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Page créée le : vendredi 5 juillet 2013, terminée le : dimanche 7 juillet à 12:38, affinée jusqu'au : mercredi 10 juillet, 19:04 ; modifiée le : mardi 25 août 2015, 22:57
Mots clefs : Histoire du massage en Égypte ; le massage en Égypte ; prêtre-médecin ; masseur ; pédicure ; manucure ; réflexologie
Noms propres : CFDRM de Paris ; Nathalie Lienhard ; Richard-Alain Jean ; Thierry Benderitter ; Alain Cabello ; Hippocrate ; Émile Littré ; Ikhékhi ; Ankhmahor ; Charles Mathien ; Victor Loret ; Galien ; Côs ; Niankhknoum ; Khnoumhotep ; Cnide ; Grèce ; Esculape ; Asclépiade ; Égypte ; Moba ; Togo ; Bamana ; Dogon ; Mali ; Daza ; Niger ; Estradère ; Alpinus ; Claude-Étienne Savary ;
Dossier associé : Les superviseurs des manucures du palais
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L'intrigante histoire du papyrus du web...
OU
Sur la trace des massages dans les tombeaux d'Ikhékhi et d’Ankhmahor en Égypte il y a 4300 ans.

Par Alain Cabello-Mosnier.
P/O le
CFDRM
Libre de droits non commerciaux.

 

Rédigé à Paris le : vendredi 5 juillet 2013

 

Pour le CFDRM de Paris, je me suis penché sur cet étrange document anonyme que je voyais circuler sur le web depuis de nombreux mois comme témoignage de l'existence par l'image de l'art du massage en Égypte.

Pas de date, pas de lieu, pas de numéro de lot, pas de nom, aucune indication ne l'accompagnait jamais, pourtant, ce papyrus présentait un aspect étrangement lisse et des couleurs irréprochables au vue de son ancienneté supposée.

Le 3 Juin 2013, j'ai donc décidé de mener ma petite enquête et j'ai contacté Ingénieur de recherches à l'Université Paris- Sorbonne Paris IV, également Responsable de la Bibliothèque du Centre de recherches égyptologiques de la Sorbonne (CRES ). Elle ne disposait pas d'éléments lui permettant de dater exactement cette pièce d'archives mais son avis n'en était pas moins autorisé pour m'affirmer qu'elle était d'époque contemporaine, inspirée des scènes gravées dans les mastaba Information ouverte dans une nouvelle page de l'Ancien Empire Égyptien.

L'étude, cette ascèse de silence dans une communauté de mémoire.
Tout chercheur reste un amoureux inconditionnel de la source et mieux encore, de sa communication. Une source que l'on tait a pour jambes la supputation de la culture de l'homme qui la cite. La nature de nos écrits ne suffit-elle pas à élaborer cette culture déduite de ce que l'on emprunte aux autres ? Faire des associations, des rapprochements, colliger ses propres connaissances au service d'un sujet, voilà qui est assez, pas besoin de plagier. Ma désillusion était donc pondérée par l'afflux de questions qui se posaient à moi, mais lorsque l'on voue sa vie entière à rechercher des traces tangibles de
massage dans les décombres d'époques aussi reculées, on rêve secrètement à la pièces rares, mais quoi, la vérité ne vaut-elle pas mieux lorsqu'elle s'étaye à la lumière fascinante de l'étude ? L'étude, cette ascèse de silence dans une communauté de mémoire. L'ambition de rendre le savoir accessible à tous n'est-il pas préférable à la supposition de quelque chose qui n'est pas ? Et puis, les énigmes sont la garantie de l'emploi des chercheurs...

Notre fichu papyrus était donc récent mais bien des questions restaient en suspens, quel était l'auteur de ce montage ? Était-il le fruit de l'imagination d'un amoureux de l'Égypte ou provenait-il même partiellement d'un autre papyrus, authentique celui-là ? Si sa reproduction reposait sur un original alors quel en était le numéro de lot, sa date, sa localisation, les hiéroglyphes mentionnaient-il le nom de quelqu'un, une pratique ? Pas de réponse, me fallait-il me coiffer d'un chapeau d'égyptologue et partir sous le soleil à la recherche des pyramides contenant l'histoire d'une pratique que j'interroge depuis des années maintenant ? Heureusement, l'avenir me permit de rester dans mon bureau.

