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La chronologie des massages issue de Le Massage Ed. Rueff et Cie, Editeurs en 1894 Fiche technique de Georges Berne et Dujardin-Beaumetz.

On constate dans l'histoire des massages un ensemble de chronologie, de datation, d'estimation, qui nous sont proposées. Celle-ci nous vient du livre de Georges Berne, Le Massage, de 1894 que vous trouverez à la bibliothèque du CFDRM.
Georges Berne et Dujardin-Beaumetz développent un tableau chronologique des massages que nous vous restituons fidèlement avec l'intégralité du premier chapitre qui en traite.
Il est à noter que Berne est également à l'origine d'un Tableau des différentes techniques utilisables. L'étape suivante consistera à mener des travaux de recherches sur chacune de ces périodes et sur les ouvrages qui traitent du massage.
Voir aussi : - Tableau chronologique depuis les origines du massage par Alain Cabello le Dimanche 1 novembre 2009. 

Chronologie selon G. Berne p.3 Le Massage.

Note interne du CFDRM

Personnes citées dans ce chapitre : Père Amiot ; Yn-Kang-Chi ; Fou-Hi ; P. de Prémare ; Hoang-Ti ; Herodikos ; Hippocrate ; Antillos ; Oribase ; Athoeneous ; Asclépiade ; Celse ; Galien, Symphorien Champier ; Charles VIII ; Louis XII ; Ambroise Paré ; Laurent Joubert ; Meibonius ; Guillaume du Choul ; Paullini ; Nicolas Andry ; C. J. Tissot ; Barthez ; Weber ; Pierre-Henri Ling ; John Barklay ; Dujardin-Beaumetz ; Balfur ; Pravaz ; F. Werner ; J.-A.-L. Werner ; Marotte ; Von Mosengeil ; Reclam ; Blache ; Lebâtard ; Estradère ; Norström ; Léon Petit ; Gilles ; Jennings ; Massy ; Dally ; John Pugts ; M. Arbey ; Roulin ; Metzger ; Mercurialis ; Piorry ;

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Le Massage
D
r George Berne


Texte intégral du 1er chapitre de la p.3 à la p. 16
(Moins la préface)


HISTORIQUE.

Nous devons admettre, avec Dujardin-Beaumetz, que six périodes caractérisent l'application du massage :

1° La période primitive. {Tahiti, Mulgaradocks de la nouvelle-Hollande, les naturels de Île Tonga en Océanie, Sorciers africains}

2° La période chinoise {Cong-fou "livre chinois"}
San-Tsai-Ton-Houi (livre avec gravures sur les mouvements qui font la base de la gymnastique suédoise.)

3° La période hindoue. {Chamboning des Hindous (frictions et pétrissage des muscles}

4° La période grecque et romaine. {Hippocrate, Oribase}

5° La période Renaissance. {Guillaume Du Choul (Discipline des romains, 1555).
Mercurialis1.
Paullini.
Castelli (lexicon medicum).

6° La période actuelle. { Meibonius2, 1795. - Tissot3.
Lebâtard, Estradère, Mezger, Von Mosengeil, Norström.
École hollandaise, jeune école française actuelle procédant des pratiques hollandaises, allemandes, viennoises.
Nous l'appellerons volontiers la période anatomique, scientifique et électrique, représenté par nos contemporains.
Les procédés modernes, nés en France avec Lebâtard et Estradère, se sont développés à l'étranger, où nous avons dû les ressaisir pour les ramener en France, leur point de départ primitif.

1 (De Arles gymnastica (1573) (Il s'agit en fait de De Arte gymnastica de 1569 par Jérôme Mercurialis)
2 (flagellum salutis)
Note interne - Probablement De l’utilité de la flagellation dans les plaisirs du mariage et dans la médecine et dans les fonctions des lombes et des reins…, Traduit du latin par Claude-François-Xavier Mercier de Compiègne, Paris, 1795.)
3 (Utilité de la flagellation)

 

(Page 4)

1° Nous passerons rapidement l'histoire concernant la période primitive, sur laquelle on ne peut avoir que des données trop incertaines. Les Mulgaradocks de la Nouvelle-Hollande, les sorciers africain, les naturels de l'île Tonga, en Océanie, les habitants de Tahiti pratiquent et ont pratiqué, comme tous les peuples sauvages, une sorte de massage, de friction n'ayant d'autre guide que leur instinct.

2° C'est en Chine que sont conservées toujours vivantes les institutions primitives du genre humain ; c'est donc dans ce pays que nous devons, à propos de l'Historique du massage,  chercher nos premiers documents écrits.

La première mention d'un système de mouvements propres à entretenir la santé ou guérir les maladies date de l'époque préhistorique.

