petites branches ? La pratique russe n'est donc pas si singulière qu'elle paraît de prime abord, et je peux même affirmer que les bains russes pris à Paris sont loin d'être désagréables. Dans l'établissement situé rue du temple, au sortir du bain de vapeur, le garçon fait une friction avec une brosse de chiendent, exerce quelques pressions sur les muscles, applique ensuite un savonnage avec la main ; puis avec des branches de bouleau amollies inflige une légère correction, et l'on passe ensuite à la douche froide, à la douche chaude ; après la douche, on enveloppe le patient dans une couverture de laine et on le fait passer au lit de repos.

Je n'ai pu voir dans cette sorte de pratique qu'un massage grossier ; c'est pourquoi il m'a semblé que ces manoeuvres devaient figurer dans mon travail.

Après avoir étudié le massage chez tous les peuples de l'antiquité, Grecs, Latins, Égyptiens ; après l'avoir étudié chez les peuples barbares, c'est-à-dire chez les Chinois et les Indiens, j'ai cherché les traces de ces manoeuvres chez les peuples du nouveau monde. Revenant en Europe, chez les Russes et les Finlandais, j'ai recherché l'analogie qui existe entre les manoeuvres qu'ils font et celles qui, chez les peuples que j'avais passé en revue, constituent le massage. Il me reste maintenant à jeter un coup d'oeil chez les peuples qui, aujourd'hui couvrent l'Afrique, l'Égypte et la Turquie pour arriver enfin à décrire le massage tel qu'il se pratique en Europe et surtout dans certains établissement français.

L'habitude, si répandue dans l'Égypte ancienne, d'aller aux bains somptueux, contribua sans doute à faire adopter les mêmes usages par les conquérants ; et, d'ailleurs, les besoins du pays sont aussi bien que les lois bibliques pour les uns,  les lois de Mahomet Information ouverte dans une nouvelle page pour les autres, firent que les pays conquis par les Arabes conservèrent l'usage des ablutions. Les thermes restèrent fréquentés comme du temps des anciens peuples de ces pays, et le massage s'y est conservé presque dans toute sa pureté. Savary dans ses Lettres sur l'Égypte Fiche technique, nous donne des détails qu'on trouve bien plus étendus dans Du Choul,

 

 

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Faber de Saint-Jory, Alpinus, etc., qui, bien avant lui, avait décrit la gymnastique, chez les Romains, les beautés de leurs thermes et l'emploi des diverses salles dont ils étaient composés, et les manoeuvres qui s'y pratiquaient.

J'ai donné plus haut quelques détails sur ce sujet.

Les Égyptiens contemporains ont-ils modifié les diverses manoeuvres du massage des anciens ? Non. Tous les voyageurs les décrivent à peu près dans les mêmes termes. Larrey à son retour d'Égypte, aussi bien qu'Anquetil, Savary et bien d'autres voyageurs et historiens, sont d'accord sur ce sujet. Je vais reproduire textuellement une partie de la onzième lettre de Savary sur les Bains du Grand-Caire. Je crois qu'il ne sera pas dépourvu d'intérêt de lire la manière dont on prend les bains au Grand-Caire et la manière dont on est massé dans ces établissements. Je laisse parler Savary :

« Les bains chauds connus des la plus haute antiquité et célébrés par Homère Information ouverte dans une nouvelle page, le peintre des moeurs de son temps, ont conservé dans l'Égypte leur agrément et leur salubrité. Le besoin d'être propre dans un climat où l'on transpire abondamment les a rendu nécessaires ; le bien-aise qu'ils procurent en conserve l'usage. Mahomet Information ouverte dans une nouvelle page, qui connaissait leur utilité, en a fait un précepte. La plupart des voyageurs les ont décrits superficiellement. L'habitude où je suis d'y aller m'ayant donné le loisir de les examiner avec attention, j'entrerai dans tous les détails propres à vous les faire bien connaître.

» Le premier appartement que l'on trouve en allant au bain est une grande salle qui s'élève en forme de rotonde ; elle est ouverte au sommet, afin que l'air pur y circule librement. Une large estrade, couverte d'un tapis et divisée en compartiments, règne alentour ; c'est là qu'on dépose les vêtements. Au milieu de l'édifice un jet d'eau qui jaillit d'un bassin recrée agréablement la vue.

» Quand on est déshabillé, on se ceint d'une serviette, on prend des sandales, et l'on entre dans une allée étroite où la chaleur commence à se faire sentir. La porte se referme. A vingt pas on en trouve une seconde et l'on suit une allée qui forme un angle droit avec la première. La chaleur augmente ; ceux craignent de s'exposer subitement à une plus forte dose s'arrêtent dans une salle de

 

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marbre qui précède le bain proprement dit. Ce bain est un appartement spacieux et voûté. Il est pavé et revêtu de marbre. Quatre cabinets l'environnent. La vapeur sans cesse renaissante d'une fontaine et d'un bassin d'eau chaude s'y mêle aux parfums qu'on y brûle.

» Les personnes qui prennent le bain ne sont point emprisonnées comme en France dans une espèce de cuvier où l'on est jamais bien à son aise. Couchées sur un drap étendu, la tête appuyée sur un petit cousin, elles prennent librement toutes les postures qui leur conviennent. Cependant un nuage de vapeurs odorantes les enveloppe et pénètre dans tous les pores.

» Lorsque l'on s'est reposé quelque temps, qu'une douce moiteur s'est répandue dans tout le corps, un serviteur vient, vous presse mollement, vous retourne, et quand les membres sont devenus souples et flexibles, il fait craquer les jointures sans effort. Il masse et semble pétrir les chairs sans que l'on éprouve la plus légère douleur.

» Cette opération finie, il s'arme d'un Gant d'étoffe et vous frotte longtemps. Pendant ce travail il détache du corps du patient tout en nage une  des espèces d'écailles, et enlève jusqu'aux saletés imperceptibles qui bouchent les pores. La peau devient douce et unie comme le satin. Il vous conduit ensuite dans un cabinet, vous verse sur la tête de l'écume de savon parfumé et se retire.

» Les anciens faisaient l'honneur à leurs hôtes et les traitaient d'une manière plus voluptueuse. En effet, pendant que Télémaque était à la cours de Nestor, la belle Polycaste, la plus jeune des filles du roi de Pilos, conduisit le fils d'Ulysse au bain, le lava de ses propres mains, et après avoir répandu sur son corps des essences précieuses, le couvrit de riches habits et d'un manteau éclatant. Pisistrate et Télémaque ne furent pas moins bien traités dans le palais de Ménélas. Lorsqu'ils eurent admiré les beautés on les conduisit à des bassins de marbres où le bain était préparé. De belles esclaves les y lavèrent, et après avoir répandu sur eux de l'huile parfumée, les revêtirent de fines tuniques et de superbes pelisses.

» Le cabinet où l'on a été conduit offre un bassin avec deux robinets : l'un pour l'eau froide, l'autre pour l'eau chaude. On s'y lave

 

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soi-même. Bientôt le serviteur revient avec une pommade épilatoire, qui dans un instant fait tomber les poils à l'endroit où on l'applique. Les hommes et les femmes en font un usage générale en Égypte. Quand on est bien lavé, bien purifié, on s'enveloppe de linges chauds, et l'on suit le guide à travers les détours qui conduisent à l'appartement extérieur. Ce passage insensible du chaud au froid empêche qu'on en soit incommodé. Arrivé sur l'estrade, on trouve un lit préparé. A peine y est-on couché qu'un enfant vient presser de ses doigts délicats toutes les parties du corps, afin de les sécher parfaitement. On change une seconde fois de linge, et l'enfant râpe légèrement avec la pierre ponce les calus des pieds. Il apporte ensuite la pipe et le café moka.

» Sorti d'une étuve où l'on était environné d'un brouillard chaud et humide, et où la sueur ruisselait de tous les membres, transporté dans un appartement spacieux et ouvert à l'air extérieur, la poitrine se dilate et l'on respire avec volupté. Parfaitement massé et comme régénéré, on sent un bien-aise universel. Le sang circule avec facilité et l'on se trouve dégagé d'un poids énorme. On éprouve une souplesse, une légèreté jusqu'alors inconnue. Il semble que l'on vient de naître, et que l'on vit pour la première fois. Un sentiment de vif de l'existence se répand jusqu'aux extrémités du corps, tandis qu'il est livré aux plus flatteuses sensations ; l'âme qui en a conscience jouit des plus agréables pensées ; l'imagination se promenant sur l'univers qu'elle embellit voit partout de riants tableaux, partout l'image du bonheur. Si la vie n'est que la succession de nos idées, la rapidité avec laquelle la mémoire les retrace alors, la vigueur avec laquelle l'esprit en parcourt la chaîne ferait croire que dans les deux heures de calme délicieux qui suit ces bains, on vit un grand nombre d'années.

» Tels sont les bains dont les anciens recommandaient si fort l'usage, et dont les Égyptiens font encore leurs délices. C'est là qu'ils parviennent ou font disparaître les rhumatismes, les catarrhes et les maladies de la peau, qui ont pour principe le défaut de transpiration ; c'est là qu'ils guérissent radicalement ce mal funeste qui attaque les sources de la génération, et dont le remède est si dange-

 

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reux en Europe. (L'auteur fait allusion à la phthisie, ainsi qu'il le dit dans une note.) C'est là qu'ils se défont du malaise si ordinaire aux autres nations, qui n'ont pas autant de soin d'entretenir la propreté de leur corps, etc. »

 

Le reste de l'Afrique et tout l'Orient pratiquent le massage avec autant de soins, mais moins de luxe que l'Égypte, et comme le dit M. Quesnoy, chez les indigènes de l'Afrique comme chez tous les Orientaux, il n'est pas une douleur qui ne soit au début soumise au massage. Il faut que l'expérience ait bien souvent confirmé l'efficacité de cette pratique pour qu'elle soit conservée avec autant de foi, et que chaque tribu ait ses hommes spéciaux pour le massage.

 

« Quel est le touriste, dit M. Séré (Echo de la Presse, juillet et septembre 1862Fiche technique), quel est le colon ou le militaire qui, dans nos possessions d'Afrique, n'ait visité ce que l'on appelle les bains maures, et ne se soit livré, au moins une fois, aux mains d'un indigène, habile masseur qui, plonge avec son baigneur dans une atmosphère de vapeur chaude, l'étend sur une table, et tout en gambadant et chantant sa chanson nasillarde, se livre sur son corps, dont les tissus sont distendus par la température ambiante, à des frictions rapides et graduées, et à des torsions agiles des articulations ? En sortant de ses mains après l'opération, n'ont-il pas éprouvé ce bien-être général qui résulte d'une circulation libre et active du sang, d'un jeu régulier de tous les organes, et si un peu de fatigue a provoqué chez eux un peu de sommeil, de quelle souplesse, de quelle force ne sont-ils pas doués après leur réveil ? Et ceux qui étaient entrés au bain avec de la lassitude, de l'empâtement des articulations, de vieilles douleurs rhumatismales ou musculaires, enfin avec des affections anciennes, de quelques natures qu'elles fussent, et caractérisées par la persistance de l'engorgement ou de l'induration, n'en sont-ils pas sortis au moins soulagés, sinon guéris ? C'est qu'en effet le massage, outre qu'il est un décrasseur par excellence, et par conséquent le meilleur auxiliaire des fonctions cutanées à l'aide des quelles s'opère le double courant d'absorption et d'excrétion d'où dépend l'équilibre du travail organique, s'oppose encore à la stase des liquides, et dévelop-

 

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pant la chaleur par le frottement, devient pour le corps un véritable agent électro-magnétique. »

M. Séré a tracé à grands traits les effets physiologiques et thérapeutiques du massage sur lesquels je reviendrai plus tard, et il a donné en même temps les preuves irrécusables de l'exercice du massage dans toute l'Afrique.

Voulons-nous savoir s'il entend le massage comme nous le comprenons ? Écoutons-le : « Voulons-nous parler du massage, c'est-à-dire du frottement et de la pression exercée avec les mains sur le corps de l'homme, soit au point de vue hygiénique, soit au point de vue thérapeutique. » On ne peu donner une définition plus large et plus précise du massage ; c'est celle que j'adopte.

Les Turcs, eux qui font partie de la grande famille arabe, massent comme les Égyptiens et les Africains, selon le témoignage de M. Ardouin (thèse, 1815)Fiche technique: ils frictionnent et pressent avec les doigts ; ils pétrissent, pour ainsi dire, toutes les parties du corps. On se fait pratiqué ce genre de friction nommée massage, pendant qu'on est dans le bain, par des femmes ou des enfants, qui ont les mains délicates.

 Selon Thévenot et les auteurs du Dictionnaire des sciences médicales Fiche technique,  le massage des Turcs est assez analogue des Égyptiens ; car, les salles étant chauffées, on ne tarde pas d'y suer ; alors on y est lavé, essuyé, peigné et longtemps frotté avec un morceau de camelot qui débarrasse la peau des débris épidermiques ; puis l'on passe sur le corps du savon et d'autres cosmétiques. Le massage diffère cependant en quelque chose ; c'est dans une étuve sèche que l'on se fait masser en Turquie, mais on peut y faire à volonté des ablutions d'eau tiède ou fraîche sur les différentes parties du corps. Le marbre qui forme le pavé de l'étuve est chauffé par le feu que l'on allume dans une salle située au-dessous ; c'est sur ce marbre que l'on est couché. Un esclave étend sur le dos celui qui vient se faire masser ; il pose les genoux sur le ventre et sur l'estomac, et faire craquer les divers articulations. Bientôt après on fait retourner le baigneur sur le ventre, et l'on pratique sur la partie postérieure du corps ce que l'on avait fait sur l'antérieure. Ces différentes modifica-

 

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tion (ajoutent-ils) influent sans doute assez peu sur les effets qui doivent dans tous les cas être à peu près analogue.

Il me reste à parler maintenant des médecins qui, depuis le commencement du XIXe siècle, ont traité du massage, et à terminer cette première partie par la description de l'art de masser.

Les médecins hygiéniste et thérapeutistes, les praticiens de toute sorte qui se sont occupés du massage sont très nombreux parmi nos contemporains, et cependant nous en comptons fort peu qui aient fait des articles spécieux sur cette partie. Les gymnasiarques, en particulier, en ont traité presque tous ; nos bains publics ont chacun un ou plusieurs masseurs ; des personnes faisant profession du massage sont établit dans quelques quartier de Paris ; quelques-uns des établissement thermaux français ont l'avantage de posséder des masseurs, et je citerai en première ligne celui de Bagnères-de-Luchon, et cependant personne, que je sache, n'a songé à donner des règles générales et particulières qu'il faut suivre dans l'art de masser. Cette lacune existe encore, et je tâcherai de la combler.

Je sais que chacun des médecins et gymnasiarques qui ont conseillé le massage dans telle ou telle affection, ont donné le moyen de masser la partie malade, et en même temps quelques principes généraux sur le massage en général ; mais si les manipulations sont bien indiqués par le massage particulier, il n'en est pas ainsi pour celui qui doit affecter tout le corps ou une partie quelconque. Ils n'ont eu tous qu'un but, celui de prouver que le massage est aussi utile, sinon plus, que n'importe quel autre agent thérapeutique dans une affection déterminée. A cet effet, ils ont donné le moyen de le pratiquer dans la région qui les occupait ; mais, quant à rassembler tous les massages particuliers institués pour en créer une méthode générale capable de faire un masseur, personne, que je sache, n'y a songé jusqu'à ce jour.

Je vais donc tâcher de combler cette lacune, et pour cela je m'appuierai sur tous les différents procédés de massage qui ont été donnés jusqu'à ce jour. Beaucoup nous sont déjà connus par les divers textes que j'ai cités pour prouver que le massage a été connu dès les temps les plus reculés, et qu'il nous a été transmis dans la suite des siècles


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sans aucune modifications importante. D'autres seront tirés des auteurs contemporains que je n'ai pas encore mentionnés ; comme j'aurais l'occasion de les citer en exposant les manoeuvres de l'art de masser, ou en décrivant les effets physiologiques et thérapeutiques, je ne crois pas utile, afin d'éviter des redites, de donner un résumé des travaux relatifs à mon sujet, tirés des auteurs nombreux qui durant cette époque se sont occupés du massage. J'aurai soin, à mesure que je décrirai un procédé ou bien que j'indiquerai un effet thérapeutique ou physiologique, de nommer l'auteur auquel je l'ai emprunté. Par ce moyen, j'abrégerai un exposé qui serait trop long, et que cependant je n'aurai pas négligé s'il ne m'eût paru inutile.

J'ai donc ainsi terminé l'historique du massage ; je vais maintenant, dans un second chapitre, traiter de l'art de masser.

 

 

Retour à l'index CHAPITRE II.

DE L'ART DE MASSER

 

L'art de masser comprend diverses parties qui nécessitent une division pour le bien décrire. Je traiterai successivement dans quatre articles distincts :

  1. ° Des conditions que doit remplir un bon masseur ;
  2. ° Des instruments dont il doit être nanti ;
  3. ° Des manoeuvres qu'il exécute sur la personne qui se fait masser ou bien que cette personne fera sur son invitation, et de la définition de chacune de ces manoeuvres ;
  4. ° De la manière dont il doit procéder à ces manipulations.

 

ARTICLE I er.

CONDITIONS QUE DOIT REMPLIR UN BON MASSEUR.

 

Si l'on songe que le massage était pratiqué chez les anciens peuples par des personnes non-seulement d'âges différent, mais encore d'un sexe particulier ; si l'on se rappelle que chez les uns c'étaient des jeunes enfants, chez les autres des femmes, chez d'autres des serviteurs ou esclaves, chez d'autres peuples des barbiers, chez

 

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d'autre enfin des personnes revêtues d'un caractère sacré et mystérieux ; dans cette promiscuité si étrange il sera difficile d'établir les conditions nécessaires à un bon masseur ; mais si l'on considère les judicieuses observation de M. Sarlandières, en raison de la fatigue extrême que nécessite de la part de l'opérateur un massage bien fait, on pourra sans difficulté aucune établir ces conditions.

L'âge adulte est une première condition qui doit revêtir le masseur. Trop jeune, en effet, il ne peut soutenir ce pénible travail ; trop âgé, la même raison l'oblige de s'y souscrire. Eùt-il même toutes les conditions de force et d'agilité dont le nombre des années n'aurait pu encore lui arracher la jouissance, que dans l'intérêt de sa santé personnelle et en raison des exigences de clients trop souvent harceleur et ennuyeux, il serait obligé d'abandonner un état pour l'exercice duquel l'âge adulte est presque une nécessité.

Le sexe ne doit pas nous occuper, attendu qu'il est inutile de rappeler que dans tout ce qui tient dans un lien quelconque à l'exercice de la médecine, un sentiment de haute moralité doit toujours y présider.

 Il ne sera pas sans intérêt de lire quelques lignes que j'ai extraites de l'Introduction de la clinique, de M. Trousseau, et qui ont été écrites pour le médecin concernant sa carrière. Le masseur, qu'il appartienne ou non au corps médical, y trouvera une règle de conduite très sage.

« Il n'y a pas en somme un grand inconvénient au point de  vue la pudeur et de la convenance à découvrir un homme ; il n'est pas permis pourtant de le faire si cet examen peut avoir quelque inconvénient pour la santé.

«  Ce que je dis là s'applique aux deux sexe ; mais quand il s'agit de femmes, le médecin doit se souvenir qu'il a une fille ou une soeur, et que jamais l'examen ne doit prendre les apparences d'une coupable curiosité.... On peut faire avec la plus grande chasteté les investigations qui semblent être les moins chastes, pourvu que ces recherches soient utiles, et surtout jugées telles par les malades ; elles sont acceptées souvent, même avec reconnaissance. Il ne s'agit pas de pruderie, mais seulement de savoir-vivre, et rappelez-vous

 

 

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que le médecin a d'autant plus de chance de réussir dans sa carrière si difficile, qu'il oubliera moins vis-à-vis de ses malades de ses malades les règles de bienséance, qui sont l'apanage de la bonne éducation. »

Cependant, comme on a vu maintes fois des personnes du sexe éprouver une certaine répugnance à se montrer à des hommes qui ne revêtent pas le caractère indifférent du médecin, je suis obligé d'accepter que les femmes pratiquent le massage ; mais n'oublions pas que la fatigue que nécessite un massage bien fait de la part du masseur est une dépense physique qu'une femme, fût-elle douée de la santé la plus florissante, ne pourrait supporter longtemps, si, surtout, elle pratiquait plusieurs massages par jour.

Inutile de dire qu'étant obligé de dépenser une certaine quantité de force, le masseur doit être bien portant et jouir complètement de toutes les foncions physiologiques de ses membres supérieurs.

Il serait désirable que ses mains fussent larges, grandes et très musculeuses, la pulpe des doigts très épaisse, afin que dans les diverses pressions il ne fatigue point le patient. Il devrait avoir la peau des mains lisse, afin de pouvoir exercer des frictions prolongées sans entamer l'épiderme ; enfin le pouce doit être facilement opposable aux autres doigts, afin que le masseur puisse bien saisir les membres à main pleine, et fixer solidement une partie du corps, quand il est nécessaire.

 

 

Retour à l'index ARTICLE II.

INSTRUMENTS OU ARSENAL DU MASSEUR.

 

L'arsenal des masseurs n'est pas compliqué, car à peine s'il doit compter quelques instruments d'un petit volume ; ce sont : la brosse, le Gant, la raclette ou strigil, la Roulette, la palette, un faisceau de branches, et accessoirement un corps gras.