Sur la trace des massages dans les  tombeaux d'Ikhékhi et d’Ankhmahor en Égypte il y a 4300 ans.

Le mercredi 3 juillet 2013, sur les recommandations d'un de mes récents contacts sur Facebook, j'entre en relation avec Richard-Alain Jean auteur de À propos des instruments médico-chirurgicaux métalliques égyptiens conservés au musée du Louvre, Ed. Cybele, Paris, 2012 TDM Fiche technique. Je lui parle de mon activité au CFDRM de Paris et lui demande s'il n'aurait pas quelques infos sur la place du massage en Égypte.

Sur la page Facebook du CFDRM (Observatoire des massages), j'avais publié mes premiers résultats de recherches sur ce papyrus et justement il m'apprend que non seulement il parle bien succinctement de massage dans son ouvrage p. 25 mais que la photo qu'il présente p. 26 correspond à notre planche égyptienne...

Ainsi donc, en guise de papyrus, fragile, friable, ce montage n'était pas fait de papier mais de pierre et il provenait du tombeau (ou mastaba Information ouverte dans une nouvelle page) d’Ankhmahor Information ouverte dans une nouvelle page, un des vizirs (en fait un tjaty mais sur la fig 27 il est écrit mastaba du médecin Ankhmahor) du pharaon Téti qui règne de -2323 à -2291 avant J.-C. de la VIe dynastie à Saqqarah , porte de la salle 1 à la salle 6 (côté est). Vous avez bien lu, ce n'était donc pas la copie moderne d'un ancien rouleau fait de superpositions de tiges de papyrus comme me l'avait confirmé Madame mais bien un bas-relief sculpté dans la pierre en provenance d'une chambre mortuaire égyptienne dont je vous restitue, pour la première fois dans l'histoire du massage, l'origine.
Notre papyrus grossier, de provenance douteuse qui perdait tout intérêt de recherche n'était autre que le calque des murs de la mort elle-même. Leçon numéro un, pas de jugement de valeur, une source est une source dont la remontée du cours permet de gagner en transparence.

A la page 26 de À propos des instruments médico-chirurgicaux métalliques égyptiens conservés au musée du Louvre, par Richard-Alain Jean, Ed. Cybele, Paris, 2012 TDM Fiche technique nous avons la figure 28 a et b, Divers soins, mastaba Information ouverte dans une nouvelle page d’Ankhmahor Information ouverte dans une nouvelle page, porte de la salle 1 à la salle 6 (côté est), Saqqarah, VIe dyn. (Capart (1877-1947) , Charles Mathien 1907 Ouvrage en ligne sur un autre site.pdf).

Je vous superpose ci-dessus les deux images pour la première fois en provenance de la même scène mais inversée. Nous parlons-là de celle du bas-relief de droite. Vous voyez la main sous l'aisselle du dernier personnage de droite se retrouve sur notre papyrus à gauche.

Ensuite je vous en propose ce petit montage ci-dessous en vue de circuler sur le web ou sur vos sites, cela donne une très belle perspective de l'original à la reproduction tout en datant la pièce et en citant les sources :

 

Que nous disent ces défunts clients et masseurs de leur pratique ?

Soyons clair, si notre papyrus vient bien de ce mastaba, rien ne nous prouve que nous avons vraiment devant les yeux un massage dans cette séquence mortuaire... Selon Richard-Alain JEAN, pour les anciens, ces scènes représentaient une "perspective de vie dans l'au-delà" et là où nous, nous ne voyons qu'un "monument de mort" pour eux, c'était davantage perçu comme un "monument de survie". Ils représentaient ce qu'ils avaient besoin d'avoir au-près d'eux et la médecine en faisait partie.

La tombe d’Ankhmahor Information ouverte dans une nouvelle page fut découverte par Victor Loret en 1899, et baptisée "Le tombeau des médecins" en raison des scènes de circoncision, d’embaumements, de pharmacologie et ici, peut-être, de "réflexologie ou de pédicure" qui figurent de part et d’autre du passage reliant la première chambre à la salle à piliers.

