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Page créée le : samedi 3 août 2013,  terminée le : mercredi 7 août 2013, 19:28, dernière modification : jeudi 22 août 2013, à 22:27                      
Mots clefs : massages thanato-morbides ; praticien ; massage ; massage chtonien ; masseur ; retour aux origines ; table de massage.
Noms propres : CFDRM de Paris ; Alain Cabello-Mosnier ; Charon ; Achéron ; Cocyte ; Léthé ; Orphé ; Eurydice ; Dédale ; Ariane ; Minos ; Serre ; Olive ; A. Hitler ; Lennie Riefenstahl ; Ésope ; Jean de la Fontaine ; Sénèque ; Lucilius ; Commode ; Althusser ; Hélène ; Eros ; Thanatos ; B. Cartland ; Freud ; Charybde ; Scylla ; Poséidon ; Gaïa ; Zeus ; Circé ; Onan ; Juda ; Jésus ; Dieu ; A. Duperron ; Eden ; La Linea ; Zend Avesta.
Dossier associé :
Article précédant : Lecture d'un Bas-relief du Musée du Pirée, 2 août 2013Article suivant : Démystification systématique de la charge corporelle en massage français

 

 

Massages thanato-morbides dans la carte-postale caricaturale

 Effets secondaires non désirables

Par Alain Cabello-Mosnier.
P/O le
CFDRM
Libre de droits non commerciaux.

 

Rédigé à Paris le : samedi 4 août 2013

 

Introduction

C'est un de mes chevaux de bataille, autant dire un de mes grand thème de recherche, probablement mon favoris, visant à la détection systématique des formes de ce que j'appelle les massages thanato-morbides et ce, quel que soit le support étudié. Le principe est de partir du concept freudien d'Eros et son opposé, Thanatos, dieu grec des Ténèbres, symbolisant la pulsion de mort, afin de tout réduire aux seules couleurs supposées de ce dernier et d'en transposer les camaieux de gris, de noir, de violence et de mort dans le quotidien d'un praticien, au cinéma ou encore comme ici, dans les très riches et bavardes heures de la carte-postale.

L'art du massage dégouline très souvent de couleurs glamours, d'érotismes épuisants, au point d'en devenir parfois la Barabara Cartland anglaise de la caricature, rose jusqu'à l'écoeurement. Vous comprenez bien alors que l'expression de la pulsion de mort n'est plus désormais ici qu'une malvenue, jamais invitée à aucun bal et cela, comme dans tous les contes, elle nous le fait invariablement payer.

Mon sujet est gigantesque, froid mais infiniment passionnant, à vouloir chercher de l'immonde dans cet art, alors qu'il semble plus qu'aucun autre, désirer s'abstraire par nature de la violence omniprésente partout ailleurs dans notre monde. Pourtant, si elle rode bien dans les contes pour enfants jusqu'à mal finir, voir La petite marchande d'allumettes, le massage reste une reproduction malmenée du paradis, qui veut coûte-que-coûte, n'être que joie, alors que quelque part il en contient la chute. Mais ce jardin d'Eden est un no man land qui n'accueille les hommes que pour une seule raison, leur rappeler l'origine de cette expression anglaise que bien peu savent signifier, « terre de personne ». Ils ne peuvent y rester, ici-gît le voyage. La joie dispute à la mort sa part de cruauté que le dialogue vient compenser dans les replis de sa robe millénaire. Alors, bien sûr, pour si peu de temps, tout le monde s'évertue à ne retenir obsessionnellement que l'instant que nous promet l'oubli, orné de colliers et dénué de larmes, comme sur un cargo qui sombre. Ce-sont ces larmes que je viens ici chercher, comme un masseur-Charon , navigant entre l'Achéron , fleuve du chagrin, le Cocyte , torrent des lamentations et enfin Léthé , ruisseau de l'oubli et comme lui, il faut me payer, pour mériter le passage. Le masseur peut ainsi être vu comme un passeur, guide ou sanction selon le lieu d'où l'on choisi d'observer l'allégorie mythologique de sa séance.