Brosse. — C'est en générale une brosse ordinaire de chiendent qu'ils se servent ; à défaut, on pourrait se servir d'une brosse de crin, comme on peut en avoir toujours sous la main. On se sert également d'un morceau de tissu de laine grossière ou de flanelle.

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Ces divers objets servent à faire des frictions douces, modérées ou rudes, suivant les cas.

Gant. — On désigne sous le nom de gant une espèce de sac de la longueur de la main, fermé à l'extrémité unguéale, et présentant au niveau du poignet un petit cordon, qui, passant par une coulisse, permet de fixer le gant au poignet. L'extrémité digitale présente deux compartiments, l'un très large, permettant l'introduction des quatre derniers doigts, et l'autre plus étroit, destiné à la réception du pouce. La partie dorsale de ce gant est d'une étoffe de nature et de couleur différente, tandis que la face palmaire est revêtue dans toute son étendu d'une espèce de tissu faisant brosse, construit généralement avec du poil de chameau. C'est une brosse plus douce que la brosse ordinaire, et dont la flexibilité permet de frictionner uniformément les parties du corps les plus irrégulièrement contournées. Cette brosse, molle et flexible, mérite d'être conservée, car elle est réellement utile. Quant à la nature du poil qui forme la partie essentiel de ce gant, elle n'est d'aucune importance.

Galien raconte que de son temps on se servait d'un gant de peau pour éviter l'excoriations de la peau ; aujourd'hui nos masseurs, peut-être plus habiles, se servent de la main toute nue et ne craignent point d'excorier la peau. Le gant qu'ils emploient sert pour faire des frictions excitantes, ainsi que je viens de l'indiquer. Quelquefois aussi il sert à percuter sur les diverses parties du corps que l'on masse.

 

Strigil, raclette, éponge. —  Le strigil, instrument qu'emploient les masseurs depuis les temps les plus reculés, se trouve décrit par tous les auteurs qui se sont occupés de gymnastique, et Hippocrate n'a pas dédaigné d'en donner la description. Le strigil est un instrument courbé en forme de faucille, mousse sur ses bords et terminé par un manche à l'une de ses extrémités, l'autre étant arrondie et mousse.

Du Choul dit que les strigils ou Estrilles à estuves, dont se servaient les anciens Romains, étaient en or ou en argent, ou en bronze doré.

 

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Strabon, raconte que les Indiens se servaient de strigils légers d'ébène.(1)

Pline dit à son tour que les anciens Romains remplaçaient le strigil par une éponge.

Nos masseurs actuels se servent d'un instrument analogue au strigil, fait en buis ou tout autre bois dur, et l'appellent indifféremment strigil ou raclette.

Le strigil ou raclette n'est donc pas un instrument indispensable.

Il serait préférable, à l'exemple des anciens Romains, selon Pline, que les masseurs se servissent d'une éponge, ou bien d'un linge avec lequel ils frotteraient avec une certaine force pour enlever les débris épidermiques, l'excrétion des cryptes de la peau, et les restes des produits médicamenteux dans le cas où l'on en aurait employé.

 

Roulette, — La roulette est un petit instrument composé de six à huit petites roues ordinairement en buis, large d'un centimètre. Ces petites roues sont perforées à leur centre et sont mobiles sur un axe terminé à l'une de ses extrémités par un manche que le masseur prend à pleine poignée. Le masseur promène la roulette en pressant plus ou moins fortement sur les parties qu'il masse, et imprime aux petites roues composant la roulette des mouvements d'autant plus rapides et plus uniformes qu'il exerce des mouvements de va-et-vient plus prompts. Il détermine avec cet instrument, qui mérite d'être conservé, une pression plus douce, plus égale et aussi certaine qu'avec l'extrémité des doigts.

J'ai vu cependant, dans ces derniers temps, un nouvel instrument destiné à remplacer la roulette. Il consiste en de petites roues analogues à de petits pessaires en gimbelette, et emmanchées comme les précédentes.

Ce dernier instrument manque, à mon avis, le but qu'on se propose en se servant de cet instrument, car la pression uniforme que l'on veut exercer sur les fibres musculaires, ou sur les vaisseaux qui se trouvent situés au-dessous et dans la direction de la force appliquée, ne s'applique pas, comme avec la roulette en bois dur, sur l'extré-

 

 (1) Verso de la feuille 8 de "Discours des bains et antiques exercitations grecques et rommaines Fiche technique" de Guillaume Du Choul ou le strigl d'Estradère est dans cet ouvrage écrit au féminin.

 

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mité de l'axe de cette force représentée par une ligne, mais bien sur une surface représentée par la figure que forme la masse des petites roues s'aplatissant, en se pressant les unes contre les autres, et formant une espèce de corps ovalaire, représenté dans son grand diamètre par la longueur de l'axe de l'instrument, augmenté en raison de la pression imprimée par le masseur, et, dans son petit diamètre, par l'aplatissement de ces petites roues d'autant plus grand que la pression sera forte.

A mon avis, cet instrument est une mauvaise innovation qui doit être rejetée par tous les masseurs.

 

Palette, la férule ou battoir. — La palette, que l'on nomme aussi férule, tapette, battoir, est un instrument de 25 à 30 centimètres de longueur, terminé à l'une de ses extrémité par un manche, tandis que l'extrémité opposée présente un disque de 7 à 10 centimètres de longueur sur 6 à 7 centimètres de largeur. Ce disque ovoïde, terminé à l'une de ses extrémités par un manche, sert à exercer la percussion sur les parties très charnues.

Cette palette a été en usage par les masseurs dès les temps les plus reculés.

Vraiment M. Sarlandières viendrait se déclarer l'auteur du massage qu'il nomme par percussion, et qui consiste, dans une certaine forme du massage des anciens, qu'à remplacer le mot férule ou palette par le mot battoir, car cet instrument ne diffère en rien de la palette des anciens dont je viens de donner la description.

Les écrits que je vais passer en revue prouvent de la manière la plus irrécusable que M. Sarlandières à voulu induire en erreur le monde médical, et il a réussit, car, ainsi que je l'ai dit au sujet du livre de Meibomius et des écrits de Cœlius Aurelianus, MM. Trousseau et Pidoux, dans leur savant Traité de matière médicales et de thérapeutiqueFiche technique, ont été dupes de ses assertions. M. Sarlandières n'est nullement l'inventeur ni du massage par percussion, ni de la palette que je lui laisserai nommer battoir, bien que MM. Trousseau et Pidoux l'en déclarent.

 

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 Je ne citerai encore, à l'appui de mon assertion, que des extraits de l'article Percussion du Dictionnaire des sciences médicales Fiche technique, rédigé par Percy et Laurent en 1819, c'est-à-dire vingt-cinq ans avant que M. Sarlandières n'ait rédigé son Traité du système nerveux Fiche technique.

(1) * « Palette (instrument de percussion), palmula, ferula. — Nous donnons ce nom à une espèce de spatule en forme de raquette, ayant un long manche, épaisse seulement de 4 à 5 lignes et faite avec du bois blanc très léger. L'usage de cet instrument est trop connu, et il nous a paru important de fixer un moment l'attention des médecins sur les avantages qu'on peut en tirer dans un assez grand nombre de circonstances.

« L'emploi de la palette rentre dans le domaine du massage et malheureusement cet art n'existe pas en France, et il n'a encore trouvé ni un maître, ni un apologiste qui eussent pu l'y naturaliser.

« En attendant, nous allons indiquer le parti que l'on peut tirer de notre palette et citer quelques-uns des cas dans lesquels il convient d'y avoir recours.

« Ce mode de percussion était familier aux médecins de l'antiquité qui probablement l'avaient emprunté à certains aliptes ou orthopèdes dont le métier consistait à corriger les vis de structure et de conformation chez les adultes et chez les enfants, ou qui peut-être l'avaient vu pratiquer dans les promalactérions, endroits particuliers où, avant d'entrer au bain, on se soumettait à une sorte de pétrissage tant avec les mains trempées dans l'eau tiède ou dans un mélange d'eau de sel, de nitre et d'huile (Celse (2)) qu'avec des battoirs de diverses formes et de différents bois, lesquels n'étaient maniés que par des personnes bien exercées et plus souvent par des femmes, parce qu'elles ont la main plus douce et plus légères, dit encore Celse... Galien a recommandé l'emploi de la palette ou l'acte de la férulation en plusieurs articles des oeuvres, et, pour faire réussir l'application des emplâtres contre l'atrophie, il ne fallait pas négliger l'exténuation des membres à coups de férules, moyen si propre à remuer les sucs nourriciers dans la partie où ils semblent n'avoir plus accès. »

L'art d'embellir, selon Haller et Guyon, était très cultivé chez

 

 (1) De là jusqu'au prochain astérisque à la page suivant (*), il s'agit de la reprise, avec quelques retraits du 39eme volume du Dictionnaire des sciences médicales Fiche technique.

 (2) Celse, livre III, chapitre 21 Fiche technique.

 

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les anciens, et les médecins ne dédaignent pas de s'en servir ; c'étaient ceux de cette classe qui usaient le plus fréquemment de la Palette, et l'on sait que Pline les comparait vulgairement pour cette raison, aux maîtres d'école : si pedagogis, medicis etiam ferulæ.

Il y avait dans les principales villes un établissement appelé [mot grec], où les esclaves à vendre et ayant quelque difformité trop apparente, étaient envoyés, aux frais du maître, pour y subir des épreuves capables de tromper les acheteurs, ou pour y acquérir réellement les formes et les agréments qui leur manquaient. C'est là surtout que la palette était usitée... Quelques femmes allaient, mais bien secrètement, chercher de la fraîcheur et de l'embonpoint dans ces lieux ordinairement mal famés, et leur mollesse cédant à la vanité, se prêtait aux coups de palette qu'il fallait y endurer. Tantôt c'étaient des fesses plates dont elles voulaient à toute force faire cesser la défectueuse dépression ; tantôt c'étaient des hanches rentrantes ou ravalées, comme disent nos hippiatres, qu'il fallait a tout prix rendre saillantes et évasées : alors la palette allait grand train, et son exercice n'était interrompu que par la palpation, la contrectation et toutes les ressources manuelles de la psellaphie, mot que nous désirerions voir adopter pour exprimer élégamment ce qu'on y appelle lourdement et grossièrement le massage, le massement.

Des hommes usés par les excès se rendaient, avec les mêmes précautions, dans ces maisons...

Les Arabes, héritiers des préceptes de l'ancienne médecine, ne négligèrent pas celui de la palette...

Le proverbe, se battre les flancs, vient de l'usage où l'on fut autrefois d'exercer, soit avec les mains, soit avec une pièce de cuir épais, soit avec une palette quelconque, des percussions en tous sens sur les hypochondres, dans les engouements du foie et de la rate. »*

Suit l'énumération d'une foule d'affection dans lesquelles la palette a fait merveilles. Dans certaines dyspepsies, ils conseillent la percussion avec une palette modifiée de la manière suivante :

« On attache un peu loin, au bout d'un petit bâton en forme de manche, une vessie de mouton ou d'agneau qu'on a gonflée d'air par

 

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l'insufflation, et avec cette espèce de fléau on peut porter partout le bienveillant effet de la percussion. »

Dans d'autres circonstances, « la Palette doit le céder à la vessie enflée, quoique entre les mains d'un homme sage, qui en userait avec sobriété et précaution, et qui, au besoin, la couvrirait d'une enveloppe de peau de satin ou de velours très fin, elle puisse rivaliser avantageusement avec elle.

» Dans plus d'une conjoncture, l'enveloppe dont il vient d'être question peut être nécessaire, parce qu'elle adoucit le choc et la collision, et qu'elle ménage les téguments qui, chez quelques sujets, et chez les femmes surtout, sont d'une texture si délicate que le moindre frottement les enflamme et les excorie. »

« M. Bourdier a proposé pour masser les membres, et spécialement les articulations gonflées par l'effet du rhumatisme ancien et opiniâtre, une baguette terminée, comme celle des grosses caisses de musique turque, par un bouton du volume d'une pomme d'api, rembourré de laine et de crin, et recouvert de peau de chamois, etc. »

Croyez-vous que M. Sarlandières ait innové quelque chose en pareil matière ? Pour vous en convaincre, lisez ses considérants, qui ne sont pas moins étendus que dans la question de droit la plus épineuse.

 « En me rendant, dit-il un compte physiologique de l'action modératrice du massage par pression employé ordinairement, et ayant égard au sentiment de bien-être éprouvé et à la prompte disparition de la fatigue par le déplacement d'un membre qui est longtemps resté dans une position invariable, ou, ce qui revient peut-être au même, qui a été longtemps exercé d'une manière semblable, j'ai pensé que tout ébranlement passivement imprimé aux organes musculaires sans trop intéresser leur irritabilité, et en changeant le mode d'action, pourrait avoir un résultat salutaire, d'autant plus que j'ai cru remarquer que, si une douleur dont un membre est affecté enchaîne, comme il arrive souvent, le mouvement que l'on exerce sous l'influence de la volonté, dans la direction naturelle des fibre charnues, un mouvement imprimé en sens contraire, et, par conséquent, au moyen d'une force étrange, rétablissait la sensibilité

 

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dans son état d'intégrité et redonnait l'aptitude aux mouvements naturels et volontaires.

« D'autre part, j'avais remarqué l'extrême fatigue que cause à l'opérateur un massage bien fait. Voulant tenir compte de tous ces motifs et arriver à rendre ce moyen plus commode en même temps que plus efficace, sachant d'ailleurs combien il est difficile de trouver hors de l'Orient des gens assez habiles pour exercer convenablement cet art, j'ai pensé qu'une percussion molle, plus ou moins forte, plus ou moins lente, à l'aide d'un corps contondant  placé au bout d'un levier, afin de fatiguer moins l'opérateur, pourrait atteindre le même but que ce massage par pression.

« Je fis, à cet effet, confectionner des battoirs élastiques dont la palette circulaire, de 4 pouces de diamètre, est adaptée à un manche de 10 pouces de longueur. Les palettes, rembourrées de crin, sont couvertes de flanelle pour les percussions à sec, et de feutre ou de caoutchouc pour les percussions au milieu de la vapeur aqueuse. »

Je laisse le lecteur comparer les deux textes que je viens de reproduire, et je suis convaincu qu'il sera de mon avis.

Dans l'article de M. Sarlandières, il est question d'une palette couverte de caoutchouc. Les anciens ne pouvaient faire les palettes recouvertes de cette substance qu'ils ne connaissaient pas, mais ils y suppléaient par la palette faite avec une vessie enflée. Quant à la palette recouverte de laine, ou de crin et de feutre, elle était également connue des anciens. J'estime donc que M. Sarlandières n'est pas l'auteur du massage par percussion. inventé et pratiqué par le docteur Sarlandières. » Si MM. Trousseau et Pidoux, eussent pris connaissance de l'article Dictionnaire des sciences médicales Fiche technique que j'ai indiqué et reproduit presque en entier, ils n'auraient certainement pas dit : « On distingue deux sortes de massage : le massage par pression, c'est le mode employé de tout temps ; le massage par percussion, inventé et pratiqué par le docteur Sarlandières. » Si M. Trousseau n'eût pas été trop confient dans les assertions de M. Sarlandières, il aurait pu le comprendre parmi ceux pour lesquels il dit dans sa Clinique médicale : « On comprendra, du reste, l'erreur de ces illustres praticiens, dont, malgré tout,  nous devons dire que la Fontaine disait des poëtes : « nous ne saurions

 

 

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» aller plus avant que les anciens ; ils ne nous ont laissé, pour notre part, que la gloire de les bien suivre. »

Faisceau de branches, — Le sixième instrument faisant partie de l'arsenal du masseur, est un petit faisceau de branche unies ; ce faisceau, bien entendu, ne doit pas être trop volumineux, afin que le masseur puisse le saisir à main pleine, et s'en servir pour l'usage auquel il est affecté. La plupart des masseurs ont adopté les branches de bouleau amollies par l'eau. J'ignore pourquoi, dans les bains russes, la flagellation se fait uniquement avec des branches de cet arbre ; mais suivant l'exemple de Rhazès, que j'ai cité plus haut, on prendra des branches de n'importe quel arbre ; cependant il faut qu'elles ne soient pas noueuses, afin de ne pas blesser le patient.

Dans les bains russes cet instrument sert à la fois et d'instrument de percussion et de strigil ; car, après avoir frictionné le corps avec l'eau de savon, ils font tomber la mousse avec la main ou bien avec le corps du faisceau de branches de bouleau.

 

Onguent, pommade, huiles, savons. — Ces différents corps gras sont employés dans un but tantôt thérapeutique, tantôt purement hygiénique.

Les masseur en général, peu soucieux du but de l'onction, vantent chacun un corps gras qu'il a adopté et auquel il teint essentiellement, parce qu'avec son aide,  les mains glissent plus facilement. Il craint moins d'excorier la peau. Je crois donc qu'un corps gras, bien qu'il ne soit pas absolument nécessaire dans le massage hygiénique, est cependant d'une certaine utilité.

Le masseur devrait s'en tenir là, mais trop souvent il se crois médecin et dans l'obligation de donner des conseils au client, quelquefois même en dépit du bon sens. J'en ai vu appeler comme tout le vulgaire les tendons des fléchisseurs des doigts, des nerfs, et me faire un petit discours sur les effets du massage sur ces prétendus nerfs. Je vous laisse penser après une si bonne description anatomique, quel avantage je dus retirer de sa leçon de pathologie.

Sans doute, on peut-être masseur sans connaître les noms des

 

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parties que l'on touche, mais il serait très utile et indispensable même d'avoir quelques notions d'anatomie et de physiologie, surtout si le masseur est appelé à exécuter un massage thérapeutique formulé par un médecin. Un bon masseur, capable de faire aussi bien le massage sur l'homme sain que sur l'homme malade, doit avoir des notions anatomiques et de physiologiques suffisantes, et en cela il ne fera qu'imiter les masseurs anciens. En effet, les gymnastes, dès les temps les plus reculés, avaient des notions médicales ; il est inutile de répéter que le masseur était un gymnastes. Galien raconte que les gymnastes devaient avoir des connaissances chirurgicales, être en état de réduire une luxation, d'appliquer à une fracture le système de déligation le mieux approprié. Presque toujours enfin à une connaissance approfondie de l'art de la gymnastique, ils ajoutaient des connaissances médicales si étendues, qu'à partir d'Hérodicus, c'est parmi les gymnastes qu'il faut chercher les noms les plus célèbres en médecine : Hippocrate, Dioclès de Carystes 1), Antylus, Archigène, Galien, etc. L'importance qu'attachaient les anciens aux connaissances médicales et chirurgicales de leurs gymnastes, justifie mon opinion sur la nécessité pour le masseur d'avoir des notions anatomiques et physiologiques.

Le masseur devait, s'il a l'avantage de posséder quelques notions médicales, s'abstenir rigoureusement de toute opinion personnelle sur la maladie du patient, car il doit songer ayant tout qu'il n'est qu'un exécuteur des ordres du médecin ; ce que le médecin a prescrit est chose sacrée, il doit l'exécuter ponctuellement sans commentaires ni en bien ni en mal. (Magister dixit.)

Pour revenir à mon sujet, je dis donc que les masseurs peuvent employer dans le massage hygiénique le savon, l'huile, ou comme certains les baumes opodeldoch, nerval et de Fioraventi, etc., mais que ces corps gras ne font pas absolument partie de l'arsenal, sachant que, lorsqu'ils font un massage thérapeutique, ils doivent employer en onctions les pommades, onguents, huiles, baumes, savons, etc., que les médecins prescrivent, et, dans ces cas, c'est le client qui doit fournir le médicament.

M. Sarlandières, quand il veut obtenir à la peau un effet calo-

 

1) Erreur typographique, il s'agit de la ville de Caryste, sans s.

 

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rifique et stimulant de quelques heures de durée, emploie la pommade phosphorée. Il l'emploie aussi chez les individus qui ont perdu toute énergie des organes générateur.

 

Retour à l'index ARTICLE III.

MANOEUVRE CONCERNANT LE MASSAGE.

 

Les manoeuvres qu'exercent les masseurs sur la personne qui désire se faire masser, sont très nombreuses ; mais certaines diffèrent par des nuances si peu importantes et si délicates, qu'il est presque impossible de ne pas les confondre.

Malgré le nombre de ces manipulations, j'ai pu, en réfléchissant à la manière dont on les effectue, sous quatre groupes principaux, et j'espère pouvoir, par le tableau suivant, montrer que réellement, malgré cette surcharge de noms et de manipulations à nuances si peu caractéristiques, les masseurs ne font, somme toute, que quatre genres de manoeuvres : la friction, la pression, la percussion et le mouvement.

 

Travail du CFDRM de Paris

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Travail du CFDRM de Paris

 

Un mot sur chacune de ces manipulations, car quelques-unes ont des noms si peu familiers qu'on ne pourrait en découvrir la signification sans une description passable.

 

Retour à l'index Ier. — Des frictions.

 

Tout le monde sait ce que l'on doit entendre par frictions : ce sont des frottements avec plus ou moins de force, plus ou moins de rapidité exercés sur une ou toutes les parties du corps, soit avec la main, une brosse ou du linge comme la flanelle.

Les frictions sont dites sèches ou humides, suivant que l'on emploie ou non un corps gras ou un principe médicamenteux, comme huiles, liniments, onguents, baumes, pommades, etc.