Dans le cas présent, faute de textes qui nous le spécifient, nous en sommes réduit à déduire la scène de massage d'un panneau tout-de-même explicite. La question n'est d'ailleurs pas de savoir si l'Égypte connaissaient l'art du massage car à cela on peut répondre par l'affirmative, mais là où ça se complique c'est lorsqu'on tente de savoir quelle en était l'étendue, dynastie par dynastie, et dans le cas présent, quelle en était la pratique sous la 6eme dynastie ?  Ici nous avons une début de réponse mais il est bien sûr absolument impossible de tout définir à l'aune d'une exactitude moderne. Pour vous donner une idée de la difficulté d'accès à ces périodes, ici nous sommes sous le règne de Téti vers -2323 à -2291 avant J.-C., soit 2000 ans avant Hippocrate (né vers -460-377), pourtant, Émile Littré aura besoin de 22 ans pour mettre de l'ordre dans l'effroyable chaos de bribes de textes qu'il nous restait, même Galien, 600 ans plus tard, aura du mal à s'y retrouver et le dialecte ionien Information ouverte dans une nouvelle page dans lequel le Maître de Côs écrivait lui semblait déjà abscon. Voir aussi l'observation de Thierry Benderitter écrit sur son site (2) à la question numéro 1.

Concernant notre papyrus, aucun élément hormis le visuel dont nous disposons ne vient étayer la présence effective d'un massage, ça reste une thèse, mais comme toujours, on en est réduit à travailler par rapprochement. Il semble qu'à cette période ils connaissaient la manucure, un symbole pourrait même lui être associé, (je parle au conditionnel et après de nombreux échanges avec R.-A. Jean) le signe hiéroglyphique ci-contre, représentant la partie antérieure d'une patte avec des griffes serait en mesure de correspondre à la désignation de personnes s'occupant des ongles et donc des manucures mais encore une fois, tout cela reste ouvert et très discuté.

Leçon de grammaire égyptienne

Hiéroglyphe désignant la manucure avec l'oeil = jret et la griffe 'nwt. Il provient du mastaba de Niankhknoum et de Khnoumhotep Fiche technique

Jrw-'nwt, en égyptien avec l'oeil et la griffe, donnerait (manucure). En gros et pour faire vite, l'oeil = jret (à lire iret) sert à écrire le verbe jrj (lire iri) = "faire, agir" qui peut donner jriw (lire iriou) "celui qui fait", et désigner ici le préposé aux ongles ('nwt), donc une personne qui "fait les ongles", bon c'est un peu raccourci mais c'est en gros l'étymologie de l'expression "manucure" en égyptien.

De plus, selon Richard-Alain Jean, il semblerait bien que les égyptiens intervenaient sur les muscles par le biais de pommades, d'onctions et cela passe par le massage, muscle en égyptien se dirait mtw (lire métou) = muscle. Donc, soins musculaire et onctions sont le cocktail de base de l'apprentie masseur ; manucure, soins des mains passent par le plaisir, le bien-être par le massage.

En même temps, sur ce panneau, nous avons bien un homme officiant sur le pieds et les mains d'un autre, que fait-il avec ? Peut-on envisager qu'un simple soin soit gravé sur les murs d'une tombe ? La manucure était-elle assez importante pour y parvenir et peut-on envisager un manucure sans que le raffinement de l'acte aboutisse à un massage ? Les égyptiens passent pour être un peuple assez sensuel, leur art a fasciné le monde, le massage en est un, si une scène de manucure à pu arriver jusque dans l'intimité d'une sépulture alors pourquoi l'art bien plus complet du massage avec tout ce qu'il entend de soins, de relaxation mais aussi de plaisirs plus sensuel, sexuel resterai-il à sa porte ? Le massage n'est-il pas justement un grand art au point qu'on souhaite l'emmener avec soi dans l'au-delà pour que cela se poursuive ? Le dernier argument que j'utiliserait c'est qu'au vue de l'importance de la médecine dans cette tombe il semblerait plus plausible que le massage ait été utilisé à des fins thérapeutique aisée à découvrir (être allongé, malaxer par quelqu'un, choyé).

 

Fig. 28, droite.

Nous commencerons par disséquer la partie la plus visible du bas-relief : Fig. 28, détail de droite.