D'après le P. Amiot (Mémoire concernant les Chinois 1, p. 210), Yn-Kang-Chi (deuxième empereur avant Fou-Hi) faisait faire chaque jour de l'exercice militaire à ses sujets..... Cet empereur traitait aussi les maladies de ses soldats et entretenait en santé ceux qui se portaient bien.

Ce même Yn-Kang-Chi institua "les danses tournantes" appelées TA Vou (le P. de Prémare. Recherches sur les temps antérieurs au Chou-King 2). Un écrivain chinois de cette époque attribuait les maladies à "l'obstruction des humeurs" et précédait ainsi Hippocrate.

De tous les temps les exercices corporels ont donc été considérés en Chine comme le meilleur moyen de conserver la santé ou de l'améliorer quand elle était mauvaise ; le fondateur de la dynastie des Chang, 1766 avant notre ère, l'avait fait graver en ces termes :

"Renouvelle-toi complètement chaque jour, fais-le de nouveau, encore de nouveau et toujours de nouveau."

(1) Mémoire concernant l'histoire, les sciences, les Arts, les moeurs, les usages des Chinois (par les missionnaires de Pékin), 15 vol., Paris, 1776-1789. Publié à Paris chez Nyon, Libraire rue Jean de Beauvais vis à vil le collège.
Berne nous parle du fameux tome IV (1779) qui comporte la notice sur le Cong-Fou du Révérent Père Amiot et les planches décrivant celui-ci qu'a copié Ling. (disponible au CFDRMFiche technique )
(2) En fait il s'agit de Recherches sur les tems antérieurs à ceux dont parle le Chou-King le P. de Prémare.

 

( )Note externe à cet ouvrage, les pages 5, 6, 7, 8 et 9 Voir photos des planches d'Amiot Image comportent sur chacune, une planche de quatre personnages exécutant chacun une position de Cong-Fou censée prévenir ou soigner une pathologie.

 

(Page 10)
(Livre sacrés de l'Orient : la grande étude, p. 155 et 156).

On appliquait les mouvements rythmés au développement physique du corps ainsi qu'à la cure de certaines affections.

Vers la fin du XVIe siècle, dans une encyclopédie en 64 volumes intitulée San-Tsai-Tou-Hoeï, se trouve une collection de gravures sur bois représentant des figures anatomiques et des exercices gymnastique ; il y est question de massage, friction, pression, percussion, vibration et beaucoup d'autres mouvements passifs.

Ces différents mouvements étaient employés pour faire disparaître la rigidité des muscles, les contractions spasmodiques, les douleurs rhumatismales ; on les employaient aussi après la consolidation des fractures.

Le Cong-Fou, qui remonte au temps de Hoang-Ti (2698 avant l'ère chrétienne), est l'exposé d'une méthode thérapeutique qui consiste en trois parties :

1° Une partie comprend les diverses positions du corps ;

2° Une autre partie indique l'art de varier les attitudes ;

3° La dernière explique comment, durant la durée de ces positions et de ces attitudes, le patient doit respirer1.

 

Inde. _ La médecine parait avoir été étudiée dans l'Inde depuis un temps immémoriale. Atharva-Veda, le quatrième livre sacré, contient un traité de médecine intitulé : Ayur-Veda, qui n'est qu'un traité d'anatomie et d'embryologie. On y recommande aussi l'exercice corporel, les frictions, le massage.

L'ouvrage de Susruta n'est que le développement de la partie chirurgicale de l'Ayur-Veda ; la rédaction de ce livre remonte au moins à mille ans avant notre ère ; il y

1. A titre de document  ethnologique curieux, nous donnons ici les 20 figures relatives à ce système. Nous les empruntons à l'ouvrage de Dally (Cinésiologie. Paris, 1859Fiche technique*)). Voir pages 5, 6, 7, 8, 9.

*) En fait, la 1ère éd. est de 1857 et ces planches proviennent en réalité de l'édition d'Amiot de 1779 Fiche technique, ce-sont elles qui ont inspiré Ling pour élaborer son Système de gymnastique suédoise, voir ces gravures. Nous n'avons pas mis en ligne ces gravures pour en permettre la comparaison mais si nous les regardons plus en détail nous voyons que le travail est moins fidèlement restitué et elle se détériore encore davantage à l'impression de la 6eme éd. Fiche technique que nous avons aussi.


(Page 11)
est parlé de frictions, massages et pressions, contre le rhumatisme chronique. Il s'occupe aussi des mouvements passifs et des exercices corporels qui sont toujours précédés de frictions de malaxations, de pincements et de torsions portant sur les muscles et appliqués d'une façon méthodique. Ces mêmes manoeuvres sont répétées après les exercices corporels.

Ces manipulations sont employées non seulement chez les sujets sains, mais encore contre certaines maladies.