L'onction est toujours humide ; elle a pour but d'étaler avec douceur un principe médicamenteux sur une ou plusieurs partie du corps. L'onction ne fait pas, à proprement parler, partie des manoeuvres classées parmi les frictions, puisque celles-ci réveillent l'idée d'un frottement ; mais comme elle est souvent prélude de la friction, je ne devais pas la passer sous silence, et, comme Oribase le dit avec Galien, elle aide à la rapidité et à la douceur de la friction, et en même temps elle procure un autre avantage très consi-

 

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dérable, celui d'affaiblir la tension et de ramollir les parties. Nous pouvons ajouter à ces avantages celui de faciliter l'absorption des médicaments par la peau, suivant la méthode iatraleptique.

Dans un article sur l'apothérapie, Hippocrate divise les frictions, qu'elles soient humides ou sèches, en douces, moyennes et rudes. La friction douce et modérée se reconnaît, dit Oribase, toutes les fois que la partie frottée ne dépasse pas la rougeur fleurie ; si elle est accompagnée de pressions fortes et prolongées, elle constitue des frictions rudes. Les moyens tiennent le milieu entre les rudes et les douces.

Les passes, les frôlements et les attouchements des masseurs actuels ne sont, selon moi, que des variétés de la friction douce, les frictions moyenne et rude n'étant autre chose que la friction proprement dite.

Les passes consistent dans l'application de la pulpe des doigts des deux mains sur la partie médiane du front, pour de là les faire glisser doucement, légèrement, sans jamais abandonner la partie, chacune des deux mains de chaque côté du front, en descendant sur les temps, les paupières, les joues, sur les parties latérales du cou, les épaules et la racine des bras jusqu'aux extrémités des doigts ; puis, abandonnant brusquement les parties touchées, on réapplique les doigts sur le front du patient et l'on redescend soit jusqu'aux bras comme précédemment, ou bien le long de la paroi antérieure du tronc de chaque côté jusqu'à l'extrémité des pieds.

Ces passes sont loin de constituer une friction ; elles sont analogues aux passes magnétiques, et je les aurais supprimées si je ne les eusse trouvées indiquées dans plusieurs affections de M. Georgii et les élèves de Ling. Je me borne à les signaler, pensant, sans prétendre discuter la valeur thérapeutique du magnétisme, qu'elles font plutôt partie de ce dernier que du massage.

Les frôlements consistent dans des mouvements lents de va-et-vient, allant de la périphérie au centre du centre à périphérie ; ils sont fait avec la pulpe des doigts de l'une ou des deux mains accompagnés d'une pression modérée.

La promenade de la roulette avec une pression très modérée est moins fatigante pour le masseur et remplit le même but.

 

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Les attouchements indiqués par quelques auteurs ne se trouvent pas définis, c'est pourquoi j'ai cru devoir les signaler et les confondre avec la friction douce, pensant qu'ils ont la signification que tout le monde leur donne.

Les frictions moyennes et rudes sont constituées par des frottements plus ou moins rapides et accompagnés d'un peu plus ou d'un peu moins de pression.

On s'accorde à reconnaître quatre sortes de frictions, suivant la direction que l'on imprime à la main ou à l'instrument avec lequel on frictionne.

 Si l'on imprime à la main des mouvements de va-et-vient en droite ligne, les frictions sont dites rectilignes ; ne suit-on pas régulièrement le premier mouvement de va-et-vient, la friction prend le nom d'anguleuse ; si l'on fait décrire à la main, en allant d'un extrémité à l'autre de la partie masser, des lignes courbes formant la moitié ou les trois quarts du cercle, la friction se nomme spirale ; enfin la friction dite en courbes concentriques ou excentriques, lorsque, partant d'un point pris comme centre, on décrit, par des mouvements en cercle, des circonférences de plus en plus grandes jusqu'à la limite de la partie à frictionner, et que, de ce point-là, on revienne, par des circonférences de plus en plus petites, au premier point de départ.

 

Retour à l'index  II. — DES PRESSIONS.

 

La pression s'exerce à l'aide de l'extrémité des doigts seulement, ou bien de la main entière ou d'un instrument comme la roulettes. Elle a pour but de serrer, d'une manière subite et intermittente, la partie sur laquelle on veut exercer son action, soit entre les pouces et les quatre autres doigts opposés diamétralement, et séparés par la partie que l'on doit presser, soit entre les deux mains, dont l'une sert de point d'appui, tandis que l'autre sert de corps comprimant.

Quelquefois on se sert de la roulette, qui imprime une pression aussi forte, mais moins pénible à supporter.

 

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La pression, suivant son degré de force, peut-être divisé en douce ou modérée et en forte.

1° La pression douce comprend l'agacement, le chatouillement, la titillation et le taxis.

a. L'agacement et le chatouillement qu'il n'est pas nécessaire de définir, ont été employé plutôt dans un but lascif que thérapeutique ; aussi ne ferai-je que le mentionner.

b. La titillation a été employée dans certaines affections, et les accoucheurs s'en servent encore assez souvent. Il en sera question au sujet des affections des organes génito-urinaires.

c. Le taxis, que pratiquent les chirurgiens sur les tumeurs herniaires, n'est, d'après la définition qu'en donne MM. Gosselin, Nélaton, Vidal qu'une pression méthodique qu'on exerce avec la main sur la tumeur herniaire pour la réduire. Le chirurgien, disent-ils, applique avec un des ses mains sur la base de la tumeur, dont ses doigts embrassent la circonférence, et exerçant avec ceux-ci des mouvements variés, il la refoule peu à peu vers l'ouverture aponévrotique. Cette pression est analogue à celle que pratiquent les masseurs sur les tumeurs ganglionnaires.

Lorsqu'en thérapeutique je parlerai des tumeurs herniaires, j'indiquerai le massage qu'on leur applique, et l'on sera convaincu, je l'espère, que le taxis n'est qu'un massage suffisant très souvent, mais incomplet de la hernie.

 

2° La seconde classe  de pressions comprend les pressions fortes, qui sont le pétrissage, la malaxation, le froissement, le Pincement, le foulage, le sciage.

 

a. Pétrissage. — Il consiste dans l'application, avec une pression plus ou moins forte, des doigts écartés ou joints sur les masses charnues du corps en faisant ramper la main comme une chenille, selon l'expression de M. Meding.

 

b. Malaxation. — C'est la même manoeuvre, ne différant seulement que parce que la main est appliquée à plat avec plus ou moins de force avant de contracter les doigts pour exercer un pétrissage.

 

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c. Froissement. — Le froissement n'est qu'un pétrissage de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané ; c'est un pétrissage superficiel, tandis que la malaxation et le pétrissage proprement dits doivent agir sur les parties plus profondément situées.

 

d. Pincement. — Ce mode de pression ne doit pas être poussé jusqu'à la déchirure des parties sous-jacente. Il a quelque utilité dans certaines affections nerveuses.

 

e. Foulage. — Dans cette manipulation, les deux mains étant opposées roulent un membre en descendant plusieurs fois du centre du corps vers la périphérie, pour remonter ensuite vers le point de départ en pratiquant la même manipulation.

 

f. Sciage. — C'est une pression avec un mouvement de va-et-vient analogue au mouvement de scie, avec le bord ulnaire de la main.

 

Retour à l'index  III. DES PERCUSSIONS.

 

La percussion est une manipulation qui a pour but de mettre en mouvement un agent qui vient frapper subitement et d'une manière intermittente, avec une force déterminée, les parties contre-lesquelles ont les diriges.

Elle s'exerce à l'aide de la main seule, ou bien à l'aide d'un instrument, tel que la Palette, le Gant, un linge mouillé, des verges, etc.

La percussion et toujours douce et modérée au début ; elle ne doit devenir forte que graduellement, à mesure que la partie percutée s'habitue, pour ainsi dire, à cette manipulation.

Les modes de percussion sont nombreux, tels sont : la hachure, le claquement, les vibrations pointées ou Pointillage, les vibrations profondes, la percussion à poing fermé, enfin la percussion avec la palette ou tout autre instrument, ce qui comprend la flagellation.

 

a. Hachure. — Cette sorte de percussion s'exécute toujours au moyen de la main seulement. On frappe plus ou moins fortement avec le bord ulnaire de la main et du petit doigt, en tenant les doigts écartés ou réunis à volonté.

 

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Très souvent la hachure se fait avec les deux mains, alors on frappe alternativement avec l'une et l'autre.

 

b. Claquement. — C'est une percussion faite avec la face palmaire de la main et les doigts étendus modérément.

 

c. Pointillage ou vibrations pointées. — Le pointillage se fait en frappant avec les pointes des doigts réunis en petit ou grand cercle.

 

d. Vibrations profondes. — Elles se font avec le poing fermé, tantôt en percutant avec le bord ulnaire de la main fermée, tantôt avec la face dorsale des phalanges.

 

e. Percussion proprement dite. — On se sert communément d'une ou deux Palettes avec lesquelles on frappe alternativement avec une rapidité et une intensité plus ou moins forte. D'autres fois on se sert du Gant, ou de la brosse, ou de la roulette, d'un linge mouillé, ou bien encore de branches réunies en faisceau. Ce dernier mode de percussion constitue, ainsi que je l'ai dit plus haut, la flagellation.

Tous ces divers genres de percussion se font de quatre manières différentes, suivant les lignes fictives que l'on décrit en frappant.

Frappe-t-on en allant directement de droite à gauche ou d'avant en arrière, la percussion est dite rectiligne.

S'écarte-t-on de la ligne droite, la percussion prend le nom d'anguleuse.

Si l'on semble décrire fictivement les spires ou des courbes concentriques, la percussion est dite spirale ou en courbes concentriques ou excentriques.

Ces distinctions paraissent minutieuses, je veux bien l'admettre ; mais il serait difficile, sans elles, de comprendre les formules de massages particuliers prescrite par Ling dans certaines affections.

 

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Retour à l'index  IV. DES MOUVEMENTS.

 

On doit entendre par mouvements les diverses attitudes passagères que l'on fait prendre aux diverses parties mobiles du corps, attitudes que le patient ne pouvait plus prendre, soit en raison d'une production nouvelle pathologique, soit par manque d'exercice.

Ces mouvements ne comprennent pas toutes les classes de mouvements indiqués par les anciens ; la classe des mouvements actifs n'y figure pas, car ils sont exercés par l'individu sans le concours d'une autre personne. Les deux autres classes de mouvements en font partie : tels sont les mouvements passifs, c'est-à-dire imprimés par le masseur, sans que le patient n'y concoure ou s'y oppose, et les mouvements semi-actifs ou semi-passifs que Ling avait divisés en actifs-passifs et  passifs-actifs, mais qu'avec juste raison ses successeurs ont changés de nom, et qu'ils appellent doubles-concentriques et doubles-excentriques.

Ces deux expressions demandent à être éclaircies :

Si, pendant que le patient exécute un mouvement actif, le masseur y oppose de la résistance, la forme du mouvement est également double ; c'est un mouvement double-concentrique ou actif-passif de Ling.

Si au contraire, c'est le masseur qui exécute le mouvement sur le patient, tandis que ce dernier y fait résistance, la forme du mouvement est également double ; c'est un mouvement double-excentrique ou passif-actif de Ling.

L'explication que donne M. Neumann de ces deux formes de mouvements est claire ; mais le nom que leur donnaient les anciens, de mixtes ou actif-passif à la fois, désignait également les mêmes exercices. Ces deux formes de mouvements, que certains auteurs ont cru dans ces derniers temps avoir été introduites dans la gymnastique par le fondateur des gymnastes royaux de Suède, se trouvent décrites par presque tous les gymnasiarques anciens, et chez les Chinois surtout, de la manière la plus péremptoire. Ling n'a que le mérite d'avoir imaginé les mots d'actif-passif et de passif-actif ; et ces successeurs

 

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deux dénominations bien plus claires, à savoir : double-excentrique et de double-concentrique.

Ces mouvements faisant partie du massage, il était donc bien nécessaire qu'au commencement de ce travail, j'établisse que Ling n'a pas créé les mouvements qu'il indique, et que certains auteurs s'accordent à lui attribuer. Il a créé des formules de massage que j'aurai l'occasion de citer bientôt, mais il n'a inventé aucune de ces manœuvres ; toutes étaient pratiquées bien avant lui par les masseurs de différents peuples.

Les mouvements que pratiquent les masseurs, ou qu'ils font pratiquer par le patient, sont : 1° les mouvements ordinaires que les articulations possèdent à l'état physiologique, tels que la flexion, l'extension, l'abduction, l'adduction, la pronation, la supination, les mouvements de latéralité, la rotation et la circumduction ; 2° enfin, des mouvements particuliers, telles sont les tractions, les torsions et les secousses qui s'appliquent plus spécialement aux muscles.

Les  mouvements naturels n'ont besoin que d'être signalés ; d'ailleurs, en décrivant le massage, j'indiquerai la manière de les pratiquer. Je ferai remarquer seulement que l'on ne doit faire exercer à chaque articulation que les mouvements qu'elle possède physiologiquement.

Quant aux mouvements particuliers, je vais les décrire immédiatement.

Tractions. — Ce sont des mouvements imprimés aux articulations en tirant l'une des parties, tandis qu'on fixe l'autre, ou bien qu'on la tire en sens contraire de la première. Ces tractions sont surtout conseillées dans l'entorse pour faciliter le rétablissement normal des parties molles dans le cas où elles serait restées déplacées.

Torsions. — Les torsions sont des mouvements qui ont pour siège les parties molles, les muscles principalement. A cet effet, on presse entre les doigts les muscles en les tournant, ou les tordant transversalement aux fibres musculaires. Les brahmanes insistent surtout sur cette manipulation.

 

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Secousses. — Ce sont des mouvements d'agitation exercés vivement et en saccades. Ces mouvements sont appelés par les uns tremblements, par d'autres ébranlements ; mais tous s'accordent à les comparer au mouvement du sonneur de cloches.

Ils consistent, pour les membres thoraciques, à prendre l'extrémité des doigts du patient et à imprimer des secousses très rapides à tout le membre. Pour les membres pelviens, on secoue le membre après avoir saisi le métatarse entre les deux mains.

Telles sont les nombreuses manipulations qu'un masseur est obligé de faire pour qu'un massage soit bien fait ; non qu'il doive passer en revue toutes ces variétés de manipulation pour un massage ordinaire, mais il doit exercer une grande partie, variant d'ailleurs suivant la partie du corps qu'il masse, suivant que l'organe qu'il veut influencer est situé profondément ou superficiellement, suivant enfin la formule qu'aura donné le médecin.

Appliquons maintenant ces divers temps et ces diverses manipulations sur le sujet , c'est l'objet du quatrième article de ma division de l'art de masser.

 

Retour à l'index ARTICLE IV.

MANIERE DE FAIRE UN MASSAGE.

 

L'homme sain, l'homme bien portant, quand il va se faire masser, ne désire par retirer du massage tous les effets que la thérapeutique peut exiger de cette grande variété de manoeuvres ; il n'a qu'un but, celui de maintenir l'équilibre de ses fonctions. L'homme atteint d'une affection morbide doit lutter, au contraire, contre sa désorganisation incessante, troublant, altérant l'équilibre de ses fonctions et l'amenant plus ou moins vite à sa perte. De là la nécessité, pour le premier, d'un massage simple, rapide, réveillant, stimulant les fonctions de tout son organisme sans en exagérer aucune ; chez l'autre, au contraire, il faut activer les fonctions presque éteintes ; il faut suppléer par l'excès de certaines fonctions à celles qui font défaut ; il faut dans certains cas faire revivre celles qui depuis longtemps ne donnent plus signe de vie. De là la nécessité d'un massage général

 

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activant, réveillant tous les fonctions, et la nécessité bien plus grande encore d'insister sur certaines manoeuvres, sur certaines parties, sur certains organes, afin tantôt d'exagérer les fonctions, tantôt de les exciter simplement, tantôt de les faire renaître.

A cet effet si variable, je diviserai le massage en celui de l'homme sain, ou massage hygiénique, et en massage thérapeutique, ou de l'homme malade. Mais comme certaines affections n'intéresse pas l'économie toute entière, il est nécessaire de subdiviser ce dernier en massage thérapeutique particulier ; le premier s'exerçant sur tout le corps, tandis que ce dernier ne se pratique que sur la partie malade et ses parties adjacentes seulement.

Massage hygiénique général, massage thérapeutique général et particulier, tels sont les trois genres de massage que je vais décrire.

 

Retour à l'index A. — Massage hygiénique.

 

Nous ne sommes plus au temps où quatre, six et huit personnes étaient chargées à la fois de vous masser ; aujourd'hui une seule personne exécute cette opération ; ce sera aussi dans cette situation que je vais supposer les choses.

Comme il n'est d'aucune importance de commencer par telle partie du corps plutôt que par telle autre, je vais commencer a description du massage général par les membres supérieurs, puis je passerai aux membres inférieurs, ensuite à la tête et au cou, pour de là passer au massage de la partie antérieure du tronc et terminer enfin par la partie postérieure.

 

Massage des membres thoraciques. — Après avoir fait quelques frictions douces, rectilignes, spirales, en courbes concentriques ou excentriques, le masseur augmente peu à peu les pressions qu'il exerce avec sa main, et passe graduellement de la friction douce à la moyenne, et de celle-ci à la rude. S'armant ensuite de la brosse et mieux du gant pour un membre qui a si peu d'étendue, et

 

 

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dont les contours sont si variés, il fait des frictions de plus en plus fortes, jusqu'à ce que la peau soit d'un rosé uniforme et légèrement tuméfiées ; alors il fait l'onction avec de l'eau de savon ou tout autre corps gras. Cette onction est accompagnée pendant quelques minutes de frictions assez rudes avec la main ou avec la brosse, ou le gant, ou un morceau de laine ou de flanelle, ou bien encore, si l'on se sert d'un faisceau de branches, avec celui-ci.

Ceci fait, le masseur exerce quelques modes de pression, dont les plus usités, dans le massage qui nous occupe, sont le pétrissage, la malaxation, le foulage et le sciage. Voici comment il y procède : prenant chaque doigt séparément, il exerce des pressions latérales avec son pouce et la pulpe des quatre autres doigts, qu'il oppose à ce dernier ; abandonnant les parties latérales de cet organe, il pratique la même manoeuvre sur les faces dorsale et palmaire du même doigt ; puis, embrassant entre la pulpe de ses cinq doigts celui du patient, il en pétrit toute la circonférence pendant quelques minutes. Cela fait, il saisit entre les doigts de sa main gauche, la phalangine du patient et la tient solidement, tandis que, prenant l'extrémité unguéale de la phalangette du même doigt, entre la pulpe du pouce et de l'index de la main droite, il imprime des mouvements de flexion, d'extension et de légère circumduction à la phalangette sur la phalangine. Ensuite, il saisit la phalange avec les doigts de la main gauche, la phalangine avec ceux de la main droite, et comme pour la phalangette, il répète les mêmes mouvements. Ce n'est pas tout : sans lâcher le métacarpien, qu'il tient de sa main gauche, il saisit entre le pouce, l'indicateur et le médius de sa main droite, l'extrémité unguéale de la phalangette de ce même doigt, fait fléchir la phalangette sur la phalangine, celle-ci sur la phalange, et cette dernière sur l'extrémité inférieure du métacarpien ; puis il force ces mêmes phalanges à s'étendre, et tour à tour, il fait exercer à ces trois articulations des mouvements de flexion, d'extension et de circumduction ; enfin, il saisit à main pleine les phalangines des quatre derniers doigts, et imprime des mouvements de flexion, d'extension et de circumduction très rapide aux articulations métacarpo-phalangiennes, phalango-phalangettes et phalangettes-phalangines des quatre dernier doigts.

 

 

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Ces manoeuvres, que j'ai indiqué pour un seul doigt, doivent être répétés pour tous les autres.

Cette opération terminée, le masseur pétrit également entre ses doigts le métacarpe et le carpe, en dépassant celui-ci jusqu'au delà du poignet, vers le tiers inférieur de l'avant-bras, fait tour à tour le pétrissage, la malaxation des muscles de l'éminence thénar, de l'éminence hypothénar, presse fortement, en pétrissant, le centre de la main, afin d'agir sur les muscles interosseux, pétrit, malaxe dans tous les sens l'articulation du poignet, et enfin, fixant d'une main l'avant-bras au-dessus de l'articulation du poignet, de l'autre main, prenant à main pleine le métacarpe de la main qu'il masse, le masseur imprime à l'articulation du poignet des mouvements de flexion, d'extension et de latéralité. Il ne pratique les mouvements de pronation et de supination qu'après avoir fait les massages de l'avant-bras et de l'articulation du coude, auxquels nous allons procéder après avoir signalé une dernière manoeuvre. Le masseur, saisissant les quatre derniers doigts d'une main, tandis que de l'autre il fixe l'avant-bras au-dessus du poignet, imprime des mouvements rapides d'extension, de flexion, de circumduction à toutes les articulations qui se trouvent à la main et au poignet du patient.

Après avoir fait de nouveau quelques frictions rapides sur l'avant-bras et la partie inférieure du bras, il reprend le pétrissement et la malaxation des muscles de la main, et continue jusqu'au tiers inférieur de l'avant-bras, puis il pratique le foulage de l'avant-bras. A cet effet, les deux mains, appliquées à plat de chaque côté du bras, au-dessus de l'articulation du coude, pressent le membre l'une contre l'autre en imprimant des mouvements de va-et-vient, et descendent jusqu'à la main. De là, sans quitter la position, on les fait remonter jusqu'au delà du coude, en imprimant les mêmes pressions et les mêmes mouvements de va-et-vient.