Dans l'hypothèse qu'il s'agit d'un massage.
Le personnage que nous appellerons axillaire, à l'extrême droite du bas-relief se retrouve à gauche de notre montage contemporain et dans l'angle gauche de la sculpture, à bien y regarder, on voit bien le pied, croiser dans la pierre, la main du second, c'est très beau.
La position aussi est étrange, l'un derrière l'autre, la couleur des corps intrigue également mais est-ce l'agencement habituel pour ce genre de représentation ? Est-ce de la symbolique, que contient-elle, cela a-t-il un sens caché ? On dirait que le massé veut toucher le dos du masseur mais si l'un masse, cela place l'autre dans une position hiérarchique qui anéantie probablement toute possibilité que l'autre lui rende la pareille.
A mon sens, il s'agit d'avantage d'un soin rituel au vu de la formulation convenue des corps en représentation et non une scène de la vie quotidienne et oisive d'un dignitaire égyptien. Cette sépulture ressemble à un livre de médecine de pierre enfermant son patient à jamais dans la minéralité de ses pages tout en nous révélant les soins qui lui étaient prodigués.
Le personnage opérant doit être un prêtre-médecin comme nous en retrouvons mention chez Émile Littré, dans ses Oeuvres complètes d'Hippocrate 1839-1861 1ère Ed. Fiche technique en 10 volumes, tome 1, chapitre 1 page 5 lorsqu'il cite en Grèce ces collèges des prêtres-médecins qui desservaient les temples d'Esculape, et que l'on désignait sous le nom d'Asclépiades. « La médecine égyptienne était exercée par des prêtres ; elle appartenait à une certaine fraction de la classe sacerdotale. Il en fut de même dans l'organisation primitive de la Grèce, qui reçut de ses premiers instituteurs, les Égyptiens, un établissement social longtemps (p.43) marqué du sceau de sa première origine ; et là, comme sur les bords du Nil, les prêtres se chargèrent du soin de la santé des hommes. ». Ici, le dialogue ou l'articulation entre ces deux civilisations qui ont tellement échangé l'une avec l'autre au point qu'elle finissent par se confondre, est notable et très intéressante à observer. Ptolémée I Sôter roi d'Egypte fut un Grec et Ptolémée II sera le premier à porter le titre de pharaon d'Egypte. Les deux médecines sont tout autant imbriquer et l'ancienneté de l'une irrigue les écoles de Cos et avant elle, celle de Cnide. Hippocrate parle de massage et l'Égypte l'a pratique aussi, ce somptueux témoignage n'est d'ailleurs pas le seul dont nous disposons mais il apporte une lumière particulière sur l'importance qu'elle lui accordait dans un protocole de soins au point de le graver dans la roche, dans la tombe d’Ankhmahor Information ouverte dans une nouvelle page un des vizir (en fait un tjaty) du pharaon Téti (-2323 à -2291 avant J.-C.) de la VIe dynastie à Saqqarah .

 

Étude de la partie la plus abîmée du bas-relief : Fig. 28, détail de gauche.

Ici nous avons toujours cette inversion de l'image contemporaine de cette porte traduite sur un papyrus moderne. Les genoux sont en vis-à-vis et le masseur est celui que l'on voit le mieux. Regardez comme ses mains couvrent jusqu'au poignet celle de son massé, et, provenant du fin fond de l'antiquité, prenez le temps de scruter les détails des doigts desquels se détache même le pouce. Ils se rejoignent dans le grain quasi tégumentaire de la pierre travaillée par un de nos ancêtres, lui-même sculpteur-masseur, dont les ciseaux étaient le prolongement de ses doigts massant ce bloc jusqu'à se qu'il en fasse ressortir un prêtre-médecin ou un médecin-masseur de pierre, contemplé, décrit, 4300 ans plus tard, en juillet 2013, à 16:27 par un masseur-chercheur qui à son tour plongera dans la mort.

Que pratique ce masseur sur son client (maître) ? Lui oint-il les mains selon un rite bien précis, le soigne-t-il ? Pratique-t-il la réflexologie ? En tout cas, cela s'y apparente bien.