Grecs et romains. _ Chez les grecs, le médecin Herodikos fut le premier à instituer la gymnastique médicale (Herodikos était le maître d'Hippocrate).

Hippocrate donna une base scientifique aux principes donnés par son maitre. Ses prescriptions furent misent en pratiques par les médecins les plus célèbres de la Grèce et de Rome (Antillos, Oribase, Athoeneous, Asclépiade, Celse, Galien). Galien admettait neuf modes différents de massage.

La renaissance ne se signale guère par des travaux spéciaux sur la question (de 1450 à 1600).

Nous noterons simplement les travaux de Paullini.

Symphorien Champier, médecin de Charles VIII et de Louis XII, publie en 1512 un ouvrage intitulé : Rosa gallica agregatoris Lugdunensis.

Dans la première partie de cet ouvrage, il démontre que les exercices sont très utiles à la santé.

Ambroise Paré (1575), dans ses oeuvres, consacre un chapitre à la l'application du mouvement à l'hygiène ou aux exercices actifs ; il s'occupe de la friction, qui dit-il, peut être "dure, molle ou médiocre".

En 1582, Laurent Joubert publie un ouvrage dont la première partie porte le titre suivant : De gymnasiis et generibus exercitationum apud antiquos celebrum."

Il s'occupe dans cette première partie, non seulement

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des exercices actifs, mais aussi des mouvements passifs, des
frictions.

Cet ouvrage de Joubert n'est qu'une ampliation de celui du noble seigneur Guillaume du Choul, gentilhomme lyonnais, oeuvre publiée à Lyon en 1567 et intitulée : Discours des bains et antiques exercitations grecques et romaines."

 

Période moderne. _ En Allemagne, Hoffmann publie en 1718 un traité de médecine qui contient un chapitre consacré à la gymnastique médicale, comprenant les mouvements actifs et les mouvement passifs.

Il indique l'exercice comme le moyen le plus hygiénique de conserver la santé. Il le recommande comme le meilleur moyen d'entretenir et d'activer la circulation du "fluide vital".

Il appliquait les exercices comme moyen thérapeutique, contre l'inappétence, contre l'hypocondrie, la phtisie, l'ictère. Il parle aussi de mouvements communiqués ou passifs.

L'impulsion une fois donnée, l'idée fut poursuivit par un grand nombre de médecins, et alors on vit se succéder en Allemagne un grand nombre de traités sur ce sujet.

En France, le fondateur du mouvement de la doctrine appliqué à l'hygiène et à la thérapeutique fut Nicolas Andry, doyen de la faculté de médecine de Paris (1658-1742).

E. Andry se montra le plus ardent propagateur de ces méthodes. Il rédigea une thèse académique qu'il fit soutenir deux fois à vingt années d'intervalle (1723 et 1741).

En 1741 il publia lui-même un ouvrage  ayant pour titre : L'orthopédie ou l'art de corriger dans les enfants les difformités du corps, le tout par le moyen  à la porté des pères et des mères et des personnes qui ont es enfants à élever Fiche technique.
(Page 13)
En 1781 parut le livre du médecin français Clément-Joseph Tissot, intitulé : Gymnastique médicale 1, ou l'exercice appliqué aux organes de l'homme, d'après les lois de la physiologie, de l'hygiène et de la thérapeutique Fiche technique.

Barthez et les frères Weber publièrent des travaux importants sur la gymnastique rationnelle et le mécanisme du mouvement.

En 1794, John Pugts écrivit un traité ou The science of muscular action. En 1808, John Barklay  publie une étude intitulée : The muscular motion of the human body ; il y cite un cas de contracture rhumatismale du sterno-mastoïdien rebel à tous les autres traitements et qui fut guérit par percussion.

En Suède, Pierre-Henri Ling né en 1776, contribua à rappeler l'art de la gymnastique.

En 1813, il obtint la création de l'Institut central gymnastique de Stockholm , dont il fut nommé directeur ; c'est surtout la gymnastique médicale qui fut de la part de Ling l'objet d'études spéciales. Le système de Ling est absolument semblable à celui de Tao-sée, mais il est moins complet.

Son mérite est d'avoir remis en honneur une méthode thérapeutique absolument abandonnée depuis des siècles.

C'est de l'Institut de gymnastique fondé à Stockholm par Ling que sont sortis les médecins qui ont introduit la gymnastique rationnelle à Londres, Saint-Pétersbourg, Berlin, Vienne et Dresde.

A partir du XIXe siècle, les ouvrages publiés sur le sujet sont nombreux :

Essai sur l'attitude et la position, thèse inaugurale de M. Arbey (Paris 1816).

Propositions sur les mouvements et l'attitude, par Roulin (Paris, 1820).