Après le foulage, il faut pratiquer le sciage. Fixant l'avant-bras du patient de la main gauche, le masseur applique le bord ulnaire de la main et du petit doigt de sa main droite sur l'extrémité inférieure du bras, et en pressant fortement, il imprime des mouvements de 

 

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va-et-vient, analogue au mouvement de la scie, à sa main droite, qu'il promène ainsi sur toute la périphérie de l'avant-bras jusqu'au delà du poignet.

Cette opération terminée, il fixe d'une main le bras, saisit de l'autre main l'avant-bras au niveau du poignet, fait exercer à l'articulation du coude les mouvements d'extension et de flexion les plus étendus, exerce, dans une demi-flexion du coude, des mouvements légers de circumduction, puis il imprime à l'avant-bras les mouvements de pronation et de supination, et termine ensuite en prenant l'extrémité des phalanges et en imprimant simultanément tous les mouvements que j'ai indiqués à toutes les articulations du poignet et du coude.

Attaquant ensuite le bras, il frictionne, pétrit, malaxe tous les muscles du bras, dépasse en avant l'épaule, arrive jusqu'à la ligne médiane de la poitrine en pétrissant et malaxant le muscle grand pectoral ; en arrière le bord spinal de l'omoplate, et masse ainsi complètement tous les muscles de l'épaule ; il fait ensuite le foulage et le sciage du bras en s'y prenant comme je l'ai indiqué pour l'avant-bras, et pratique en même temps les mêmes manœuvres jusqu'au poignet ; ensuite il fait, sur toutes ces parties, des hachures, le claquement, les vibrations pointées, les vibrations profondes et la percussion proprement dite, soit avec le poing, soit avec la Palette, le gant, la brosse, un linge mouillé, soit encore avec de petites branches, comme je l'ai indiqué en parlant du mode de percussion nommé flagellation.

 

Tout cela terminé, il faut faire exécuter les divers mouvements propres aux articulations du bras. Pour cela, une main fixe la partie supérieure de l'épaule, tandis que l'autre, pressant le bras un peu au-dessus du coude, élève le bras, l'abaisse, porte le coude en arrière, en avant et exerce des mouvements de circumduction. Quittant ensuite le bras, il répète les divers mouvements d'ensemble que j'ai indiqués pour le coude, le poignet et les doigts, et il termine par des secousses analogues, ainsi que disent les auteurs, aux mouvements du sonneur de cloches. A cet effet, le masseur prend entre ses

 

 

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deux main la main du patient et lui imprime des secousses fortes et répétées fréquemment.

Tel est le massage hygiénique du bras qu'on termine généralement par une nouvelle friction et une onction avec de l'eau de savon et l'éponge, ou bien un linge sec, afin d'enlever les débris épidermiques, l'excrétion des cryptes folliculeux et les restes du corps gras qui a servi à l'onction quand on en a fait une.

 

Massage du membre pelvien. — Après une friction douce, l'onction, la friction moyenne et la friction rude de tous le membre, telle que je l'ai indiqué pour le membre thoracique, on procède aux massages successifs du pied, de la jambe et enfin de la cuisse.

Les manoeuvres que l'on fait sur le pied sont moins compliqués que celles que l'on pratique sur la main. Ici, en effet, il est utile de conserver tous les mouvements aux phalanges des doigts, tandis que les orteils ont des mouvements d'une importance très secondaire ; aussi les masseurs ne s'attachent guère qu'à exciter la motilité des articulations métatarso-phalangiennes. A cet effet, après avoir pétri peu de temps les phalanges jusqu'à la partie moyenne du métatarse, le masseur applique une main sur le métatarse, qu'il fixe, et fait exécuter des mouvements de flexion et d'extension aux cinq orteils à la fois, ainsi que quelques légers mouvements de latéralité ; puis, reprenant le gros orteil, il pétrit, malaxe, frictionne fortement et longtemps les muscles du pied, surtout ceux de la plante des pieds, sur lesquels il pratique même le sciage et diverses percussions, telles que les vibrations pointées et profondes, la hachure, la percussion, avec la palette ou tout autre instrument ; puis, continuant le prétrissage et la malaxation jusqu'à la moitié inférieure de la jambe, et, après avoir fixé d'une main le pied au-dessus des malléoles, le masseur fait exécuter aux articulations du cou-de-pied les divers mouvements qu'elles sont susceptibles de prendre : l'extension, la flexion, la circumduction et les mouvements de latéralité, ainsi que l'adduction.

 

 

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Après ce massage on passe à celui de la jambe et du genou. Le masseur pétrit, malaxe de nouveau le cou-de-pied, les muscles de la jambe et remonte aussi jusqu'au tiers inférieur de la cuisse, afin de saisir toutes les intersections musculaires. Il fait ensuite le sciage sur le muscle du mollet et différent percussions, telles que la hachure, les claquements, les vibrations pointées, les vibrations profondes et la percussion avec le poing, la palette, la brosse, le gant ou bien avec des verges mises en faisceau. Il fait exécuter ensuite au genou ses mouvements propres. Pour cela, il saisit la jambe au-dessus des malléoles d'une main, applique l'autre sur la partie inférieure et postérieure de la cuisse au-dessus du jarret, puis il exécute le mouvement de flexion en soulevant modérément de la première main la cuisse, et de l'autre en ramenant la jambe à la rencontre de la fesse. La flexion ainsi obtenue, le masseur pratique l'extension en  s'y prenant de la manière suivante : une embrasse l'extrémité inférieure de la cuisse et le genou, pendant que l'autre main reçoit le talon dans sa paume, et donne un appui à la plante des pieds et aux orteils le long de l'avant-bras ; puis, pressant légèrement sur le genou, tandis qu'il tire à soi et en haut le talon, il ramène la jambe dans l'extension. On ne s'y prend des deux manières que j'ai indiquées que dans les cas où l'on commande au patient de résister, afin de déterminer des mouvements doubles concentriques, selon la méthode de Ling ; ou bien doubles excentriques quand, maintenant la jambe dans cette position, on ordonne au malade de la fléchir ou de l'étendre pendant que le masseur lui oppose de la résistance. Dans les circonstances ordinaires, on fait exécuter ces mouvements en tournant le dos  au patient et pressant d'une main la partie inférieure de la cuisse contre la sienne propre, tandis que, prenant de l'autre main la jambe au-dessus des malléoles, on fait exécuter la flexion, l'extension et de légers mouvements de latéralité.

Restent à masser la cuisse et l'articulation coxo-fémorale.

Après une nouvelle friction, on fait le pétrissage et la malaxation de tous les muscles de la cuisse, en les suivant depuis leur insertion, soit au tibia, au péroné ou à la rotule, soit au fémur, jusqu'à leurs insertions supérieures au fémur ou à l'os iliaque. De là la

 

 

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nécessité de reprendre le massage au-dessous du genou, et de le jusqu'au-dessus du pli fessier en arrière, du pli de l'aine en avant, et en dedans jusqu'à l'origine externe des organes génitaux. On pratique également le pétrissage et la malaxation sur toute la fesse, car les muscles qu'elle contient concourent au jeu de l'articulation de la hanche. Ces deux manoeuvres opérées, on fait le foulage de la cuisse, celui de la fesse ne peut être fait à moins qu'on saisisse les deux fesses à la fois. Après le foulage, on fait le sciage de toute la partie. On pratique ensuite les diverses percussions, la hachure, le claquement, les vibrations pointées et profondes, la percussion avec le poing fermé ou avec la palette, des verges ou tout autre instrument percuteur. Enfin, on termine par des mouvements imprimés à l'articulation coxo-fémorale et aux muscles. Dans cette partie, les muscles étant les plus longs et les plus gros de l'économie, on peut produire, plus facilement qu'aux membres supérieurs, les mouvements de torsion des muscles, qui consistent à les saisir en les tournant, les tordant entre les doigts transversalement à la direction des fibres musculaires. Cette manoeuvre, usitée également pour les muscles du mollet, des fesses, des bras et des avant-bras, n'est guère employée dans le massage hygiénique qui, seul, nous occupe en ce moment. Ces mouvements terminés, on passe à ceux de l'articulation coxo-fémorale, qu'on pratique de la manière suivante :

Une main fixe le bassin, en appuyant à plat sur l'épine iliaque antérieure et supérieure, tandis que l'autre embrasse à pleine main le jarret et soulève la partie inférieure de la cuisse pendant que la jambe fléchit sur cette dernière, si le patient ne résiste pas, ou bien reste étendue sur elle, si le patient résiste. La flexion obtenue, on ramène la jambe dans l'extension en maintenant toujours d'une main le bassin et en entraînant en bas la partie inférieure de la cuisse que l'on tient comme pour la flexion.

Pour imprimer le mouvement de circumduction à la cuisse, il faut appliquer une main sur le bassin, comme je l'ai déjà indiqué, ordonner au client de tenir la cuisse à demi fléchie ainsi que la jambe, puis, appliquant l'autre main sur le genou fléchi, on exerce des mouvements de circumduction, d'abduction et d'adduction, etc.

 

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Massage de la tête et du cou. — Les massages de la tête et du cou ne sont qu'à peine effleurés chez l'homme bien portant, mais ils reçoivent de grandes modifications chez l'homme malade. Ce sera aussi dans les massages thérapeutiques de la tête et du cou que je donnerai de grands développements sur les massages de ces régions ; ici je ne ferai pour ainsi dire que les signaler.

 

a. Massage de la tête. — A peine si l'on exécute quelques pressions sur les muscles de la face et quelques frictions en courbes concentriques ou excentriques, et spirales sur la face et le cuir chevelu. Quant aux mouvements, on ne fait exécuter que ceux du maxillaire inférieur : d'une, le masseur fixe le front, saisit, entre le pouce, l'indicateur et le médius de l'autre main, le menton, auquel il faut exécuter les mouvements d'abaissement, d'élévation, de latéralité et d'avant en arrière, après avoir recommandé au patient d'ouvrir modérément la bouche et de ne point résister. En général, les masseurs bornent le massage hygiénique de la tête à une friction du cuir chevelu avec la main, la brosse, puis avec un linge sec, et font à peine quelques frictions sur la face.

 

b. Massage du cou. — Le cou étant modérément tendu, le masseur pétrit entre les doigts de chaque main, à partir du niveau du bord interne des clavicules, où les deux mains du masseur se touchent, jusqu'au-dessus des apophyses mastoïdes de chaque côté, et ne s'arrête là qu'au niveau de la ligne horizontale qui irait en arrière de l'extrémité supérieure du pavillon d'une oreille à l'autre. Il dépasse ainsi les insertions des muscles sterno-mastoïdiens et postérieurs du cou. Après avoir bien pétri cette partie, il descend en arrière jusqu'à l'omoplate de chaque côté, et masse ainsi les deux tiers supérieurs des muscles trapèzes. Il exerce ensuite quelques pincements sur ces muscles, surtout sur les sterno-mastoïdiens ; exécute quelques mouvements de scie sur les parties postérieures du cou, quelques hachures légères, quelques claquements, quelques vibrations pointées, quelques percussions même assez fortes avec la Palette, avec la palette, le gant ou la brosse, ou bien avec des verges. Passant à la partie médiane et antérieure du cou, il prend le larynx entre les doigts d'une main,

 

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imprime quelques mouvements de latéralité, légères secousses rapides qu'il nomme tremblements ou ébranlements, puis il passe légèrement la roulette sur toutes ces parties. Cela fait, il applique une main sur le sommet de la tête, à laquelle il imprime des mouvements de flexions, d'extension, de latéralité et circumduction, tandis que de l'autre main il fixe les épaules et commande au patient, tantôt de résister aux mouvements qu'il détermine, tantôt d'exécuter lui-même ses mouvements, pendant que le masseur y oppose une résistance intelligente.

 

Massage du tronc. — Le patient étant couché sur le dos et légèrement incliné sur le côté qu'on ne masse pas le premier, le masseur pétrit, à partir de l'épaule, la partie antérieure du muscle deltoïde, puis, bordant le bord inférieur de la clavicule, il pétrit, malaxe le  grand pectoral ; il quitte ensuite ce muscle pour pétrir et malaxer tout ce qu'il trouve depuis une ligne fictive tirée du bord externe du muscle grand dorsal en arrière jusqu'à la ligne qui marque la partie médiane de la poitrine et de l'abdomen en avant, et de haut en bas, depuis le creux de l'aisselle et la clavicule, en avant et en haut, jusqu'à la crête de l'os des iles. Après avoir pétrit, malaxé et fait le sciage de cette partie, il ordonne au patient de s'incliner sur le côté, afin de dégager l'autre épaule, et reprendre les mêmes manoeuvres sur cette partie. Cela fait, il fait presque toutes les manoeuvres de la percussion, hachures, claquements, vibrations pointées et profondes, la percussion avec le poing fermé ou avec la palette, le gant, la brosse ou des verges ; puis, ordonnant au patient de se coucher sur le ventre, il reprend le pétrissement et la malaxation des muscles postérieurs du cou, descend en pétrissant et malaxant de l'extrémité postérieure et supérieure du cou jusqu'à l'origine de la rainure interfessière, remonte ensuite jusqu'au point de départ pour refaire le même trajet plusieurs fois, afin de masser la masse sacro-lombaire ; puis, abandonnant la ligne médiane, il pétrit, malaxe de chaque côté de la ligne médiane tous les muscles du dos, en empiétant  un peu sur les parties qui ont été précédemment massées, et il termine par des percussions diverses, c'est-à-dire la hachure, le claquement, les vibra-

 

 

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tions pointées et les diverses percussions, soit à l'aide des mains ou d'instruments appropriés. Cela fait, il imprime les divers mouvements à la colonne vertébrale à l'aide du genou appliqué doucement sur le ventre du patient, tandis que les deux mains du masseur se croisent derrière son cou et le forcent à s'incliner en avant ; puis, appliquant le genou sur les fesses du patient et le prenant par les deux épaules, le masseur le force à s'arc-bouter en arrière. Cela fait, il lui imprime des mouvements latéraux en appuyant fortement, tantôt sur l'épaule droite, tantôt sur la gauche, de manière à faire exercer les inclinations de côté.

Cela fait, à l'aide d'une éponge humide, le masseur fait une friction douce de tout le corps, ou, pour mieux dire, un lavage général, si le patient ne doit pas immédiatement prendre un bain.

Tel est le massage général hygiénique tel que je l'ai vu pratiquer un grand nombre de fois. Je dois y signaler quelques lacunes regrettables. Les masseurs en général sont peu soucieux de suivre la direction des muscles dans leurs malaxations et leurs pétrissages. Ils auraient certainement de meilleurs résultats de cette pratique. J'en ai vu un qui, connaissant assez bien l'anatomie descriptive, suivait avec raison les muscles dans leur forme et jusque dans leurs attaches ; il évitez de frapper fortement sur le trajet des principales veines supérieures et toute percussion le long des artères importantes. Dans toutes ces parties il n'exerçait que des frictions très douces, les percussions les moins fortes, et se bornait souvent à ne passer que la roulette le long des trajets de vaisseaux.

Ce procédé est le plus convenable à mon avis ; je dois avouer cependant que, s'il y a du danger à se livrer entre les mains de gens pour la plupart ignorant les inconvénients de leurs manoeuvres inconsidérées, le résultat est pourtant le même, du moins quant au massage hygiénique. On éprouve, en effet, le même sentiment de bien-être après un massage scientifiquement bien fait qu'après cette opération faite empiriquement.

 

 

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Retour à l'index B. — Massage thérapeutique.

 

Le massage thérapeutique, c'est-à-dire le massage fait dans un but médical et d'après l'ordonnance du médecin, comprend deux ordres de massages, le massage général et le massage partiel ou particulier, pour me conformer au langage des masseurs.

 

Massage thérapeutique général.

 

Lorsqu'un médecin prescrit un massage général, il doit avoir soins d'indiquer que le massage doit être général, et alors le masseur, se conformant à cette prescription, exécute un massage tel que je l'ai indiqué et décrit ci-dessus ; cependant il est rare que le médecin le prescrive ainsi, car souvent il désire qu'une substance médicamenteuse soit absorbée en même temps par la peau, et alors il doit déterminer, ainsi que je l'ai fait observer ci-devant, quel est le principe médicamenteux qui doit servir à faire l'onction. Je reviendrai plus loin sur l'activité avec laquelle les masseurs font fonctionner la peau, et la facilité plus grande que l'on a, lorsqu'on veut user de la méthode iatraleptique pour faire absorber les médicaments, de faire masser le malade. Toutefois il est bon que le médecin, dans sa formule, observe au masseur d'insister davantage sur tel ou tel des quatre ordres de manoeuvres que j'ai indiqués, et, dans ce cas, ce sera sur les pressions et les frictions qu'il faudra insister, plutôt que sur la percussion et les mouvements. D'autres fois, ce sera sur tel ou tel organe, sur telle ou telle autre partie du corps que le médecin désirera que les effets du massage se fasse sentir plus particulièrement. Il sera alors nécessaire que le médecin indique dans sa prescription sur le massage de quel organe il faudra insister, ou bien sur quelle région du corps il faudra que le masseur manoeuvre plus longtemps, et sur quel genre de manoeuvres il faudra qu'il insiste.

Le massage thérapeutique général n'est donc, somme toute, que le massage hygiénique, modifié dans sa forme plutôt que dans sa substance même, selon les besoins que la maladie à suggérés au médecin.

 

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Il n'est donc pas nécessaire d'en faire la description, et si quelques formules particulières sont prescrites par le médecin, pour le massage d'un organe particulier, ou d'une certaine partie du corps, en raison d'une affection spéciale, ces formules trouveront leurs manoeuvres indiquées et décrites suivant les auteurs les plus recommandables qui ont traité des massages particuliers, dans l'article suivant, où je m'occuperai des massages thérapeutiques.

 

Massages thérapeutiques particuliers.

 

Je poursuivrai dans la description des massages thérapeutiques particuliers le même ordre que pour le massage hygiénique générale.

 

Retour à l'index § I. Massages particuliers des membres thoraciques.

 

a. Articulations des phalanges. — Le massage des articulations des phalanges devra être fait comme je l'ai indiqué quand il a été question du massage hygiénique des doigts. Un cas cité par Récamier le prouve, car il dit que, lorsqu'une articulation des phalanges ou de toute autre partie n'aura pas ses mouvements libres, on devra chercher à obtenir les mouvements nouveaux graduellement, insensiblement, modérément, allant jusqu'à la douleur, s'arrêtant quand on obtient celle-ci, et gagnant à chaque séance de massage un peu plus de terrain, jusqu'à ce qu'on obtienne la liberté complète des mouvements qui peut se faire attendre longtemps. M. Malgaigne s'exprime dans le même sens lorsqu'il dit dans ses Leçons d'orthopédie (1862) : « Pour les phalanges, vous ne devez essayer que de petites flexions... Je saisis l'articulation malade et la fléchis jusqu'à ce que la douleur ne soit plus tolérable... Si la douleur s'éteint, on peut continuer la séance, vous pouvez fléchir un peu davantage ; mais vous vous arrêterez encore devant un nouveau cri, et si alors la douleur provoquée met plus d'une minute à disparaître, vous ne devez pas reprendre la séance. »

 

b. Massage thérapeutique du poignet et de l'avant-bras. — Lorsque pour une cause quelconque les organes locomoteurs sont restés

 

 

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dans un repos trop prolongés, les mouvements deviennent plus difficiles, incomplets, et se perdent même, l'indication naturelle qui en découle est d'imprimer des mouvements à ces organes, et le massage tel que je l'ai indiqué est le meilleur moyen. En imprimant les manoeuvres du massage, on observe des douleurs assez vives ; celles-ci ne doivent pas arrêter le masseur, car elles disparaissent promptement à mesure que les mouvements reviennent. Il n'y aurait contre-indication que dans le cas où des phénomènes inflammatoires se seraient développés.

Toutes les fois qu'il y a roideur articulaire du poignet, dit Bonnet, il est rare qu'on observe pas en même temps des adhérences dans les gaînes tendineuses des fléchisseurs des doigts et des roideurs dans les articulations des phalanges. De là il résulte que toutes les fois qu'il y aura roideur articulaire dans le poignet, il sera nécessaire d'imprimer des mouvements aux doigts aussi bien qu'à la totalité de la main ; sorte que les alternatives de flexion et d'extension des doigts allongeront et relâcheront les fléchisseurs et des extenseurs des doigts, les feront mouvoir dans leurs gaînes, par là allongeront ou déchireront les adhérences qui les tenaient immobiles.

Dans les mêmes circonstances, Récamier avait déjà constaté la nécessité de masser les muscles de l'avant-bras.

Il résulte donc de ces textes qu'il faut, dans le cas qui nous occupe, masser de l'extrémité des doigts jusqu'au tiers inférieur du bras, afin d'intéresser les muscles de l'extrémité d'une insertion à l'autre.

Dans l'entorse du poignet, MM. Bizet, Brulet, Razin, Lebatard, Quesnoy, etc., conseillent de procéder comme dans l'entorse du pied à la description du procédé de massage à laquelle ils renvoient.