 L'autre panneau est plus abscon, le personnage assis semble avoir deux masses, une située sur son sexe, l'autre à ses genoux. Il me plait d'y voir un oreiller. Guillaume J. H. J. B. Le Gentil de la Galaisière, dans son Voyage dans les Mers de l'Inde, Ed. Imprimerie Royale EO de 1779 - 1781 sera un des rares auteurs du 18eme siècle à écrire sur le massage et il poursuivra dans le tome 1er Fiche technique, page 130 ses masso-commentaires par un quasi petit traité des oreillers en Inde, alors, peut-être qu'ici... L'homme semble aussi ici lever les deux bras mais malheureusement il nous manque la suite de la vue, il nous faudrait vraiment des plans larges et quelque chose de bien plus précis.
A gauche, même perte du deuxième personnage mais le premier est très lisible, son bras coudé tient se qui parait être le bras de son vis-à-vis, peut-être pour une manipulation, un massage ?

Fig. 27

Le panneau de la figure 27 toujours issu du même mastaba est le plus abîmé mais au vu de ce que nous avons de ces périodes il constitue une autre merveille.
Un homme se penche et travaille le genoux d'un autre assis dont la main semble venir à la rencontre du bras de son "masseur ?". Les deux bras d'ailleurs semblent tendre vers lui, est-ce un massage ? Ne pourrait-on pas y voir une scène de gymnastique ? Petit détail intéressant, c'est que, contrairement aux autres figures, cet homme n'est pas assis par terre mais sous ses fesses est glissé un petit siège... Un intermédiaire tellurique qui pourrait bien constituer un nouveau mobilier possible à intégrer au set du masseur.
A droite, ce-sont deux personnages l'un derrière l'autre peut-être en vu de lui masser le dos. Par contre, l'angle que forme le haut de la prise de vue semble correspondre à celui d'un bloc de pierre à moins que ce ne soit qu'un effet d'ombre.

 

 

La nature du texte hiéroglyphique

Au-dessus des quatre personnages de la Fig. 28 à la Ligne claire façon Tintin nous avons ce qui rend l'Égypte mystérieuse, des hiéroglyphes. La traduction que j'en ai trouvé serait “Ne me fais pas mal”, ce à quoi le praticien répondrait : “Je ferais en sorte que tu me remercies”. Richard-Alain Jean trouve la retranscription assez plausible et ça se rapproche assez du “Avant tout ne pas nuire (primum non nocere Information ouverte dans une nouvelle page)“ d'Hippocrate. Cette traduction que j'ai trouvé sur un blog secondaire citait comme source un Institut de Papyrus au CAIRE, seulement il n'existe pas d'institution égyptiennes portant ce nom et disposant d'un vrai fond d'archives de papyrus de valeur et dûment répertorié. L'officine qui revient le plus souvent avec cette appellation est celle d'un certain Dr Ragab, en fait, au vu de la nature-même des sites auxquels il est associé et de la teneur de ces productions, on peut en déduire qu'il s'agit probablement plus d'un marchand que d'un Docteur proposant d'honorables faux sur fibre de bananiers plutôt que ces pièces beaucoup plus rares que certains érudits persistent encore à retranscrire sur de vraies feuilles de papyrus.
Ce qui me stupéfie le plus c'est qu'il ne semble pas exister de base de donnée contenant la traduction de chacune de ces pièces et disponible du web.

 

Un papyrus pour deux tombeaux...

L'autre grande découverte de ce fabuleux site, c'est que par de-là le temps il nous en dissimulait un second, toujours de la 6e dynastie . C'est juste stupéfiant et je suis heureux de tomber sur cette pure merveille qui ne semble pas avoir eu les faveurs des dessinateurs du mystère égyptien à l'eau de rose avec ce magnifique panneau en provenance du mastaba Information ouverte dans une nouvelle page de Ikhékhi, (haut personnage de la 6e dyn. ) à Saqqarah  (Capart (1877-1947) , Charles Mathien 1907 Ouvrage en ligne sur un autre site.pdf). Je souhaite vous le communiquer probablement pour la première fois au sein d'un document grand public dédié à l'histoire du massage.