1) Note interne Concernant le livre de Tissot, se n'est pas médicale mais médicinale. En fait, il a peut-être pris l'information dans la thèse d'Estradère, Du massage de 1863 Fiche techniquepage 28, à moins qu'il l'ait lui-même eu pour source le livre de Dally dans sa Cinésiologie Ed. Librairie Centrale des Sciences, de 1857 Fiche technique, page 84 et 248 il fait la même erreur.


(Page 14)
Dans la suite nous trouvons grand nombre de publications :

Illustrations of the power of compression and percussion in the cure of rheumatism, gout and debility of the extremities and in promoting health and longevity (Balfur 1).

Méthode nouvelle pour le traitement des déviations de la colonne vertébrale (Pravaz. Paris 1827) Fiche technique.

Le Dr F. Werner publia en 1837 un ouvrage intitulé :
Premier rapport sur l'établissement d'orthopédie de Koenigsberg de 1826 à 1836.

En 1838 J.-A.-L. Werner, directeur de l'établissement d'orthopédie du duché d'Anhalt-Dessau, publie un ouvrage intitulé : Gymnastique médicale, art de corriger les vices de conformation et de rétablir la forme  et les proportions du corps humain d'après les principes de l'anatomie et de la physiologie. Cet ouvrage, après avoir parlé des différents exercices propres à amener un parfait développement du corps, donne la description d'appareils destinés à corriger les courbures de la colonne vertébrale.

Au congrès des savants naturalistes et médecins allemands tenu à Vienne du 16 au 22 septembre 1856, M Reclam, de Leipsig, a traité de l'influence des mouvements du tronc sur la circulation, la respiration et l'évacuation des matières fécales.
(Phrase que l'on retrouve in-extenso page 558 de l'ouvrage de Dally la Cinésiologie de 1857 TDM Fiche technique)

Piorry, dans son Traité de médecine pratique (t. XI, Paris 1847), conseille la friction abdominale avec pression dans le cas où les gaz développés dans l'intestin refoulent en haut du diaphragme.

En 1855, Blache présente à l'académie de médecine un traité intitulé : Du traitement  de la chorée par la gymnastique.

La gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie du 12 septembre 1856  rapporte l'observation d'un calcul biliaire retenu dans l'intestin  grêle, où il a déterminé des

1) Il s'agit de Balfour.

(Page 15)
symptômes d'étranglement interne qui ont rapidement cessés à la suite de la palpation abdominale.

Cette observation publiée par M. Marotte, est particulièrement intéressante par les conclusion qu'il tire de ce fait : "Pourquoi, dit-il, ne pas pratiquer dans un but thérapeutique une manoeuvre qui n'a été employée, dans ce cas, que dans le but d'établir le diagnostique ? Si pareil cas se représentaient, ne serait-il pas rationnel, non pas de palper le ventre, mais de le malaxer en quelque sorte avec précaution ?"

Metzger, né à Bonn (Prusse Rhénane), où le professeur Von Mosengeil(1), son très savant élève, m'a enseigné toutes les pratiques du maitre, qui exerçait à Amsterdam à cette même époque, à part une courte notice sur le massage des entorses, n'a presque rien publié, laissant aux adepts de la méthode le soins, dans l'avenir, d'en vulgariser les différents succès.

Malgré son caractère d'éclectisme, le présent livre procède presque entièrement de ces mêmes méthodes de l'école de Bonn adaptées aux progrès incessant réalisés par la massothérapie, tant en France qu'à l'étranger.

Ainsi qu'on a pu s'en convaincre, le massage, longtemps pratiqué uniquement par les rebouteux ou les empiriques entre les mains desquels il donna des succès entremêlés de désastres, fut considéré comme indigne d'attirer l'attention des médecins.

Depuis un demi-siècle, il fut pourtant appliqué par de courageux praticiens, dont la tentative donna de remarquables résultats ; il entra dès lors dans une phase scientifique et peu à peu les médecins français, frappés des succès obtenus par leurs confrères de l'étranger, se sont résolus à ne plus le considérer comme un moyen thérapeutique indigne d'eux. Quelques-uns se sont mis à le pratiquer exclusivement, et on peut dire que, de nos jours,
(1) Il veut dire Von Monsengeil.
(Page 16)
il a pris le droit de cité dans la thérapeutique journalière.

En France, les travaux d'Estradère, de Norström, de Léon Petit, de Weber, de Gilles, de Jennings, de Massy ont grandement contribué à vulgariser l'étude de la massothérapie.

Nous devrions faire une mention particulière des oeuvres d'Estradère, de Petit et de Norström, dont les travaux sur le massage comptent parmi les plus importants et les plus remarquables.

Le chapitre II s'intitule "Physiologie" Quels sont les effets du massage ? _ Quelles réactions peut-il produire dans l'organisme ?

 

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