Il résulte de la lecture attentive de leurs procédés que, dans l'entorse du poignet, il faut procéder comme je l'ai indiqué, lorsque j'ai parlé du massage hygiénique, seulement il faut insister sur le pétrissement, ainsi que sur les mouvements avec quelques tractions. Il faut d'abord procéder très lentement, très doucement, aller graduellement de la pression la plus douce et des mouvements les plus faibles jusqu'à la pression très forte et aux mouvements les plus

 

 

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étendus. On ne tiendra pas compte d'une douceur assez vive qui doit disparaître après quelques manipulations d'environ un quart d'heure, quand les tendons qui font hernie à travers leurs gaînes seront revenus à leur place normale : car leur direction vicieuse est cause de la douleur et de la gêne des mouvements aussi bien que les lambeaux de la capsule fibreuse déchirée qui peuvent s'interposer entre les surfaces articulaires. Par ces mouvements de flexion et d'extension, ceux-ci se dégagent, et les causes de la douleur disparaissent, celle-ci doit nécessairement se calmer.

Ces réflexions s'adressent à toutes les entorses et à toutes les roideurs articulaires des gaînes tendineuses et musculaires, ainsi que le prouvent des faits tirés de la pratique de Hey, d'Astley Cooper, de Hunter, etc.

Voici, du reste, pour se faire une idée de l'ensemble de ces manoeuvres, comment procède M. Brulet (de Dijon) dans l'entorse en général : « On débute, dit-il, par embrasser l'articulation malade des deux mains. Avec un ou les deux pouces on cherche les lieux les plus douloureux et la direction que suit la douleur. Lorsqu'on s'est assuré de ces deux faits, on commence par frotter doucement avec les deux pouces sur le trajet des parties les plus sensibles, tantôt dans un sens vertical, tantôt en décrivant des lignes divergentes. Bientôt la friction est plus énergique, sans cependant la pousser jusqu'à enlever l'épiderme. La douleur s'accroît toujours par elle, et ses aiguillons sont quelquefois d'une grande violence.  La conduite à tenir alors varie selon la nature du sujet, son courage, les accidents que cause ce surcroît de douleur, les effets locaux qui en résultent. On prolonge, on suspend, ou l'on modère simplement les frictions selon le caractère de tous ces phénomènes. La durée totale de cette opération à laquelle on joint les autres manoeuvres du massage varie selon le cas. Généralement on persévère dans tout ce qui la constitue jusqu'à la cessation entière de toute douleur ; c'est le fait le plus commun. Quelquefois il faut  revenir pendant deux ou trois jours à cette opération. C'est un petit nombre de sujet on est forcé d'insister sur elle pendant cinq à six jours. »

 

 

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c. Massage thérapeutique du coude et du bras. — Dans les affections qui intéressent l'articulation du coude et pour lesquelles le médecin à considéré le massage comme indiqué, cette opération doit être pratiquée avec les mêmes précautions que celle du poignet, en observant que l'articulation du coude, donnant insertion soit par l'extrémité inférieure de l'humérus, soit par les extrémités supérieure du radius et du cubitus à la plupart des muscles du bras et de l'avant-bras, le massage doit intéresser tout le membre à partir de l'épaule jusqu'à l'extrémité des doigts.

Dans les roideurs articulaires du coude, quelquefois après un massage bien fait, on éprouve des difficultés pour réfléchir cette articulation, voici comment M. Malgaigne conseille de s'y prendre (Leçons cliniques d'orthopédie, 1862, p. 52) : « J'avais mis à un jeune homme un appareil pour une fracture de la clavicule, et je l'enlevai après trente jours d'immobilité ; le coude était roide et ne pouvait être fléchi ; il était important de lui rendre ses mouvements ; j'ai saisi le bras, mais le biceps résistait  énergiquement ; j'ai alors fait fixer l'épaule et le bras par des aides, et, appuyant avec force sur l'avant-bras, j'ai pu allonger le membre, puis, séance tenante, faire exécuter à l'articulation du coude tous ses mouvements, les douleurs violentes que ressentait le malade ayant disparu dès que l'allongement fut produit.

» Supposons (continue-t-il) que le coude a été pris d'une arthrite, et que, pendant trente jours, il est resté malade et immobile. Ici pour rétablir les mouvements il faut des tentatives ménagées et réitérées un grand nombre de fois, car ici la résistance est plus forte à raison des épanchements plastiques des tissus fibreux, anormaux, en voie d'organisation, et de plus, nous nous trouvons en face de l'impérieuse obligation de ne pas dépasser, en pratiquant les mouvements, le point indiqué plus haut ; de ne faire en un mot que des mouvements gradués, calculés lentement et puissamment exécutés, et que nous puissions arrêter et maintenir à notre gré. »

L'autorité qu'à en pareille matière cet éminent professeur, nous fait un devoir de nous conformer à sa pratique dans les cas analogues aux siens. 

 

 

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d. Massage thérapeutique de l'épaule. — J'ai peu de choses à ajouter à ce que j'en ai dit lorsqu'il a été question de massage hygiénique de la même région. Les mêmes remarques qu'ont suggérées les articulations du poignet et de l'épaule, lorsqu'il en a été question ci-dessous, reçoivent ici leur application. Il est donc nécessaire de suivre les mêmes errements, et de masser et les muscles du bras ceux de l'épaule, car tous entourent par une de leurs extrémités cette articulation, et leur manque de contractilité tenant, soit à la fibre contractile, soit à la gêne dans le glissement de leurs tendons, rendrait infructueuses les manoeuvres faites uniquement au niveau de l'articulation.

Quand le masseur éprouve des difficultés trop grandes à mouvoir l'articulation de l'épaule par le procédé indiqué dans le massage hygiénique, il doit recourir au conseil donné par Bonnet (Maladies articulaires, p. 576) : Pour remédier à la fixité des apports du bras et de l'omoplate, il me paraît, sinon indispensable, très utile au moins d'exercer des tractions sur l'humérus comme si l'on voulait réduire une luxation et l'éloigner par là de l'omoplate. Comme c'est dans la position où l'axe du bras est perpendiculaire à la cavité glénoïde que l'omoplate a les rapports moins intimes avec la tête de l'humérus, il faut tirer sur cet os en l'amenant autant que possible à la direction horizontale ; mais il est évident que ces tractions et ce soulèvement du bras seraient inutiles si l'épaule n'était pas solidement fixée... Pour atteindre ce but, un aide placé du côté sain peu embrasser avec ses deux mains la poitrine et l'omoplate. L'immobilité de l'omoplate obtenue, on exerce des tractions sur le bras, et quand on pense avoir légèrement écarté les surfaces osseuses, on imprime à l'humérus des mouvements de rotation et de circumduction. Ces mouvements, d'abord bornés, peuvent devenir de plus en plus étendus ; je pense qu'il faut revenir à ces manoeuvres pendant quatre à cinq minutes chaque fois et les répéter une ou deux fois par jour. »

 

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Retour à l'index § II. — Massages thérapeutiques particuliers du membre inférieur.

 

 a. Articulations des orteils. — Il faut se conformer aux principes qui ont été établis pour le massage hygiénique des orteils, et aux particularités que j'ai signalées dans le massage particulier des phalanges des doigts de la main.

Dans les roideurs articulaires des orteils, il sera souvent nécessaire non-seulement de masser la face dorsale et plantaire du pieds, pour rétablir les fonctions des muscles abducteurs, adducteurs, fléchisseurs et extenseurs des orteils, mais en outre, il sera obligatoire de masser les muscles de la jambe, car, ainsi que je l'ai indiqué pour les extenseurs des doigts des mains, la roideur articulaire des orteils ont souvent pour point de départ un vice dans les fonctions des muscles fléchisseurs, extenseurs, abducteurs et adducteurs du pied et des orteils.

 

b. Articulations tibio-tarsienne. — Cette articulation est celle qui a le plus attiré l'attention des masseurs et de certains médecins. On peut dire qu'il n'est pas un médecin qui, traitant du massage dans un but thérapeutique, n'ait apporté son contingent aux manoeuvres à exécuter sur cette articulation. Tous les procédés qui ont été indiqués peuvent se résumer à trois principaux : celui de M. Lebatard, celui de M. Girard et celui de M. Magne ; je vais les exposer tous les trois :

 

Procédé de M. Lebatard dans l'entorse du pied. [plus complètement restitué dans Du massage ou manipulation appliqué à la thérapeutique et à l'hygiène, par de 1880 TDM Fiche technique p.32 Information ouverte dans une nouvelle page] — « Le malade étant assis tient la jambe blessée étendue, la plante du pied appuyée sur la jambe de l'opérateur. Il est préférable qu'elle y soit fixée par les mains d'un aide. Si l'opérateur agit sur le pied droit, il embrasse le talon dans la paume de la main gauche, le bascule de bas en haut et d'arrière en avant, exerçant de la sorte une forte traction sur le tendon d'Achille. Le pouce de la main gauche s'étend autant que possible sur tout le gonflement tibio-tarsien, en cherchant à amener derrière la malléole externe tous les tissus qui en sont le siège. Il

 

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procède ainsi en maintenant la même position du membre et du talon, jusqu'à ce qu'il ait ramené à sa forme naturelle l'articulation qui, primitivement, était tuméfiée.

» Le gonflement dissipé sous l'influence de cette forte pression dirigée du bord externe au bord postérieur de la malléole externe, le pouce de la main gauche exerce encore des pressions moins puissantes pour terminer l'opération et rendre au pied, sur sa face externe, la forme naturelle.

» La main droite agissant de concert avec la main gauche sur le membre entorsé, exerce les mêmes mouvements que la main gauche en contournant de la même façon la malléole externe. La main droite prêtant son appui à la main gauche pour maintenir le talon dans la position susindiquée, ramène le pouce de la racine du gros orteil au-devant de l'articulation tibio-tarsienne, et fait exercer à celui-ci des mouvements de va-et-vient, de manière à détruire par une pression simultanée avec le pouce gauche le gonflement qui pourrait occuper la face interne du pied et de l'articulation.

» Lorsque la face dorsale du pied et de l'articulation a, par ses percussions rapides et successives, repris son état normal par l'absence de toute tuméfaction, l'opérateur saisit le talon par ses deux bords plantaires, et de la main droite il contourne l'extrémité inférieure de chacune des malléoles avec le médius et le pouce, dirige ceux-ci dans les rainures sous-malléolaires et exerce, à l'aide de ces deux doigts, une forte pression de bas en haut, du calcanéum aux bords du tendon d'Achille jusqu'à l'extrémité inférieure du mollet. Il répète cette pression longitudinale jusqu'à ce que le membre ait repris sa forme primitive. Abandonnant cette traction sur le talon, en le maintenant toutefois dans la main gauche, l'opérateur exerce de la main droite  sur la face dorsale du pied entorsé de fortes pressions, qui, dirigé de son extrémité inférieure à la supérieure, contournent l'articulation d'avant en arrière et obliquement de chaque côté. Le pied par cette manoeuvre retrouve sa forme primitive, et les douleurs déterminées par les différentes pressions, cessent à mesure qu'on les exerce. Le malade peut aussitôt se chausser et marcher. »

 

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Voici maintenant le procédé de M. Girard (Gazette hebdomadaire, 1858) :

Procédé de M. Girard. — « Quelle que soit la gravité d'une entorse, nous ne nous occupons d'abord que du gonflement et de la douleur, sauf plus tard, lorsque nous avons fait disparaître ces symptômes, à constater les complications et à y remédier.

» Le premier temps de l'opération consiste dans de simples frictions excessivement légères, car à peine effleurons-nous la peau avec le bout des doigts. Ces frictions sont exécutées avec la face inférieure des doigts réunis, de bas en haut et de façon à ne pas éveiller la moindre douleur. Après dix, quinze, vingt minutes, il est rare que l'on ne puisse pas exercer une pression un peu plus forte, que nous augmentons ou que nous diminuons suivant les sensations éprouvées par le malade. Rarement a-t-on agi ainsi pendant une demi-heure, que déjà le patient accuse un soulagement notable, surtout appréciable lorsque les douleurs sont continues. — Après ces frictions et lorsqu'on a pu exercer sur le membre endolori une pression que l'on peut évaluer au poids de la main, alors commence le deuxième temps de l'opération, que nous nommons le massage proprement dit. Il consiste à agir non-seulement avec les doigts que l'on écarte plus ou moins pour les faire glisser dans les gouttières des régions, mais encore avec la paume de la main, de façon à embrasser toute l'articulation et toutes les parties environnantes.

» Dans ces deux temps, nous avons la précaution d'enduire nos doigts et nos mains d'un corps gras, tel que l'huile d'amandes douces, afin de faciliter leur glissement et de rendre leur contact plus doux à la peau. Le deuxième manuel se pratique en observant la même graduation que dans le premier, c'est-à-dire d'une manière douce, moelleuse et sans secousse. Il faut toujours que les mains soient promenées dans le même sens, c'est-à-dire de haut en bas, et qu'elles agissent non-seulement sur les points douloureux, mais encore sur toutes les parties tuméfiées.

» Ainsi dans l'entorse du pied et du poignet nous exerçons le massage depuis les extrémités des doigts jusqu'au tiers supérieur du

 

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tibia ou du radius, en mettant nos mains progressivement dans la pronation et dans la supination. Pour les autres articulations, nous observons les mêmes principes en agissant non-seulement sur la région malade, mais encore sur une grande étendue de celles qui en sont limitrophes.

» Après ces manipulations plus ou moins prolongées, suivant la gravité ou l'ancienneté de l'entorse, nous arrivons à faire opérer à l'articulation des mouvements dans tous les sens, mais seulement alors que les plus fortes pressions faites avec les mains n'éveillent plus aucune sensation douloureuse. Si ces mouvements déterminent quelques douleurs, nous nous en abstenons pour revenir au massage jusqu'à ce que de nouveaux tâtonnements nous démontrent que la jointure peut être fléchie ou tendue sans que le patient accuse de sensibilité anormale.

» Ces mouvements communiqués ne laissent pas que d'être dangereux, et l'on ne doit y recourir que comme moyen d'appréciation des résultats du massage. »

 

Ces deux procédés, comme on a pu le voir, se touchent par bien des points ; ils ne diffèrent qu'au point de vue de la hardiesse que l'on peut mettre à exécuter ces manoeuvres.

Sans blâmer M. Girard des précautions minutieuses qu'il ne cesse de recommander, je ne veux pas cependant tomber dans l'extrême opposé et faire bon marché de la douleur, comme l'indique M. Lebatard. Je crois qu'il est bon de conserver les tractions et les percussions fortes qu'exerce M. Lebatard, sans toutefois rester sourd à la douleur ; car, ainsi que l'a dit tout récemment M. Malgaigne : « Les pressions et les mouvements sont les meilleurs moyens de calmer les douleurs des muscles et de leur rendre leur contractilité ; aussi vous ne craindrez donc pas d'agir, armés que vous êtes d'arriver au diagnostic de l'opportunité des mouvements ; vous ne les craindrez pas, alors même que la région est encore tuméfiée ; car la tuméfaction souvent aussi ne cède qu'aux mouvements ; c'est donc un précieux moyen de faire des guérisons. »

 

Imbu de ces principes, je donne la préférence à un procédé

 

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mixte en quelque sorte, celui de M. Magne, dont voici la description :

 

Procédé de M. Magne. — « On commence par pratiquer sur le membre, en passant sur la jointure, des frictions d'abord très légères et on augmente graduellement l'intensité. Ces frictions doivent être faites sur tout le pourtour de l'articulation, en insistant néanmoins plus longtemps sur les points les plus douloureux. Ce premier temps de l'opération doit durer de quarante-cinq minutes à une heure. A cette époque, la douleur et le gonflement ont déjà sensiblement diminué ; on fait alors exécuter à l'articulation quelques légers mouvements, puis on revient aux frictions que l'on porte au point d'un véritable massage. Au bout de trente à quarante minutes de ces nouvelles pratiques, on fait pouvoir l'articulation dans tous les sens pendant cinq à six minutes. cette épreuve n'amène déjà presque aucune douleur.

» Enfin, on termine cette série d'opérations par un massage de quinze à vingt minutes, après quoi l'on prescrit au blessé de marcher. La durée totale de l'opération est d'environ deux heures. »

Dans les roideurs consécutives aux inflammations, et quand le membre est resté pour une cause quelconque dans le repos pendant quelque temps, il faut, pour les mêmes raisons que j'ai exposées en parlant de l'articulation du poignet, masser et les muscles du mollet et les muscles du pied, ainsi que les orteils qui auront certainement participé à la même roideur articulaire.

 

c. Mssage thérapeutique du genou. — L'articulation du genou a été l'objet d'une étude sérieuse au point de vue du massage.

Dans l'entorse du genou, il faut suivre les principes que j'ai indiqués très longuement pour l'entorse du pied, en s'assurant, comme le recommande Bonnet, de faire exécuter tous les mouvements normaux. Il ne faut jamais négliger de fléchir aussi complétement que possible la jambe, et ne déclarer le malade guéri que lorsqu'on sera arrivé, par des massages successifs, à lui faire exécuter complétement tous les mouvements de l'articulation. « Il faut, dit M. Malgaigne, pour guérir radicalement, que les mouvements que vous imprimez soient con-

 

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duit à leur dernière limite. J'avais traité un de mes amis d'une hydarthrose aiguë, je lui fis faire des mouvements, le jeux de l'articulation se rétablit et je le déclarai guéri ; cependant il boitait encore et revint me trouver au bout de quelques jours. Le genou était sain, la flexion étendu était incomplète ; je la fis complète jusqu'à amener le talon à la rencontre de la fesse ; à l'instant même la claudication disparut et il resta guéri.

» Je ne vous donnerai pas l'explication de semblables faits, ajoute-t-il, elle m'est entièrement inconnue ; mais quelle qu'elle soit, le fait reste avec toute sa signification pratique, et j'y attire votre attention en terminant. » (Leçon d'orthopédie, 1862.)

Quand on a de la difficulté à mouvoir l'articulation du genou en employant les moyens que j'ai indiqués quand j'ai traité du massage hygiénique et l'articulation du genou, on suit l'exemple de On place le malade dans une situation propre à relâcher les muscles qui peuvent s'y opposer. On atteint ce but en faisant coucher le malade horizontalement sur le dos ; l'ischion s'abaisse alors et les insertions supérieures du biceps, du demi-membraneux et du demi-tendineux se rapprochant de leurs insertions inférieures, l'obstacle qu'il oppose cesse presque entièrement. Le malade  ainsi placé, un aide saisit le basin et fixe solidement ; un autre aide s'empare de l'extrémité inférieure de la jambe et exerce une douce traction. Celle-ci est nécessaire pour éloigner le tibia du fémur et faciliter le glissement de leurs surfaces articulaires. En même temps le masseur fléchit le genou sur la cuisse, en suivant les préceptes que j'ai indiqués plus haut, et imprime à l'articulation tous les mouvements que lui sont propres en allant doucement, graduellement, et en insistant plusieurs minutes, s'arrêtant dès que ces mouvements deviennent douloureux.

Dans les roideurs consécutives, il faut par les raisons que j'ai exposées pour les autres articulations, non-seulement masser l'articulation et les parties voisines situées au-dessus et au-dessous, mais bien encore tous les muscles de la cuisse jusqu'à la racine du membre, ainsi que les muscles du mollet.

 

d. Massage thérapeutique de l'articulation de la hanche. —

 

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Inutile de répéter encore que ce que j'ai dit au sujet des autres articulations est applicable à celle-ci. Le massage devra être tel que j'ai indiqué lorsqu'il a été question du massage hygiénique de cette partie.

Les mouvements de l'articulation, en raison du poids du membre, seront difficiles à imprimer par un masseur seul. Lorsqu'il éprouvera cette difficulté, il fera coucher le malade sur un lit dur ; des aides saisiront à pleine main les parties latérales du bassin, les fixeront solidement ; puis le masseur, après avoir fléchi le genou sur la cuisse, imprimera à celle-ci  des mouvements alternatifs d'extension, de flexion, d'adduction, d'abduction, de rotation en dedans, de rotation en dehors et de circumduction.

 

Retour à l'index § III. — Massages thérapeutiques particuliers de la tête.

 

Je n'ai dit que quelques mots du massage de la tête lorsqu'il a été question de cette région dans le massage hygiénique ; ce que j'en dirai à propos du massage thérapeutique aura aussi des limites très restreintes par une raison bien simple, c'est que je ne trouve ces massages indiqués que dans la Kinésithérapie de Ling, et encore sont-ils très peu nombreux. Peut-être Ling était-il sous la même impression que moi ; car il me semble que ces massages doivent être peu efficaces. Je dois cependant avouer que, ne les ayant jamais vu mettre en pratique, je me hasarde peut-être trop en exprimant mes doutes.

M. Georgii, dans sa thèse sur Kinésithérapie, ou traitement des maladies par le mouvement selon la méthode de Ling et de son successeur Branting (1847)Fiche technique1) , signale la guérison d'épistaxis et de congestions cérébrales par les procédés suivants :

" Des hémorrhagies chroniques du nez très abondantes ont cédé à un mouvement de tremblement appliqué à la partie supérieure de la racine du nez. (P. 91.) 2)

Une friction (p. 84.)3) d'avant en arrière le long des sinus longitudinaux et transverses mérite d'être mentionnée. Les effets de ce mouvement sont très curieux. Il produit non-seulement une con-

 

1) Le titre qu'il met en italique à deux reprises n'est pas celui qui correspond à la première édition de 1847 de Kinésithérapie, ou traitement des maladies par le mouvement selon la méthode de Ling (1847)Fiche technique. "... et de son successeur Branting" n'y paraît pas.

2) La phrase est ici extraite de son paragraphe, voir la retranscription exacte page 91 de l'ouvrage de Georgii.

3) Retranscription exacte page 84.

 

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traction dans les téguments du crâne ; mais cet effet se prolonge aussi le long de l'épine dorsale où il excite en même temps un sentiment de frisson. Ce mouvement a été employé avec le plus grand succès dans différents cas de congestions cérébrales.