Regardez ci-dessous la finesse du mouvement allant vers l'autre de la figure 29 de toute beauté avec la finesse de la prise en mains de ces pieds niellés d'ombres. Ce bas-relief est d'autant plus extraordinaire qu'on ne sait pas grand chose de ce Ikhékhi, je vous présente quelques sources que m'a aimablement communiqué Richard-Alain Jean pour éclairer mes lanternes en bas de page (1).

Ce que ces tombes permettent c'est de restituer la proximité des corps et l'association que l'on semble pouvoir faire avec le massage. Les figures de la page 26 publiées avec l'autorisation de l'auteur mettent en scène "divers soins" dans un contexte "chirurgical" ou tout du moins médical mais la fig. 27, nous dit Richard-Alain Jean, « peut très bien être interprétée comme des scènes de massage : on voit très distinctement un homme assis s'occupant d'une jambe (à gauche) - puis, un autre homme s'occupant du dos d'un patient (à droite) ».

Fig. 29

Lors de ce travail sur ce papyrus, ce n'est pas un texte que j'ai trouvé, c'est une pièce d'archives que mes recherches m'ont révélées être fausse et pleine de désillusion et qui m'a pourtant finalement mené dans une tombe qui en cachait une autre, gravées sous le règne de Téti (vers -2323 à -2291 avant J.-C.). Ce qui me plait dans ce clin d'oeil de l'histoire, c'est que ce caveau était celui d'un vizir (en fait un tjaty) qui se faisait masser par un praticien qui continue à communiquer avec nous à travers les âges avec le masseur-copiste que je suis au 21eme siècle.

Le terme de vizir est anachronique pour cette période de l'Égypte ancienne mais ce qui est amusant c'est que selon le dictionnaire de langue arabe Lisân al-'arab , le mot wazîr a la même racine que le verbe arabe wazara/yaziru qui signifie « porter ce qui alourdit son dos », ce qui pourrait être une raison de se faire masser...

 

Ici, un tombeau contenait un massage mais ce massage contenait lui-même un tombeau.

Je soulève la pierre tombale de cette crypte comme on entre dans un caveau millénaire, et la pierre se révèle en écriture, en image d'hommes qui avaient vécus jadis et desquels il ne nous reste que des bribes, celles qu'enferment leurs sépultures. Elles était faite pour les Dieu, la voilà violée par des hommes et là, soudain, la pierre révèle un personnage qui dans un geste figé, le temps que celle-ci voudra bien le conserver, se qui s'apparente à un massage émerge de la 6e dynastie , le geste a durci dans la pierre, la pierre a conservée le mouvement d'un technicien du corps. Le tombeau contenait un massage.

Le massage contenait lui-même un tombeau.

Lorsque l'on s'ouvre à l'étude des gestes, lorsqu'on s'enfonce comme nous le dit l'Iliade "dans l'exécrable monde d'Adès " nous y retrouvons le lit du maître-d'oeuvre, un tjaty ancien pris dans la posture du massé. Car c'est bien le massage qui m'amène au confins de la terre des hommes, c'est lui qui me fait descendre à la porte d'Anubis (Anpu) et c'est dans la position du massé que chacun d'entre-nous rejoindra l'espérance d'un dieu, le nid douillet d'une philosophie ou comme moi, l'infinie reconnaissance d'avoir simplement été.

Le massé dans la position du mort, le mort dans celle du massé comme l'Afrique sait le faire au travers de massages thanato-morbides, les Moba du nord Togo, les Bamana ou les Dogon du Mali, les Daza du Niger... le massage contenait lui-même un tombeau.

 

Voilà, c'est un début, un travail sûrement incomplet mais il s'ajoute à d'autres déjà existant, bien peu et à d'autres à venir, nombreux. Nous manquons toujours cruellement de sources, de sites archéologiques mais ce que nous avons, aussi infime soit-il est toujours mieux que ce que nous avons irrémédiablement perdu.