Un massage-initiatique est un retour aux origines sur lequel il ne faut jamais se retourner sous peine d'être attiré vers la triste réalité, comme Orphé , dont le but ultime de son voyage était de revenir du monde des morts avec sa femme, Eurydice et qui finit par la perdre. Le massage comme le rêve se brisent à la réalité du retour.

La variante labyrinthique de Dédale fait du massage un parcourt que l'on ne peut vraiment apprécier qu'en bénéficiant du fil d'Ariane , fille de Minos. Vous le voyez le lien permanent avec la mort ? Etrangement, le massage ne s'y dissous pas, il poursuit son dialogue et se révèle comme jamais il ne le fut.

Mais quoi, n'y a-t-il pas que les morts qui se taisent ? Non, les massages sont des moines de silence qui se vivent mais ne se racontent jamais. Je suis le vivant du massage et c'est ici, par cette porte des complaintes qu'est la carte-postale que je vous invite dans l'inter-monde.

Vous savez quoi ? Le sujet est tellement vaste que l'idée de le traiter à partir d'une seule page paraît déjà vain. Il faudrait rassembler chaque pièce une à une afin de former le visage de la mort par cette pixélisation de l'archive mais bon, débroussaillons au moins un peu.

 

Pourquoi choisir la carte-postale caricaturale ?

...par la porte des complaintes.

Tout d'abord, son côté bon enfant semble inoffensif, parfois grivois et disposant de tels traits qu'elle ne semble pas pouvoir concerner de sujets sérieux, elle est faite pour rire et la pensée qu'elle développe est toujours au troisième degré. Ca c'est pour ce qui est des apparences, pourtant la caricature a toujours eu comme chez Ésope ; chez Jean de la Fontaine ou pour rester dans le massage, chez Sénèque dans ses Lettres à Lucilius la 56 où il se plaint de la qualité de son masseur ou encore en passant par cette célèbre carte de Serre en couverture de ce papier, déchirant à l'excès la peau de son patient, exagère une inquiétude toujours omniprésente. Le caricaturiste est une commère de crayon, il fait jaser ses mines au gré des couleurs pour donner une information systématiquement sujette à caution.

Ensuite, et même si je n'en viendrai pas à bout ici, rien que pour traiter de la seul caricature, je trouvais intéressant de ne pas me contenter de la laisser parler juste pour ce qu'elle a à dire, car pour cela il suffit d'aller au musée du CFDRM de Paris, Fiche technique son cartonnier regorge de ces cartes mais là, je voulais les interroger comme des entités ayant des choses supposées sérieuses à dire.

Le monde merveilleux de la carte-postale a énormément à nous apprendre et particulièrement sur le sujet qui nous occupe, les massages thanato-morbides. Nous avons là en quelque sorte deux frères siamois cumulant à la curiosité de leurs attaches tégumentaires, le ridicule de la matérialisation du lien poussé à l'extrême, traduit ici, au service du grand oeuvre, visant à révéler les secrets d'une nouvelle alchimie, le massage mortel déduit de la caricature. Je traduis donc des scènes grotesques dont chacune constitue un boulet consternant afin les transformer en or.

Il était donc plus pertinent de resserrer un peu le champ d'expérimentation plutôt que de se dissoudre dans une vaine tentative de rencontrer ce versus morbide indépendamment du type. C'est fascinant et quitte à produire quelque chose, je préfère que cela soit ciblé, c'est par l'étroitesse d'un jeu que s'ajuste le mieux les arguments.

 

1ère caricature

Je vais commencer mon propos par ce célèbre dessin de Serre afin que vous saisissiez immédiatement ce que je veux dire par pulsion de mort en massage et vous rendre compte que ce n'est pas l'expression d'une simple lubie de masseur dépressif mais bien celle d'une thanato-critique. Ce cas est facile, évident au regard de son issue tragique, pourtant, d'autres le sont beaucoup moins et demandent un certain travail critique.