1) » Plusieurs cas de congestion cérébrale, caractérisés par des vertiges, des maux de tête, des tintements d'oreilles, des turgescences des vaisseaux de la face, des pulsations douloureuses dans les tempes, des absences de mémoire, des nausées, des insomnies, etc., ont été guéris souvent même en peu de temps... Un cas de tubercules, dans l'un des hémisphères du cerveau, traité par des mouvements dérivatifs, ensuite par des percussions circulaires légèrement appliquées avec la main sur la partie supérieure de la tête. Ce dernier mouvement a fait cesser la céphalalgie, la chaleur excessive, les pulsations douloureuses et continuelles, ainsi que les accès de convulsions et les vertiges. La céphalalgie cède en peu de temps à un traitement thérapeutique. » (P. 90. Georgii.)

J'ai cité fidèlement le texte de la thèse de M. Georgii, afin que le lecteur puisse juger par lui-même des effets si merveilleux du massage de la tête, effets que je ne peux pas admettre, malgré le témoignage de M. Georgii, et par lui de Ling et de Branting.

De ces textes, nous pouvons déduire une méthode de massage thérapeutique que l'on pourra pratiquer si on le croit nécessaire, mais que, pour mon compte, je ne crois pas efficace. Ce massage consisterait dans des frictions le long du sinus longitudinal, c'est-à-dire partant d'avant en arrière, du front à la nuque et vice versa ; puis des frictions du sommet de la tête vers chaque oreille, et enfin des frictions rectilignes, anguleuses, et en courbes concentriques ; puis dans quelques percussions faites légèrement avec la main, ou claquements modérés.

Quant au massage de la face, il doit être pratiqué comme je l'ai indiqué lors du massage hygiénique de la tête, et M. Georgii n'a ajouté que des mouvements de tremblement appliqué à la partie supérieure de la racine du nez.2) Est-il besoin de dire que cette partie du

 

1) Retranscription exacte bien qu'il écourte de la pages 90 et 91 Kinésithérapie, ou traitement des maladies par le mouvement selon la méthode de Ling (1847)Fiche technique.

2) Ibid page 97.

 

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nez n'est pas mobile et que ces tremblements ne peuvent avoir lieu, à moins qu'il ne considère comme un tremblement du nez les secousses qu'on pourrait lui imprimer à la tête en prenant le patient par la racine du nez ? Je crois donc avoir suffisamment légitimé les doutes que j'ai émis dans tout cet article.

 

Retour à l'index § IV. — Massages thérapeutiques particuliers du cou.

 

Après avoir massé le cou, comme je l'ai indiqué dans le massage hygiénique de cette région, il faut insister sur telle ou telle manoeuvre suivant le cas.

S'il s'agit d'une contracture musculaire du cou ou torticolis, on masse tout le cou, la région laryngée exceptée, et l'on insiste fortement sur les muscles contracturés qui font saillie sous la peau.

S'il s'agit d'un rhumatisme musculaire chronique du cou, on insiste surtout sur les massage du muscle atteint.

S'il s'agit d'un mal vertébral supérieur ou sous-occipital, il faut, après avoir pétri, malaxé, frictionné, percuté les muscles du cou, traiter, comme le dit ingénument M. Bouvier (Leçons cliniques sur les maladies chroniques de l'appareil locomoteur, 1858), traiter le torticolis osseux, au moyen des manipulations ; on devra, ajoute-il, user de ce moyen avec les plus grandes précautions. Au début, les manipulations ont souvent une heureuse influence sur la maladie osseuse.

Nous savons tous que M. Bouvier entend par manipulations l'emploi des mains pour déterminer les mouvements des articulations lorsqu'elles les ont perdus ou altérés. Pour pratiquer ces manipulations, on s'y prend comme je l'ai indiqué dans le massage hygiénique du cou.

La partie laryngée, trachéale et pharyngée du cou est le siège de différents genres de massage suivant les buts qu'on se propose :

 

Massages de la trachée.

 

a. Manière d'activer la circulation dans les veines et les vaisseaux lymphatiques de la trachée. — D'après le rapport de M. Georgii,

 

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en 1842, on à constaté, par des essais répétés, cette action à la suite d'un mouvement, qui consiste dans les vibrations latérales de la trachée faites avec la main de haut en bas, en exerçant une légère pression sur les parties latérales, et en dirigeant les doigts sur la veine thyroïdienne supérieure.

 

b. Manière d'activer la circulation des artères de la trachée. — Lorsqu'on pratique les mouvements indiqués ci-dessus pendant que les muscles antérieurs du cou sont mis en contraction, on obtient ce résultat.

Ces deux moyens sont employés dans certaines affections de la trachée sans lésions organiques, d'après le rapport de M. Georgii, (Kinésithérapie, p. 78)Fiche technique.

 

Massage du larynx.

 

Action sur les cordes vocales dont l'action normale est altérée. — Si l'on applique sur les deux côtés de la trachée, à la région sus-claviculaire, un mouvement de tremblement assez fort avec une pression modérée, l'action se porte vers les filaments moteurs des nerfs laryngés inférieurs et influent sur les fonctions des cordes vocales altérées. (Georgii, p. 93.)

 

Massages du pharynx.

 

Contre les contractions spasmodiques et les névralgies du pharynx. — Une pression vive se dirigeant vers les parties supérieures et postérieures du pharynx, en le portant un peu en avant, il agit sur les filaments sensitifs des nerfs de cet organe, et ne même temps sur ceux du pneumogastrique, et par action réflexe, sur les filaments moteurs du nerfs pharynx. (Georgii, p. 93.)

Ces particularités sur les effets des mouvements imprimés à la trachée, au larynx et au pharynx, je ne les ai vues décrites nulle autre part, et je les reproduis sans commentaires.

 

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Retour à l'index § V. — Massages thérapeutiques et particuliers du tronc.

 

Les diverses parties du tronc contenant, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, des organes particuliers, il est nécessaire, pour la description des massages particuliers qui s'exécutent sur ces différents organes, de partager le tronc en plusieurs sections. La partie antérieure du tronc sera divisée en poitrine et abdomen, la partie postérieure en région dorsale et lombaire ; mais, pour l'exécution du massage particulier, ces quatre régions n'en forment réellement que deux, le thorax et l'abdomen : le premier comprenant la poitrine et la région dorsale, le deuxième comprenant l'abdomen et les lombes.

 

 

Retour à l'index ARTICLE Ier.

 

Massages thérapeutiques particuliers du thorax.

 

a. Poitrine. — Le massage de la poitrine doit être fait comme je j'ai indiqué pour le massage hygiénique, en empiétant un peu sur la région antérieure du cou, sur celle de l'épaule et sur celle de l'abdomen. On insistera beaucoup sur toutes les manoeuvres que j'ai indiquée, et à plusieurs reprises on commandera au pation de retenir son souffle pendant qu'on lui infligera une percussion assez forte, afin de porter l'action du massage jusque sur les muscles intercostaux. Puis on fera exécuter avec les deux mains, en pressant de chaque côté de la poitrine, les mouvements forcés d'inspiration et d'expiration. Tantôt aussi, appliquant une main sur la poitrine et une autre sur l'abdomen, on pressera alternativement avec l'une ou avec l'autre main. Celle qui sera placée sur la poitrine ne devra pas presser pendant l'inspiration, tandis que celle placée sur l'abdomen pressera pendant cet act. On devra, au contraire, relâcher celle-ci pendant l'inspiration, et appliquer fortement sur la poitrine celle qui s'y trouve. Par ce moyen, on facilitera les deux actes de la respiration, l'inspiration et l'expiration. D'autres fois on fera l'inverse afin d'obtenir les effets des mouvements doubles excentriques et doubles concentriques, d'après la méthode de Ling, empruntée à Hippocrate

 

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et à d'autres, ainsi que le prouve la description de l'apothérapie que j'ai relatée dans l'historique.1)

Chez la femme, le massage de la partie antérieure de la poitrine est plus restreint, à cause des seins, qui sont dans quelques circonstances l'objet d'un massage spécial dont il sera question plus loin.

b. Le massage de la cavité thoracique. — La cavité thoracique comprend des organes importants sur lesquels on veut quelquefois étendre les effets thérapeutiques du massage, tels sont les poumons, le coeur.

 

Massage des poumons. — Quand on veut que les effets du massage s'étendent jusqu'aux poumons, on commence par le massage de la région dorsales, et l'on achève par celui de la paroi antérieure de la poitrine. Cela fait, on insiste fortement et à plusieurs reprises sur les manoeuvres que je viens d'indiquer pour faciliter la respiration, en décrivant le massage thérapeutique de la poitrine. En même temps qu'on recommande au patient de retenir son souffle, on lui fait tenir les bras fixés derrière la tête pour faciliter la dilatation de la poitrine, et on lui fait des frictions et des pressions sur les bras jusqu'aux coudes, sans lui laisser quitter cette position. Cette position est conseillée par Ling.

 

Massage du coeur. — M. Georgii dit qu'on pratique des mouvements agissant directement sur les contractions et les autres fonctions du coeur, en soumettant la poitrine à une espèce de vibration, en même temps que cette partie du corps est ramenée en avant par le médecin. Ce mouvement a fait cesser souvent au bout de quelques secondes cette sorte d'évanouissement qui se présente si fréquemment dans les cas de perturbation des fonctions du coeur.

Pour épuiser tous les organes qui se trouvent situés dans cette région, il ne me reste qu'à parler du massage du sein.

 

1) Voir pages 15, 16, 24, 25, 27, 67 et 102.

 

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Massage du sein. —  Après avoir fait un massage modéré autour du sein, en usant de frictions, de pressions, de percussions et de mouvements appropriés, on passe à cette glande. Une onction est préalablement faite, on exécute ensuite des frictions très douces d'abord, puis modérément fortes, en décrivant des courbes concentriques, allant du centre du mamelon à la périphérie du sein, et au delà sur les parties voisines, et revenant de cette position vers le point de départ ; puis on passe à divers genre de pressions. On forme le bout du mamelon en y pratiquant quelques titillations ; on le pétrit ensuite entre le pouce, l'index et le médius, en y exerçant quelques froissements et quelques mouvements de traction. On fait ensuite un pétrissage très doux, très léger du restant de la mamelle, allant du centre de l'aréole vers la circonférence de la glande que l'on dépasse toujours ; puis, prenant le sein entre les deux mains, on en fait la malaxation toujours modérée ; on fait ensuite un froissement en masse ; puis à l'aide des deux mains encore, on fait le foulage du sein en le renvoyant d'une main à l'autre, ce qui constitue le mouvement appelé ballottement. De temps en temps, on y exécute quelques légères percussions, soit à l'aide d'une flanelle, ou de tout autre linge. On peut également s'aider du claquement modéré, de la percussion avec la palette rembourrée, ou de tout autre instrument dont la pression et la percussion serait très douces.

La palette ou battoir en caoutchouc de M. Sarlandières est ici d'une utilité aussi grande que l'instrument des anciens, que les masseurs ne connaissent plus, et qui consistait en un manche à l'extrémité duquel on avait fixé une vessie remplie d'air. Enfin, après avoir répété plusieurs fois ces diverses manoeuvres, le massage est terminé.

 

Retour à l'index ARTICLE II.
 

Massages thérapeutiques particuliers de l'abdomen.

 

Le massage thérapeutique de l'abdomen ne doit pas être fait d'une manière aussi superficielle que le massage hygiénique.

Veut-on obtenir la diminution des tissus adipeux, et augmenter

 

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l'énergie de la contractilité des muscles de l'abdomen, on masse de la manière suivante :

Le malade étant couché sur le ventre, on frictionne, doucement d'abord, puis fortement, les muscles de la région lombaire depuis la partie moyenne du dos jusqu'à l'extrémité inférieure du sacrum ; on empiète en bas sur la région fessière et en haut, sur la région dorsale le long des apophyses des vertèbres lombaires et dorsales, jusqu'au niveau de l'homoplate et de ce point, latéralement en se portant en avant de manière à atteindre toutes les insertions du grand dorsal, ainsi que la portion correspondante des muscles de la masse sacro-lombaire. Ces frictions achevées, on pétrit, on malaxe ces muscles dans différents sens, on y exerce des sciages, des hachures, des claquements, des vibrations de toute sorte et des percussions de toute nature ; on exercer ensuite des mouvements de flexion, d'extension et de latéralité, comme je l'ai indiqué dans le massage hygiénique. Cela terminé, on exécute le massage des parties latérales, puis on ordonne au patient de se coucher sur le dos et l'on masse la partie antérieure de l'abdomen.

Après avoir fait des frictions, moyennes d'abord, puis rudes, sur la partie antérieure de l'abdomen, soit avec la main, la brosse, le gant, et dans les directions les plus diverses (restilignes, spirales, anguleuses, en courbes concentriques ou excentriques), on pratique des pressions dans des directions déterminées : d'abord de chaque côté de la ligne médiane qui va du sternum au pubis, en passant par le nombril ; on fait ainsi le pétrissage et la malaxation des muscles grands droits de l'abdomen. Ce pétrissage ne doit pas avoir de limites en bas qu'à quelques travers de doigt au-dessus du pubis. En haut on va jusqu'au niveau des mamelons, de manière à bien saisir toutes les insertions costales des grands droits. On fait également ensuite le pétrissage et la malaxation des muscles obliques et transverses, en partant de chaque côté du massage que l'on à fait sur la partie médiane, et en se portant latéralement jusqu'à la rencontre de celui que l'on avait précédemment fait dans la région lombaire. Après ces divers genres de pression, on pratique le sciage, des hachures, des claquements, des vibrations pointées ou profondes, des percussions

 

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avec la palette ou tout autre instrument de percussion usité, et l'on termine par des secousses ou des ébranlements imprimés aux parois abdominales, et par des pressions subites sur les parois de l'abdomen. Pendant ce temps-là, on ordonne au malade tantôt de résister à la main qui presse, tantôt de rester inactif, tantôt de repousser la paroi abdominale, afin d'exécuter des mouvements passifs, doubles excentriques et doubles concentriques.

Quand on veut porter l'action du massage sur les organes contenus dans l'abdomen, on modifie le massage d'après les indications suivantes tirées la thèse sur Kinésithérapie de M. Georgii :

 

Foie. — « Un mouvement de tremblement en même temps qu'une pression sur les fausses côtes, à la partie droite du corps, les muscles ayant été préalablement mis en état de relâchement complet par la position du malade, réduisent la masse du foie affecté d'engorgement. »

 

Diaphragme. — « Une pression sur les nerfs pharyngiens aux parties latérales du cou coupe les accès de spasme dans le diaphragme. »

Si  cette pratique réussit, on aurait beaucoup plus de chance encore par un massage complet fait ceinture au niveau des attaches du diaphragme.

 

Estomac. — « Un mouvement de tremblement appliqué sous les fausses côtes de la partie gauche du corps dans la direction de bas en haut et de dehors en dedans, agit sur la membrane musculaire de l'estomac, ou bien opère une diminution dans la sécrétion du fluide gastrique. »

 

Intestin grêle. — Le patient sera couché sur le dos, la tête élevé et bien soutenue, les jambes et les cuisses à demi fléchies sur le bassin, et les pieds appuyés pour produire de relâchement de la paroi antérieure de l'abdomen. Alors le masseur se place à côté du malade ; il porte une main sur la région ombilicale, puis, par une pression égale, saccadée et continuée pendant dix ou quinze secon-

 

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des, il communique à l'intestin grêle les vibrations de la main et après un temps de repos égal à celui de l'action, ou un peu plus prolongé selon l'indication. Il répète trois ou quatre fois le même procédé.

 

Gros intestin. — Suivant Ling, si l'on applique une friction anguleuse de bas en haut sur le côté droit de l'abdomen, puis transversale d'un hypochondre à l'autre et de haut en bas sur le côté gauche, suivant la direction du gros intestin, il en résulte des contractions également réparties dans les diverses parties de cet intestin. Il faut pourtant alors que le corps soit dans une position telle que les parois abdominales se trouvent tout à fait relâchées.

M. Piorry, dans le tome III, p.81 de sa Pathologie, s'exprime à peu près dans les mêmes termes. J'en reproduis le texte à propos des affections intestinales dans lesquelles le massage est indiqué.

 

Rectum. — Le massage du rectum a été fait selon plusieurs méthodes. D'après celle d'O'Beirne, on introduit dans l'intestin une canule à laquelle on imprime de légers mouvements, pendant que de l'autre main on pétrit et l'on malaxe le gros intestin comme il vient d'être indiqué ci-dessus.

Au lieu de la canule, on introduit le plus souvent le doigt indicateur avec lequel on fait plusieurs mouvements, en tous sens pendant qu'on pratique quelques frictions et quelques malaxations sur la paroi abdominale, comme dans le cas ci-dessus. Par ce procédé, M. Delpech a fait cesser spontanément un arrêt au cours des matières fécales.

 

Anus. — Le massage de l'anus a été pratiqué dans le cas de fissures et d'hémorrhoïdes et le procédé varie selon l'affection.

 

a. Fissure à l'anus. — Dans ce cas, Récamier introduisait d'abord lentement un doigt dans l'anus ; après quelques légers mouvements exécutés pendant un certain temps, il en entrait un second, puis un troisième et quelquefois un quatrième. Ce premier temps exécuté avec beaucoup de précaution, le chirurgien exécutait des mouvements de va-et-vient dans tous les sens ; puis il pressait le

 

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sphincter entre le pouce et les doigts introduits, et après un certain temps de repos, il reprenait le même pétrissage, et ainsi plusieurs fois de suite, jusqu'à la cessation de la douleur.

Cette idée, aussi originale qu'ingénieuse, selon l'expression de M. Maisonneuve lui-même (Gaz. des hôp. 1849), fit penser à ce dernier que, par un autre moyen beaucoup plus simple, il pourrait arriver au même résultat que Récamier, et alors, au lieu d'introduire plusieurs doigts successivement dans le rectum pour opérer la dilatation du sphincter, il imagina de l'obtenir au moyen de deux doigts sans massage préalable. Telle fut l'origine de la découverte d'une méthode aujourd'hui acceptée par tous les chirurgiens : je veux parler de la dilatation forcée.

 

b. Hémorrhoïdes. — Dans le cas ou des hémorrhoïdes internes viennent à faire saillie et former un paquet volumineux au dehors de l'anus, des frictions douces, telles que de légers froissements, des pétrissements modérés et des malaxations, accompagnée de pressions un peu plus fortes, ont pu réduire le volume de ces paquets hémorrhoïdaux et faciliter ainsi la réduction de la tumeur.

 

Hernis. — Le massage, dans les hernies, se fait, comme je l'ai indiqué à propos du taxis lorsqu'il a été question des manoeuvres constituant le massage. Cependant, d'après Ling, j'ajouterai un moyen particulier qui ne consiste que dans la position à donner au patient et dans les mouvements qu'on doit lui imprimer. « On commencera la cure de la hernie inguinale par la commotion réitérée des jambes élevées verticalement vers le tronc horizontalement couché, non-seulement pour faire tomber les intestins vers le diaphragme, et les éloigner ainsi de l'anneau inguinal, mais aussi pour faire stationner et rassembler le sang artériel et veineux à l'endroit où l'on désire la genèse des nouvelles fibres et la nutrition des anciennes. » ( Meding, Gymn. suédoise, p.33.)

On fera ensuite plusieurs mouvements parmi lesquels est « la succussion passive des jambes tenues par les chevilles verticalement et en flexion sur le tronc. » On pratique en même temps celle de l'abdomen, ainsi que le taxis de la tumeur, comme il a été indiqué plus haut.

 

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Lumbago. — Dans le lumbago, vulgairement appelé effort ou tour de reins, le massage doit intéresser toute la masse des muscles appelée masse sacro-lombaire. Suivant Martin aîné, de Lyon ( Mémoire, 1837), le lumbago cède à un massage de quatre à cinq minutes, ainsi qu'il lui est arrivé plusieurs fois de le prouver : une fois même l'expérience a porté sur un médecin d'illustre mémoire, M. A. Petit, dont je ne peux m'empêcher de rappeler l'intéressante observation :

« Devant me réunir pour consulter sur un cas grave de médecine opératoire avec quelques confrères, desquels était mon illustre ami, M. A. Petit, il me fit prier par un message de l'excuser auprès de la réunion à laquelle il était empêché d'assister par un violent lumbago, qui le retenait sur sa chaise longue. Je reçu son message sur les neuf heures du matin ; nous devions nous réunir à onze heures. Je me rendis aussitôt auprès de lui et je lui promis une guérison subite s'il voulait se soumettre à une manoeuvre dont je lui donnerais l'explication théorique après la réussite. Il prit de prime abord ma promesse pour une plaisanterie ; mais, l'ayant assuré du plus grand sérieux que je pouvais escamoter son lumbago dans moins de dix minutes, il me dit en plaisantant : « Allons ! mon cher escamoteur, voyons, mets-toi à l'oeuvre. »

» Je le plaçais dans la position convenable, et me mettant à califourchon sur son dos pour donner plus de force et de facilité au massage, je parvins dans l'espace de cinq minutes à effacer toutes les contractions partielles et irrégulières des faisceaux musculaires, et à lui rendre la pleine liberté de tous les mouvements dont il était privé. Il s'habilla, et nous nous rendîmes ensemble au domicile du malade pour lequel nous devions consulter. »

Le massage, dans le lumbago, doit donc intéresser toute la masse sacro-lombaire, à partir de l'extrémité inférieure du sacrum jusqu'au cou.