 

Les questions en suspends

Il me reste quelques interrogations que je vous livre pelle-mêle :

  1. Certes il nous faudrait de plus grandes photos de ces portes sculptées, la représentation de la pièce dans l'espace ? Thierry Benderitter nous donne sur son site une intéressante indication de l'état global de ces tombes et de leur référencement général qu'on croit méticuleux, systématique et réuni dans une immense base de donnée : « Toutes les personnes qui s'intéressent aux tombes de l'Égypte ancienne savent que, à quelques exceptions près, elles sont inaccessibles de nos jours. Les remarquables volumes de Bertha Porter et Rosalind Moss ("le Porter & Moss") qui leur sont consacrés font référence, mais ils ne comportent aucune photographie.
    Une très faible proportion des tombes recensées dans le P & M ont été publiées avec une iconographie en couleur. Il existe bien quelques ouvrages accessibles au grand public consacrés aux tombes les plus célèbres, mais, en dehors de ceux-ci, les rares livres et revues sur le sujet sont souvent difficiles à trouver et chers.
    Ajoutons - et c'est un élément important dans notre réflexion - que bon nombre de tombes n'ont aucune chance d'être publiées en librairie, parce qu'elles sont trop endommagées, ou ne comportent pas de scènes spectaculaires. Pourtant certaines sont des merveilles pour l'amateur éclairé. » Lire
    http://www.osirisnet.net/why.htm
  2. Ankhmahor Information ouverte dans une nouvelle page, était-il un des vizirs du pharaon Téti alors que le terme ne semblait pas exister à cette époque ou un tjaty et si tel est le cas, alors pourquoi la fig. 27 mentionne "mastaba du médecin Ankhmahor" ?
  3. Ce vizir se faisait-il masser dans son quotidien alors qu'il était pratiqué, en avait le temps, les moyens ? Peut-on imaginer au vu du raffinement de cette cour qu'il ne fut que médical ou préventif ? Et le Pharaon qui régnait alors, se livrait-il aux mains expertes de masseurs ou de masseuses ? Et ces hommes, ces femmes, étaient-ils des prêtres, des prêtresses, des esclaves ? Téti fut-il massé ?
  4. Concernant le concepteur de ce papyrus contemporain, l'a-t-il peint pour avoir une représentation plus juste de ce que pouvait être la vie à cette époque ? S'inspire-il des travaux d'un(e) égyptologue ou est-il la production mercantile des ateliers d'un marchand ? Quel est le nom de celui qui l'a dessiné ?
  5. Quel sont les noms personnes ayant travaillé sur ces tombes et plus précisément sur les gravure présentent sur les pierres qui nous concernent ? Ces sites sont-ils sous scellés ou sont-ils encore étudiés ?
  6. Quels sont les ouvrages qui les citent ?

Ajout du mardi 25 août 2015, 22:57
Je retrouve ce soir cette autre version photo-montage versus féminine inspirée de la tombe d’Ankhmahor à Saqqarah
, porte de la salle 1 à la salle 6 (côté est) dont on peut observer la similarité des postures et des hiéroglyphes. (Sources Information ouverte dans une nouvelle page 2013)

 

Remerciements :
Tous cela représente pas mal de travail alors que je l'ai mené concomitamment avec mes travaux de masso-référencement de l'intégrale des Oeuvres complètes d'Hippocrate, par Émile Littré, 1839-1861 1ère Ed. Fiche technique en 10 volumes (petit clin d'oeil aux futurs chercheurs en massage pour leur dire qu'à ce jour, j'en suis au tome 1er, chapitre XII, page 295) mais rien de cela ne serait possible sans l'indispensable collaboration de chacun dans son domaine pour éclairer l'autre. Aujourd'hui, les arts, les sciences s'entremêlent, plus rien n'est cloisonné et même si des gens comme moi peuvent encore travailler dans la discrétion de leurs bibliothèques, c'est toujours en allant chercher ce que les autres ont écrit. Le CFDRM de Paris et moi-même faisons du mieux que nous pouvons pour nous rendre le plus possible accessible à ceux et de celles cherchant de la masso-information. A mon tour, je souhaite remercier :
Ingénieur de recherches à l'Université Paris - Sorbonne Paris IV, mais également Responsable de la Bibliothèque du Centre de recherches égyptologiques de la Sorbonne (CRES ) pour ses premières indications sur lesquelles se-sont fondés mes premières recherches.

Richard-Alain JEAN qui s'est vraiment très gentiment rendu disponible et je renvoie vers son ouvrage À propos des instruments médico-chirurgicaux métalliques égyptiens conservés au musée du Louvre, Ed. Cybele, Paris, 2012 TDM Fiche technique, je forme des voeux pour cette publication rejoigne les rayons de la bibliothèque du CFDRM au vu de l'intérêt qu'il a constitué pour l'élaboration de ce travail.

 

Sources

(1) Source sur Ikhékhi, par Richard-Alain Jean

Le Mastaba De Khentika, Balat Georges Castel, Laure Pantalacci
Balat VII - Les cimetières est et ouest du mastaba de Khentika - Oasis de Dakhla
Le mastaba de Khentika, gouverneur de l’Oasis à l’époque du pharaon Pépy II (vers 2200 av. J.-C.), est situé dans la nécropole antique de Qila‘ al-Dabba à proximité de la ville de ‘Ayn Asil où siégeait l’administration de l’Oasis à la fin de l’Ancien Empire. Deux cimetières secondaires se sont développés, à l’est et à l’ouest de ce mastaba, réservés aux tombes des proches du gouverneur et des fonctionnaires chargés de l’entretien de son tombeau. Ces tombes, une soixantaine, sont généralement individuelles et couvrent une période qui va de la construction du mastaba (sous Pépy II) à son abandon au début du Moyen Empire. Plus tard, à l’époque saïto-perse, quelques tombes collectives réoccupent les lieux.
L’ouvrage présente la publication exhaustive de ces tombes, la description de leur architecture comme de leurs occupants et du matériel associé, incluant des études anthropologiques, épigraphiques ou céramiques. Il offre ainsi une documentation nouvelle sur une catégorie sociale jusqu’alors bien moins connue que celle de l’élite enterrée dans les grands mastabas. Il montre aussi l’évolution des offrandes funéraires avec l’apparition des premiers simulacres d’offrandes. Un catalogue d’objets classés par matière permet, enfin, de suivre leur évolution durant la Première Période intermédiaire.

Georges Castel, Laure Pantalacci, Nadine Cherpion
Fouilles de l'Institut français d'archéologie orientale du Caire
Volume 2 de Le mastaba de Khentika : tombeau d'un gouverneur de l'Oasis à la fin de l'Ancien Empire : Balat V,
Institut français d'archéologie orientale, 2001
N. KANAWATI, A. HASSAN, The Teti Cemetery at Saqqara 2 : The Tomb of Ankhmahor, Aris & Phillips Ltd, Warminster, 1997. (SBN-10: 0856688029 ; ISBN-13: 978-0856688027)

Située à l’est du mastaba de Mérérouka dans le grand ensemble de Saqqarah, la tombe d’Ankhmahor a été découverte et déblayée par Victor Loret en 1899, en même temps que celle du vizir Néferséchemrê et celle de Néferséchemptah, toutes trois datant de la VIe dynastie. La tombe d’Ankhmahor fut également baptisée « tombeau des médecins » en raison des scènes qui figurent de part et d’autre du passage reliant la première chambre à la salle à piliers.

À propos des instruments médico -chirurgicaux égyptiens, par Richard-Alain JEAN Ed. Cybele, Paris, 2012 TDM Fiche technique
La mère, l'enfant et le lait en Egypte ancienne par Richard-Alain JEAN et Anne-Marie Loyrette, Éd. L'harmattan 2010 TDM Fiche technique 

Sources CFDRM sur les traces de massages en Égypte
Dictionnaire des Noms propres http://www.cfdrm.fr/Noms_propres_Lettre_E.htm#Egypte
Estradère, Du massage de 1863 TDM Fiche technique page 11, « D'après Alpinus, les Égyptiens se servaient aussi du massage. » voir aussi p. 46/47.
Alpinus De Medicina Egyptiorum 1591 TDM Fiche technique pages 11, 25, 27 et 47
Claude-Étienne Savary, Lettres sur l’Égypte de 1785 en 3 volumes TDM Fiche technique

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(2) Thierry Benderitter : http://www.osirisnet.net/mastabas/niankhkhnoum_khnoumhotep/niankhkhnum_khnumhotep_05.htm
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Cabello Alain http://www.cfdrm.fr/CV_Cabello_Alain.htm

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Alain Cabello
vendredi 5 juillet 2013