Le malade étant couché sur le ventre, on fera des frictions d'abord douces, mais bientôt rudes, soit avec la main, la brosse ou le gant ; on pratique ces frictions dans les sens les plus variés, de haut en bas et de bas en haut, tantôt d'une manière rectiligne, tantôt obliquement ou en décrivant des spires ou des courbes concentriques et

 

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excentriques ; puis on exerce diverses pressions, en commençant par le pétrissement, que l'on prolongera jusqu'à ce que le malade supporte la douleur, avant de passer à la malaxation. Après celle-ci, on pratiquera le sciage, les vibrations pointées, le claquement, les vibrations profondes et enfin des percussions avec le poing fermé, la palette, des verges, ou tout autre instrument de percussion. On fait ensuite lever le malade, et on lui fait exercer, par des procédés déjà connus, les divers mouvements de flexion, d'extension et de latéralité de la colonne vertébrale, qui rarement seront douloureux après un massage bien fait.

Rarement on sera obligé de recommencer ce massage, cependant il sera utile d'y revenir pour constituer la guérison.

 

 

Retour à l'index § VI. — Massages thérapeutiques des organes

génito-urinaires.

 

Lorsque j'ai traité le massage hygiénique en général, j'ai passé sous silence celui des organes génito-urinaires, parce que je n'ai pas voulu décrire que le massage hygiénique tel qu'il se pratique généralement aujourd'hui.

Sans doute, quelques libertins, tourmentés par leur honteuse passion, mais que l'abus ou l'âge avancé met dans l'impossibilité physique de satisfaire, viendront plus d'une fois demander au massage une puissance factice ; mais ces cas ne sont pas communs, et l'on peut, sans trop forcer l'analogie, les considérer, bien qu'il n'y est pas impuissance, comme dans des cas de ce genre.

Je n'ai nullement l'intention de déblatérer contre les anciens ; cependant il me semble que la jeunesse d'autrefois allait trop souvent chercher auprès d'un masseur une ardeur qui, j'aime à le croire, ne devait pas lui faire défaut, mais qui devenait insuffisante pour contenter sa sensualité, car, a dit un poëte :

Penelope vires juvenum tentabat in arcu
Qui latus argueret, corneus arcus erat.
                             (Ovide, Amor.) 1)

 

1) Traduction : "C'est avec un arc que Pénélope éprouvait la vigueur de ses jeunes amants, et cet arc, qui devait témoigner de leur force, était en corne." (Ovide, Les Amours, Livre I Elégie 8 vers 45) Lire.

 

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Les effets d'un pareil traitement étaient parfaitement connus de toute la jeunesse, et le même poëte trouve qu'elle payait bien cher les effets qu'elle désirait lorsqu'il dit :

 Delicias pariunt Veneri crudelia flagra1)

 

Ce n'était pas seulement la jeunesse qui cherchait ces plaisir, la sensualité des vieillards avait déterminé Virgile à leur donner un sage conseil, que Delille a traduit de la manière suivante :

 

Quand des ans ou des maux il sentir le poids,

Des travaux de l'amour dispense sa faiblesse.

Vénus ainsi que Mars demande la jeunesse.

Pour son corps dévoré d'un impuissant désir,

L'hymen est un tourment et non un plaisir,

Vieux athlète, son feu dès l'abord se consume ;

Tel le chaume s'éteint au moment qu'il s'allume.

(Géorgiques, liv. III.) Information ouverte dans une nouvelle page

 

Abstraction faite des cas que je viens de signaler, il est cependant des affectations dans lesquels le massage des organes génito-urinaires devient une nécessité thérapeutique au même titre et peut-être avec plus de succès que d'autres agents médicamenteux vantés par les uns, rejetés par d'autres ; c'est ce qui m'engage à décrire le massage 1° du périnée, 2° de la vessie, 3° de l'utérus. Les massages des autres parties des organes génitaux que je passe sous silence à dessin, car il y en a plus d'un qui ont été indiqués et pratiqués par des médecins d'une pratique et d'une moralité qui ne peuvent être suspectées, pourront être imaginés sans peine par le masseur, s'il se pénètre bien des principes qui doivent le guider dans les diverses manipulations qui constituent cette opération, principes que j'ai répandus dans le corps de ce travail rarement en les imaginant moi-même ou en les déduisant comme corollaires de principes indiqués par des auteurs recommandables, le plus souvent en les puisant chez les médecins et les gymnasiarques qui s'en sont sérieusement occupés.

 

1) Ce vers vante les vertus de la flagellation et fut publié par Meibomius dans son De Flagrorum usu in re venered, Lugd. batav. en 1643, Fiche techniquedédié à un conseiller de l'évêque de Lubeck, avec cette épigraphe : "Delicias pariunt Veneri crudelia flagra ; Dum nocet, illa juvat ; dum juvat, ecce nocet." [à traduire exactement.]

 

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Massage du périnée.

 

Le malade étant couché sur le dos, les jambes écratées et fortement fléchies sur les cuisses, les talons rapprochés des fesses et appuyant sur le même plan horizontal que le siège, le masseur exécute une friction forte autour des organes génitaux, de l'anus, au delà de la racine des cuisses et sur les parties internes et postéro-inférieures des fesses. Après cette friction, soit avec la main, la brosse ou le gant, on pétrit et l'on malaxe fortement les diverses parties que j'ai indiqué. On fait ensuite des percussions douces, des vibrations pointées sur toutes ces parties, puis s'écartant un peu plus des organes génitaux, on pratique des percussions plus fortes, des hachures, des claquements, des percussions avec le poing fermé ou avec la palette ou des verges. On répétera ces manoeuvres plusieurs fois de suite.

 

Massage de la vessie.

 

Le malade est couché sur le dos, les jambes fléchies et les talons reposant sur le même plan que les fesses, la tête fortement relevée, le tout afin d'obtenir le relâchement des muscles de la paroi antérieure de l'abdomen. Alors après une friction passant rapidement de la friction douce à la friction moyenne et quelquefois à la friction rude, fait sur la région hypogastrique en empiétant sur les fosses iliaques et la région ombélicale, le masseur pétrit fortement, malaxe à pleine poignée et exerçant des pressions variables tout ce qu'il peu sentir dessous de ses doigts ; puis il exerce des percussions assez fortes avec la main à plat (claquements) ou avec la palette. Récamier introduisait dans certaines circonstances, un doigt dans l'anus, si s'était un homme ou une fille vierge, ou bien dans le vagin chez la femme mariée ; et, portant la pulpe du doigt sur le col de la vessie et au-dessous s'il lui était possible, il lâchait par pressions exercées par la main qui se trouvait sur l'hypogastre, et avec le doigt de l'autre main placé comme je l'ai indiqué, d'imprimer des mouvements et des secousses au col de la vessie ou à l'organe tout entier.

 

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Si l'on ne réussissait pas à obtenir les effets désirés par les moyens que j'ai indiqués d'abord, il ne faudrait pas dédaigner d'employer celui de Récamier, persuadé qu'il n'est pas de manoeuvre pour si repoussante qu'elle soit, que le médecin ne doive pratiquer, s'il la croit utile au malade. La maladie lui en saura gré s'il y apporte toutes les précautions voulues et s'il en fait bien reconnaître l'opportunité.

 

Massage de l'utérus.

 

Cazeaux dans son Traité d'accouchements Fiche technique indique le moyen de masser l'utérus dans les termes suivants : « La main placée sur la paroi abdominale inférieure frictionnera, pressera, serrera vivement la paroi utérine ; d'un autre côté, deux doigts introduits dans le vagin agaceront, titilleront le col de l'utérus. Si ces moyens ne suffisent pas (il s'agit d'un hémorragie produite par l'inertie de l'utérus après l'accouchement), on porte la main toute entière dans la cavité de l'organe. On stimule, on agace avec les doigts sa surface interne, tandis qu'avec l'autre main appliquée sur l'hypogastre, on continue les frictions ; on est quelquefois obligé de comprimer, de pétrir, pour ainsi dire, les parois de l'organe en appuyant fortement à travers les parois abdominales pendant que l'autre main qui se trouve à l'intérieur sert de point d'appui. » (Page 930.)

N'avons-nous pas dans ces lignes la description du massage complet de l'utérus si l'on ajoute la position préalablement prise, afin que ces muscles de la paroi antérieure de l'abdomen soient relâchée ? On l'obtient en faisant coucher la malade sur le dos, la tête relevée, le siège reposant sur un point dur et les cuisses étant fléchies de manière que les talons touchent les fesses. Ajoutons encore quelques percussions profondes et quelques mouvements imprimés à l'organe, et nous aurons la description la plus complète et la plus détaillée du massage de l'utérus.

Après avoir prouvé que le massage était connu dès les temps les plus reculés ; après l'avoir indiqué et décrit chez tous les peuples de l'ancien continent, tant chez les barbares que chez les peuples modernes, j'ai

 

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indiqué les diverses conditions que doit remplir un masseur et les instruments qu'il est susceptible d'employer ; j'ai défini ensuite les diverses manoeuvres que pratiquent ordinairement les masseurs, et vu les grandes variétés de ces manoeuvres, j'ai tâché, dans un tableau synoptique, de les montrer d'un trait et de les grouper sous quatre chefs, formant autant de types tranchés de ces diverses manoeuvres. Passant ensuite à la description du massage pratiqué sur l'homme bien portant, j'ai détaillé toutes les opérations qui constituent le massage que j'ai nommé hygiénique, par opposition à celui que l'on pratique sur l'homme malade, auquel j'ai réservé le nom de massage médical ou thérapeutique. Après avoir indiqué à grands traits comment devait être fait ce massage thérapeutique général, je suis passé aux détails les plus minutieux, les plus variés du massage thérapeutique de chaque région et de chaque organe en particulier ; c'est à cette dernière partie que j'ai réservé le titre de massage thérapeutique particulier.

J'ai terminé ainsi la première partie de mon travail ; il ne me reste maintenant qu'à traiter des effets physiologiques et des indications thérapeutiques du massage, ce qui fait l'objet de la deuxième partie, ainsi que je l'avais annoncé dans mon introduction.

 

 

 

 


 

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Retour à l'index DEUXIÈME PARTIE

EFFETS PHYSIOLOGIQUE DU MASSAGE.

SES INDICATIONS.

 


 

CHAPITRE Ier.

HISTORIQUE ET DÉFINITION DU MASSAGE

 

Les effets physiologique du massage ressortent des écrits de tous ceux qui ont traité de la gymnastique. Il est inutile de rappeler que le massage faisait partie des exercices passifs et mixtes des anciens, et que toutes les fois que les anciens ont écrit sur les exercices, ils ont fait mention du massage.

Sans parler ni d'Hippocrate, ni de Philostrate, ni de Dioclès, de Caryste 1), Antylus, Archigène d'Apané 2), de Galien, d'Oribase, de Mercurialis, de Joubert, d'Hoffmann, etc., etc., qui tous conseillent l'exercice, soit actif, soit passif ou mixte, pour maintenir l'équilibre des fonctions, condition expresse de la conservation de la santé et du développement harmonique du corps, je ne m'occuperai que des acteurs contemporains qui ont jeté quelques lumières sur cette matière.

Savary dit, dans ses Lettres sur l'Égypte Fiche technique, que, « parfaitement massé, on est comme régénéré on sent un bien-aise universel. Le sang, dit-il, circule avec facilité, et l'on se trouve dégagé d'un poids énorme. On éprouve une souplesse, une légèreté jusqu'alors incon-

 

1) Ici nous avons une erreur probablement de typographie puisqu'il s'agit de Dioclès de Caryste, sa ville de naissance.

2) Nouvelle erreur typographique, il ne s'agit pas d'Apané mais d'Apamé.

 

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nue. Il semble que l'on vient de naître et que l'on vit pour la première fois. Un sentiment de vif de l'existence se répand jusqu'aux extrémités du corps, tandis qu'il est livré aux plus flatteuses sensations ; l'âme qui en a la conscience jouit des plus agréables pensées. L'imagination se promène sur l'univers qu'elle embellit, voit partout de riants tableaux, partout l'image du bonheur. Si la vie n'est que la succession de nos idées, la rapidité avec laquelle la mémoire les retrace alors, la vigueur avec laquelle l'esprit en parcourt la chaîne étendue, ferait croire que dans les deux heures de calme délicieux qui suit on vit un grand nombre d'années. »1)

Ce passage démontre que le massage porte son action sur l'innervation, la locomotion et la circulation, car on éprouve les sensations les plus flatteuses, on se sent vivre, on éprouve de la légèreté, de la souplesse, et le sang circule avec plus de facilité.

Londe ajoute que le massage excite les fonctions cutanées lorsqu'il dit dans son Hygiène : « A travers tous les effets merveilleux du massage, le physiologiste, dans ce pétrissement du corps, dans ces tiraillement de la peau, des muscles, du tissu cellulaire, voit des manoeuvres propres à activer les fonctions de la peau, à rendre plus facile les glissement des muscles les uns sur autres, à favoriser l'abord du sang dans les parties atrophiées par un trop long repos, à rendre plus souples les tendons et des ligaments. » Cette avant-dernière idée a été étudiée très complément par certains physiologistes. J'en parlerai plus loin.

 

Dans le Dictionnaire universel de matière médical et de thérapeutique 2), MM. Mérat et Lens s'expriment de manière plus explicite : « Il y a lieu de croire que le massage sur la peau  les avantages des frictions ; qu'il agit surtout sur les muscles, et que les alternatives de pressions et de dilatation qu'il procure doivent les modifier, donner plus d'activité à leur circulation, plus d'énergie à leurs fibres, rendre leur action plus facile et dissiper les embarras, les commencements d'infiltration, d'engorgement qui pourraient s'y manifester. Les articulations doivent recevoir aussi des avantages des tiraillements, des craquements qu'on leur fait éprouver ; elles doivent acquérir plus de

 

 1) Ici aussi nous avons une prise de liberté avec le texte déjà reproduit page 49 à ceci près "...dans les deux heures de calme délicieux qui suit ces bains, on vit un grand nombre d'années." Ce sont les bains et non le massage dont-il parle qui font vivre un grand nombre d'année.

2) Il s'agit du Dictionnaire universel de matière médicale et de thérapeutique générale, écrit par Adrien Jacques de Lens, 7 vol., Paris : J.-B. Baillière, 1829-1846.

 

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souplesse, plus de facilité de mouvement ; leurs ligaments y gagnent une extension plus facile, la synovie plus de fluidité. »

Le massage, selon eux, a l'avantage des frictions,c'est-à-dire qu'il facilite les fonctions de sécrétion et d'excrétion de la peau, y rend l'afflux du sang plus facile, ainsi que les phénomènes d'endosmose, et par suite de l'afflux du sang, modifie la circulation générale, la nutrition et la contractilité musculaire, et rend les mouvements plus aisés. Dissipant les infiltrations, il active les phénomènes de résorption, c'est-à-dire la circulation dans les vaisseaux blancs : la synovie devient plus fluide, les ligaments regagnent leur longueur et leur souplesse ; il donne enfin aux mouvements des articulations une plus grande liberté.

En résumé donc, le massage porte son action sur toutes les fonctions de locomotion, de circulation, de sécrétion, d'absorption.

Les fonctions d'innervation, si agréablement décrites par Savary et notées encore par Londe, ne sont pas citées par MM. Mérat et Lens.

M. Sarlandières reconnaît que ceux qui se soumettent au massage « éprouvent une indicible sensation de bien-être et d'excitation. Il semble à ceux qui sont débilités et roidis par la fatigue et la maladie ou l'âge, que l'élasticité musculaire de la jeunesse se réveille sous la main qui les presse, que les forces se rétablissent, que le jeu de toutes les fonctions s'exercent librement. La fatigue surtout qui résulte de l'abus de la marche, de la veille ou des plaisirs de l'amour, disparaît pendant l'act même du massage. »

M. Sarlandières, en quelques lignes, a passé en revue toutes les fonctions, même celles de la génération, qui n'avaient pas été signalées encore par les auteurs que j'ai cités avant lui.

Dans le Dictionnaire des sciences médicales, M. Piorry s'exprime ainsi : « Tous les auteurs s'accordent à dire que le massement, joint au bain, détermine dans l'économie un changement accompagné des plus agréables sensations, et dont il est difficile de se faire une idée. La peau, d'abord humectée par l'eau ou la vapeur dans laquelle elle a été plongée, plus souple et plus flexible, ressent un bien-être qui donne à l'existence un charme nouveau. Il semble que l'on

 

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apprécie plus complètement le bonheur d'exister, et que jusqu'alors on n'avait pas vécu. A la fatigue que l'on éprouvait succède un sentiment de légèreté qui rend propre à tous les exercices du corps. Les muscles rendus à leur contractilité naturelle agissent avec plus d'énergie et de facilité. On croirait que le sang coule plus largement dans les vaisseaux qui le contiennent. Les forces physiques éprouvent donc des changements salutaires, même les fonctions du cerveau, qui sont si souvent modifiées par celles-ci, présentent bientôt un surcroît d'activité remarquable ; l'imagination se développe. Le tableau riant des plaisirs s'y retrace sous un jour plus voluptueux et avec des couleurs plus vives. C'est alors que l'heureux habitant de l'Orient jouit avec plus de délices du climat enchanteur dans lequel il est né. L'Européen, condamnant aveuglément les usages des peuples, quand souvent il ne les connaît qu'imparfaitement, trouve dans cette coutume asiatique un plaisir qui la lui fait bientôt adopter. Il pousse même quelquefois cette habitude jusqu'à l'excès, et les femmes de nos contrées, transportées sous le ciel fortuné des Indes, ne passent pas un seul jour par se faire masser par leurs esclaves, et sacrifient des heures entières à cette occupation.

» Mais quelle est au juste la manière d'agir du massage sur nos organes lorsqu'il est joint aux bains tièdes et aux bains de vapeur, etc., etc. ? Je suis étonné que les magnétiseurs n'aient pas déjà dit que leur fluide puissant modifié par cette action est la cause du bien-être que l'on éprouve. Laissons de telles idées à ceux qui les professent, elles pourraient tout au plus prendre naissance chez les jongleurs ; quant à nous, nous ne pouvons méconnaître ici une triple manière d'agir : 1° sur la peau, 2° sur les muscles, 3° sur les articulations.

» 1 Augmentation de l'exhalation habituelle à la surface de la membrane éminemment musculaire et nerveuse dont toutes nos parties sont revêtues ; flexibilité plus grande apportée dans son tissu par les alternatives de tension et de relâchement qu'elle éprouve ; absorption plus facile, parce que le massement l'a débarrassée des malpropretés qui pouvaient recouvrir les bouches lymphatiques dont elle est parsemée ; circulation capillaire rendue plus libre par l'aug-

 

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mentation de l'exhalation et par le mouvement communiqué ; disposition plus grande des houpes nerveuses aux sensations extérieures, parce que, d'une part, d'une part, l'épiderme est amolli, et, d'autre part, on en a enlevé une certaine couche. Telle est l'action du massage sur la peau.

 

» 2° Ses effets ne sont pas moins remarquables sur les organes actifs de la locomotion en vertu des mouvements qui leur sont communiqués, abord plus libre du sang dans les vaisseaux qui entrent dans leur composition et glissement plus facile des différentes fibres qui les constituent ; contraction rendue plus libre par la laxité que le massage a déterminée dans la peau ; alternative de pression et de dilatation qui, changeant leur manière d'être habituelle, doit changer aussi leur mode de sensibilité. Telle est l'action du massement sur les muscles.

 

» 3° Les surfaces articulaires et les parties molles qui les entourent sont également modifiées par les manoeuvres qu'on dirige sur elles ; souplesse plus grande déterminée par un tiraillement médiocre des substances ligamenteuses qui entrent dans leur composition, mouvements devenus, parce que les muscles dont les tendons les avoisinent les avoisinent et les fixent ont perdu la rigidité qu'ils avaient contractée ; circulation dans les tissus blancs rendue plus facile. »

 

Les effets physiologiques du massage ont été énumérés de la manière la plus complètes par M. Piorry, et je ne saurais en donner un tableau plus fidèle. Ainsi trouvons-nous que le massage modifie : 1° les fonctions cutanées, 2° les fonctions musculaires, 3° les fonctions de la circulation, 4° les sensations nerveuses. En un mot, le massage porte son action sur toutes les fonctions physiologiques, c'est-à-dire les fonctions de la vie organique et les fonctions de la vie de relation.

Quel est le mécanisme de ces diverses actions physiologiques ? Telle est la recherche que je dois faire en ce moment, en m'appuyant sur les travaux des grands physiologistes modernes : MM. Claude Bernard, Müller, Longet, Flourens, Bérard, Béclard, Neumann, Aüerbach, etc.

 

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La peau sous l'influence de la friction s'use ; les lamelles épidermiques, en voie de se séparer de la couche subjacente, se détachent et tombent ; de là l'amincissement de la peau et cette transparence qui a fait dire à certains qu'après le massage la peau devenait plus mince, plus souple, et prenait un reflet bleuté des plus agréables à la vue.

Dépouillée de ses débris épidermiques, devenus désormais une cause de troubles fonctionnels, la peau peut plus facilement laisser échapper de ces cryptes les produits excréteurs dont elle ne se débarrassait qu'à grand'peine et au prix, plus d'une fois, de produits inflammatoires, devenant une cause de maladie ou tout au moins d'une incommodité gênante à la face surtout. Les glandes sudoripares, par la même raison, se débarrassent également de leur produit d'excrétion, et la moiteur si veloutée, si douce d'une peau dont les fonctions sont en parfaite harmonie, devient la source d'une satisfaction personnelle des plus agréables, en même temps que la volupté vient y puiser ses plus séduisantes caresses.

Les lamelles épidermiques de production récentes encore tout humides facilitent l'imbibition et avec elle tous les phénomènes d'endosmose et d'exosmose, un des premiers phénomènes des fonctions organiques végétales ou nutritives.

Le sang, dont le besoin de faire son échange gazeux régénérateur, bien connu de tout le monde, se fait d'autant plus sentir que les autres portions de la peau qui n'ont pas été massées, se trouvent séparées d'une manière plus médiate de l'aire atmosphérique, par des lamelles plus épaisses et sèches, et par le vernis gras produit de l'excrétion des glandes sudoripares et des follicules ou cryptes sébacés, le sang, dis-je, se trouve en contact presque immédiat avec l'air ambiant dans la partie massée.

L'échange mutuel des gaz se fait donc d'une manière plus facile et plus rapide sur ce point, entre le sang et l'air ambiant ; les phénomènes respiratoires cutanée se trouvant facilitée sur ce point, les vaisseaux se gorgent davantage, tant les capillaires que les autres, et un courant sanguin s'établit d'autant plus grand, d'autant plus rapide,


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que le massage est mieux fait, et que la peau se trouve plus débarrassée des obstacles à ses fonctions, obstacles que je viens de signaler.

Je n'ai fais mention que d'une cause de l'afflux sanguin vers la peau ; il en est une autre, tout aussi puissante que la première, car la cause chimique que je viens de donner est aussi palpable, sinon davantage, que la cause mécanique produite par l'excitation nerveuse à laquelle s'arrêtent la plupart des physiologistes. Cependant ils reconnaissent à l'absorption intestinale une cause mécanique, l'imbibition ; pourquoi ne pas admettre comme cause de l'augmentation du courant sanguin l'imbibition, ou pour mieux dire, la présence plus intime, plus directe, moins médiate du sang dans l'air ambiant ?

Tous les phénomènes biologiques se lient ; on ne peut comprendre une fonction parfaite sans la concordance de toutes les autres fonctions ; une fonction physiologique faisant défaut, les autres se trouvent ou exagérées, ou limitées, ou perverties, et l'économie tout entière souffre de ce défaut d'unité d'action. De même, lorsqu'une fonction s'exerce normalement, les autres tendent à se régulariser comme elle, et veulent concourir au même but, à l'harmonie fonctionnelle de l'économie.

C'est ce qui arrive au torrent circulatoire ; le courant une fois augmenté dans la partie massée, tant par la présence de l'air atmosphérique dont j'ai expliqué le mécanisme que par l'influx nerveux, la circulation artérielle et veineuse se trouve excitée dans tout l'arbre circulatoire, et cette excitation se manifeste au pouls par une pulsation plus large, plus contenue, plus régulière.

Les radicules lymphatiques eux-mêmes trouvent dans cette situation un élément de plus pour activer leurs fonctions d'absorption. De là la résorption des infiltrations dans les cas pathologiques, et dans les conditions physiologiques absolues une activité plus grande de tout ce système.

L'innervation préside à tous les actes et y apporte son contingent d'action. Sous l'influence de la friction, on produit une excitation des extrémités terminales du système nerfs ganglionnaires, situées dans cette région ; cette excitation est transmise par elles au système tout entier, et les fonctions auxquels il préside deviennent

 

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plus marquées. C'est lui qui, par les contractions qu'il détermine dans la peau, excite, éveille les fonctions déjà signalées de toutes les parties constituantes de la peau.

Pour la même raison, le système nerveux tout entier se trouve impressionné au point même que cette excitation peut arriver  jusqu'à la douleur et l'exagération de ses fonctions ; mais cette exagération de la sensibilité s'émousse bientôt par la continuation du massage, et le calme ne tarde pas à revenir. C'est pour ce motif que souvent le massage produit, pendant les premières minutes, un sentiment pénible, désagréable quelquefois ; mais cette sensation disparaît rapidement pour faire place au bien-être signalé par tous les auteurs.

La friction, rude par la pression qu'on exerce pour la faire, détermine une action plus marquée sur le système musculaire ; cette action, très évidente lorsqu'on exerce les autres manoeuvres du massage qui sont les pressions, les percussions et les mouvements, se manifeste surtout par les phénomènes qu'on a désignés sous le nom de contractilité ou d'irritabilité musculaire.

Sous l'influence du massage, les muscles se contractent, c'est-à-dire qu'ils exercent le pouvoir qu'ils ont de se mettre en jeu de manière à rapprocher leurs deux extrémités et de diminuer de longueur. Cette contractilité, que l'on avait crue naguère encore sous l'influence nécessaire de l'excitation nerveuse, est indépendante du système nerveux. M. Bernard l'a démontré au moyen du curare, en constatant que ce poison a le singulier effet d'anéantir absolument la propriété excito-motrice des nerfs, tout en causant au muscles la propriété de se contracter sous l'influence des excitants directs.

La contractilité musculaire est donc une fonction inhérente à la fibre musculaire, et le système nerveux n'a donc pas besoin d'intervenir pour déterminer cette contraction.

Cette conclusion est riche en conséquences pathologiques qui ne doivent pas m'occuper ici ; elle est, en outre, une preuve que les excitants extérieurs peuvent déterminer cette contractilité, et le massage est de ce nombre.

Il ne faut pas conclure de là à l'inutilité du système nerveux pour la

 

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contraction musculaire, le système nerveux est son excitateur le plus naturel et celui qui doit être classé au premier rang ; après lui vient la circulation, car l'interruption complète de la circulation chez les animaux à sang chaud est bientôt suivit d'un abaissement de température, de la coagulation de la matière liquide que contiennent les tubes nerveux primitifs, et aussi d'altérations de structure des fibres musculaires, de sorte que la contractilité dure quelques heures, puis elle s'éteint peu à peu avec la nutrition, c'est-à-dire avec la vie des organes.

Que résulte-t-il de toutes ces données physiologiques pour la question qui nous occupe ? C'est que les manoeuvres du massage exécutées sur les muscles impriment au système nerveux et aux vaisseaux qui se distribuent dans ces muscles, une vitalité plus grande, d'une part, tandis que, d'un autre côté, par le déplacement moléculaire qu'elles impriment au muscles, elles l'invitent à se contracter. La contraction a lieu d'une manière complexe sous l'influence du massage.

On peut donc dire que, sous son effet, les muscles se contractent tant par action directe et immédiate de ses manoeuvres sur la fibre contractile elle-même que, d'une manière consécutive, par l'intermédiaire du système nerveux qu'il irrite et de la circulation qu'il active.

Cette contractilité une fois établies, les agents capables de la déterminer parmi les manoeuvres du massage étant connues, étudions les phénomènes de cette contractilité.

Les physiologistes ont démontrés que, lorsqu'un muscle se raccourcit par le rapprochement de ses extrémités, la masse musculaire gagne en épaisseur ce qu'elle perd en longueur, mais que les cylindre représentés par les faisceaux primitifs des muscles ,e se raccourcissent pas. Ils diminuent de longueur par l'augmentation de leurs inflexions successives, de sorte que leurs stries deviennent plus prononcées, et forment de véritables zigzagues à angles cependant mousses et arrondis. Ils démontrent, en outre, que la contraction est d'abord vive, puis qu'elle perd peu à peu de sa vitesse ; que la durée de la contraction varie avec la quantité de raccourcissement, et surtout avec la résistance ou le poids que le muscle doit soulever.

 

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Cette proposition reçoit surtout son application dans les mouvements mixtes des anciens ou doubles excentriques et doubles concentriques des modernes, et que le masseur fait exécuter ou bien ordonne au malade de faire.

M. Neumann a observé qu'une contraction doubles concentriques des fléchisseurs de l'avant-bras chez un homme à peau fine et à muscles développés laisse voir l'état replet des veines de la surface de la peau depuis la main jusqu'à l'humérus, tandis que la même contraction musculaire faite excentrique (mouvements double excentrique) laisse les veines en repos, les fait même dégonfler.

On démontre aussi que les muscles développent une certaine quantité de chaleur au moment de la contraction, et que, pendant la contraction, l'absorption de l'oxygène et l'exhalation de l'acide carbonique par le muscle augmente du double.

M. Béclard, dans ses expériences personnelles sur les contractions musculaires, a examiné les diverses quantités de chaleur développées au sein des muscles dans l'action musculaire statique et dans l'action musculaire dynamique. Il a constaté sur l'homme que la quantité de chaleur développée par la contraction musculaire est plus grande quand le muscle exerce une contraction statique, c'est-à-dire non accompagnée d'un travail mécanique, que lorsque cette contraction produit un travail mécanique utile.

La chaleur développée dans le muscle n'est pas appréciable à la peau ; ce n'est qu'en plongeant un thermomètre dans le muscle qu'on peut l'observer. Dans la peau, au contraire, pendant l'activité d'action provoquée par le massage et pendant que les muscles sous-jacents prennent une température plus élevée, on observe, malgré toutes les manoeuvres, un certain degré d'abaissement de température par rapport aux partie voisines qui n'ont pas été massées. La raison est bien simple, et je m'étonne que M. Sarlandières, en constatant le fait, n'ait pas tenté de l'expliquer. C'est que, pendant cette opération, le muscle brûle son oxygène et gagne de l'acide carbonique. De là, la couleur plus noire et la modification que subit le sang en devenant veineux ; tandis que dans la peau il se passe le phénomène inverse, le sang acquiert de l'oxygène et exhale de l'acide carbonique ; il s'y

 

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opère les mêmes phénomènes que dans les poumons. Or, nous savons que le sang artériel qui se trouve dans les veines pulmonaires est moins chaud que le sang veineux qui se trouvent dans l'artère pulmonaire. D'ailleurs l'évaporation cutanée est une des causes de ce refroidissement, que l'on observe sur la peau de la partie massée par rapport à celle des parties voisines.

M. Claude Bernard a démontré au Collège de France que le sang veineux d'un muscle en travail devient subitement noir et ne contient presque pas d'oxygène après la contraction, tandis que le sang veineux d'un muscle en repos ressemble presque à du sang artériel. Il résulte de ces analyse que le sans veineux d'un muscle en contraction contient moins d'oxygène et plus d'acide carbonique qu'à l'état de repos et que de plus le résidu solide qui reste après l'évaporation du sang tiré d'un muscle en pleine activité est plus considérable que celui provenant du sang veineux d'un muscle en repos. Il a trouvé pour le muscle droit de la cuisse, par exemple, le sang artériel ayant 9,31 d'oxygène et pas d'acide carbonique, que le sang des veines du même muscle avait pendant l'état de repos 8,21 d'oxygène et 2,01 d'acide carbonique. Pendant l'état de contraction, au contraire, elles avaient 3,31 d'oxygène et 3,21 d'acide carbonique, ce qui confirme la proportion, à savoir qu'à l'état de repos, le muscle perd peu d'oxygène, tandis qu'il en perd beaucoup pendant l'état de contraction.

La conclusion de cette donnée est que la contraction est nécessaire à la vie d'un muscle, à sa réparation et à ses fonctions ; c'est ce qui explique l'amaigrissement d'un muscle quand il est au repos, et le développement énorme qu'il acquiert quand il est en pleine activité.

Selon le rapport de M. Meding une communication très curieuse a été faite par M. Aüerbach à la Société silésienne, à Breslau, en 1860.

« M. Aüerbach  a montré sur le vivant chez un forgeron ayant travaillé encore quelques jours auparavant et avec un libre usage de ses bras, quoique souffrant de la poitrine, qu'au moment de la percussion avec le marteau et après la contraction momentanée surgissait la tumeur de la forme du bec de marteau que nous appellerons idio-musculaire, et en même temps on voyait au dessus et au-dessous deux élévations moins hautes qui marchaient en rampant sous la peau

 

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pour disparaître dans les fosses cubitale et axillaire. Ces contractions artificielles pouvant, selon le principe de la corroboration par l'exercice, l'usage répété, exciter le muscle, nous, nous avons une grande preuve physiologique de la manière d'agir et de l'action véritable des hachures, claquements et autres sortes de mouvements de percussion. »

Je ne peux que m'associer à M. Meding pour des conclusions aussi justes que naturelles.

Que résulte-t-il de toutes ces données physiologiques que j'ai reproduites sous forme de propositions et que j'ai fait suivre de quelques remarques ?

Il en résulte que la friction rude, c'est-à-dire capable de porter son action jusqu'aux muscles, les divers modes de pression et de percussion, les divers mouvements tels que le pétrissement, la malaxation, le froissement, le pincement, le foulage ; le sciage, les hachures, les claquements, les vibrations pointées, les percussions avec le poing ou des instruments de percussion, les mouvements divers et les différentes secousses ou ébranlement sont des agents directs de la contractilité musculaire ; que, sous l'influence de cette contractilité, les muscles se nourrissent, produisent un certain degré de chaleur, et, en se contractant, mettent les leviers auxquels ils sont attachés en mouvements variables, suivant la disposition de leurs attaches et la forme des leviers. En favorisant ces contractions, le massage devient utile non-seulement dans divers affections qui ne doivent pas nous occuper ici, mais encore dans l'exercice des diverses affections pour lesquelles l'immobilité serait une cause de ruine.

Exercés dans des proportions un peu exagérées, sans cependant arriver à l'épuisement de la contractilité, la vitalité des muscles s'accroît, les fibres musculaires prennent des proportions de développement et de tonicité plus grandes ; de là, le développement des forces musculaires et du tissu musculaire lui-même lui-même chez les gens qui les exercent sans dépasser de juste limites.

Par la contractilité de la fibre musculaire, par l'activité de sa nutrition et de ses fonctions arrive la nutrition plus forte du squelette qui lui sert d'implantation, et par la mise en jeu des leviers les uns sur les autres subsiste le maintien du poli des surfaces articulaires dont

 

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les synoviales, recevant alors une nutrition convenable, jouissent de leurs fonctions d'exhalation et d'absorption dans l'harmonie la plus complète.

Les phénomènes de contractilité des muscles une fois connus, les phénomènes d'absorption, de sécrétion et de circulation établis, on peut concevoir facilement le mécanisme des fonctions dans les viscères dont le tissus musculaire est composé de fibres lisses ou non striées. Ici les fibres ne se contractent point sous l'influence directe du massage imprimant une action spontanée, subite, mais bien par action réflexe, le massage agissant d'abord sur le système nerveux et circulatoire, et revenant, par leur intermédiaire, déterminer les fibres striées. Telle est l'action du massage dans les cas où on le pratique par des affections du coeur, du foie, de l'utérus, des intestins, etc., etc.

Il me reste à parler maintenant de l'action du massage sur le système nerveux. J'ai parlé déjà bien souvent des fonctions d'innervation au point de vue physiologique, à propos de la peau et des muscles, en l'admettant comme connue, tellement il est vrai , ainsi que je l'ai dis plus haut, qu'un organe, qu'une fonction ne peuvent être étudiés physiologiquement sans faire à toutes les autres fonctions qui, aussitôt qu'une est en travail, se tiennent en éveil, et contribuent, dans une certaine mesure, à l'exécution de cette fonction.

Le massage agit directement sur les nerfs par toutes les manipulations qui le constituent. Il n'est pas jusqu'aux passes, aux frôlements, aux attouchements les plus doux, les plus lents qui n'agissent directement sur les nerfs. L'impression étant reçue, la transmission est immédiatement faite aux centres nerveux, et bientôt les effets se font sentir. Sous cette action directe, les effets se produisent aussi bien sur le système ganglionnaire que sur les nerfs de la vie de relation. De là résulte la suractivité des fonctions végétatives, des sécrétions, de la circulation, de la nutrition, enfin celle des nerfs sensitifs et moteurs.

L'impression communiquée par les nerfs sensitifs est presque

 

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toujours pénible au début, et cela doit tenir sans doute au mode d'action du massage, qui donne son impression par un choc ou un contact excitant, et exagère, par cette percussion ou cette friction, la sensibilité de la fibrile sensitive nerveuse ; mais je n'ai pu trouver nulle part la cause de ce calme, de cette satisfaction personnelle, de ce bonheur que l'on éprouve réellement après le massage.

Me hasarderais-je trop en émettant une opinion ? Je pense que ce bonheur, cette quiétude, cette respiration plus libre, ces idées heureuses sont le résultat de l'équilibre qui règne en ce moment dans toutes les fonctions. Le système nerveux ne devant plus faire d'effort ni contre les obstacles à la respiration, ni à la circulation, ni à la nutrition, jouit d'un calme équivalant presque au repos, et alors cet oubli en quelque sorte de la vie expectative laisse errer l'imagination sur les idées de béatitude qui viennent en foule occuper les centres nerveux qui n'ont plus besoin de concentrer une certaine partie de leur activité pour diriger les fonctions, maîtriser les unes et exciter les autres.

Comme appendice aux fonctions d'innervation, je dois dire un mot des fonctions génitales. Comment ce fait-il qu'après un massage général simple, et sans que le masseur ait exécuté aucune manipulation sur les organes génitaux, on ressente une sensation qui, avant le massage, étaient bien loin de devenir presque une nécessité ? Certes, si l'on eût fait un massage local, la solution ne serait pas difficile, l'action réflexe aurait rendu parfaitement compte du phénomène. Ces sensations seraient-elles le résultat de la facilité plus grande avec laquelle s'exécutent toutes les fonctions physiologiques, ou bien la conséquence du peu d'effort que doit faire le système nerveux pour entretenir l'équilibre et l'activité de toute les fonctions ? Seraient-elles peut-être le résultat du massage des lombes, de l'abdomen et des cuisses qui, par action réflexe, viendrait ranimer les fonctions de sécrétion et de circulation presque éteintes dans ces organes ? Cette dernière opinion me paraît le plus probable, d'autant plus qu'elle me rendrait compte du sentiment de béatitude qu'éprouve l'individu après avoir été massé. Ne pouvons-nous pas voir ici une relation de cause à effet explicable par ce que nous voyons survenir chez les

 

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individus intoxiqués par le sulfure de carbone, et qui sont l'objet de travaux très intéressants de la part d'un de mes maîtres, M. Delpech ? Chez eux, les idées gaies, les relations avec leurs amis, leurs voisins de lit à l'hôpital, la vie commune, la politesse même envers le médecin qui leur prodigue des soins, ne surviennent que lorsque le traitement qu'on leur fait subir a éveillé les fonctions génitales endormies, éteintes depuis plusieurs mois par cette intoxication.

La cause de ce réveil intellectuel et moral chez eux tient, sans aucun doute, à cette satisfaction personnelle et si légitime et provoquée par la preuve nouvelle de leur virilité, excitée par le phosphore, plutôt qu'à l'action du phosphore sur les centres nerveux, ou bien hâtant l'élimination du sulfure de carbone, ce qui n'est point démontré. La diarrhée qui précède l'action du phosphore sur les organes génitaux, est une preuve de l'action mécanique irritante de ce médicament. Cette irritation par action réflexe s'étend sur les organes génitaux. De là la manifestation prompte du rétablissement des aptitudes génitales chez ces individus, et en même temps le retour de la gaieté, le besoin de se retrouver en société et la satisfaction pour le médecin qui les soignes de voir des hommes qui deviennent reconnaissants des soins qu'on leur prodigue.

Je crois donc que de même que, chez ces individus, le rétablissement des fonctions génitales réveille les fonctions du système nerveux sensitif et intellectuel, de même chez l'individu qu'on vient  de masser, l'aptitude dont il se sent capable provoque en lui des idées heureuses, ce sentiment de bien-être que tous les auteurs ont dépeint.

 

CHAPITRE II.

Retour à l'index EFFETS THÉRAPEUTIQUES DU MASSAGE ; SES INDICATIONS.

 

J'ai tâché dans le chapitre précédent de démontrer que le massage a une influence à la fois directe et indirecte sur toutes les fonctions physiologiques. Son action s'étend : 1° sur les fonctions de la vie organique végétale ou nutritive ; telles sont la digestion, l'absorption, la circulation, la respiration, les sécrétions et la nutrition proprement

 

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dite ; 2° sur les fonctions de relation, telles sont l'innervation, la locomotion, les sensations, et enfin, les fonctions animales ou de génération.

Si, au point de vue physiologique, on peu, au moyen du massage, exciter, exagérer les diverses fonctions de la vie organique et de relation, ne peut-on pas utiliser ce moyen dans un but thérapeutique pour les affections portant sur l'économie toute entière, telles que les maladies dits en pathologie maladies générales ?

Ne peut-on pas également, au lieu de faire un massage général, ne faire que celui d'une partie seulement, en insistant sur telle ou telle manoeuvre particulière, et de modifier de la sorte, ici, spécialement les fonctions cutanées ; là, les fonctions musculaires ; ailleurs, les fonctions synoviales tendineuses ou articulaires, etc. ? La réponse n'est pas douteuse. D'ailleurs, le praticiens les plus recommandables, les auteurs les plus éminents, même ceux de nos jours, ont conseillé plus d'une fois nominativement le massage ; d'autres fois, ils se sont contentés, tantôt de conseiller des frictions, tantôt des mouvements, tantôt des pressions, tantôt des percussions, tout autant de manoeuvres dont l'application simultanée constitue, ainsi que j'ai eu l'occasion de le dire plusieurs fois, l'opération du massage.

Peu importe que l'action de ces manoeuvres ait été expliquée physiologiquement, ou bien que, sans se rendre compte d'une pratique usitée depuis les temps les plus reculés, on ait obéi aux habitudes populaires en envoyant son client se faire masser, le fait