Ici nous avons une sorte de cas d'école de l'outrance impliquant l'effroyable incompétence d'un praticien dont l'étirement de la colonne, après avoir parcouru tout le balisage du rachis jusqu'à buter contre le crâne, expérimente à merveille les effets du manque de mesure.

Effets secondaires non désirables

Les tissus lâchent, craquent, mais ce n'est pas sans raison, la peau est par trop plissée, amenée trop loin, trop vite et trop brutalement. Le dessinateur ne nous épargne rien ne serait-ce que pour ménager un reste de dignité à notre malheureux masseur ou même par compassion pour la victime, non, les lambeaux de peau se tendent et cèdent, les uns après les autres, d'autres encore ont atteint leur point de rupture, certains fragments sont même projetés, éclaboussés ou en cours de projection. Voyez-là toute rassemblée derrière la nuque ! Là nous sommes les spectateurs malgré-nous de ce moment que personne n'aimerait vivre ou voir et pourtant on nous le montre et nous regardons rieurs et désolés.

Ses os se découvrent, déjà blancs, comme si l'accélération du temps leur donnait la couleur de l'éternité qui, n'en doutons pas, en est une pour le responsable d'un pareil désastre. Solidaires, blancs, nettoyés, à nu à la manière d'une bête à corne ensevelie dans les sables d'un mauvais western.

Les viscères semblent absentes, à peine mises à l'air libre et ce même processus d'accélération du temps comme si le corps s'était instantanément vidé pour nous convaincre de l'aspect foudroyant, implacable de la mort. Le corps est même déjà creux à la manière d'un tombeau, noir comme la nuit, façon de dire qu'il n'y a plus rien à attendre de lui à l'avenir.

Regardez à présent son visage à cet ex-patient, il est écrasé sur la table de massage, le menton n'existe plus, il s'est enfoncé dans la boite crânienne. Les oreilles sont repliées par l'amas de peau qui s'abat sur elles, juste derrière les deux mains du masseur, jointes pour l'occasion afin de leur donner plus de puissance, le mouvement est même horriblement souligné par quelques coups de crayons afin de signifier la vitesse.

_ Passons au masseur, regardez son regard, ce grand moment de solitude où il comprend qu'il vient de faire une boulette mais pas une petite, une de celles dont on préférerait ne pas voir le résultat. Son regard est suspendu à sa bourde, il prend conscience qu'il vient de se passer quelque chose, pourtant il ne semblent pas vouloir quitter des yeux ses mains, baisser la tête le plongerait dans le néant de sa tragique erreur. Il devient tout rouge, la chaleur de son visage semble presque provenir de celle qui quitte déjà notre infortuné massé.

_ Etude de la table : Vous voyez, sur cette carte-postale la mort prend ses quartiers dans chaque détails, et étrangement, plus que le corps, plus que le bourreau malgré-lui, c'est la table qui mobilise toute mon attention justement peut-être parce qu'elle semble ne rien avoir à se reprocher. Seulement, à y regarder de plus prés je lui trouve un aspect trop rectangulaire, ses angles sont trop secs pour être ceux d'une table de relaxation, non, elle parait osciller entre le catafalque et la pierre tombale. La serviette qui se trouve sous notre regretté massé se découpe comme la trappe d'une crypte.

Ce meurtre accidentel dans un salon de massage, peut-être perpétré par un kinésithérapeute est, sinon un assassinat, en tout cas une scène arrangée par le dessinateur lui-même. C'est lui qui a cherché dans cet instant à y introduire la mort et à nous faire croire à un malheureux concourt de circonstance. La mort a été sciemment amenée là dans l'intention de faire croire à un accident, ce n'est pas Monsieur Olive le meurtrier, c'est Serre lui-même. Le massage thanato-morbide que l'on pourrait me reprocher de souhaiter ériger comme une discipline à part entière par perversion tentant à décrédibiliser l'art du massage est constitué par d'autres, volontairement, en déguisant la scène de crime en regrettable fait divers. La mort est amenée par l'intermédiaire du banal, personne n'oserait lire dans les yeux de ce professionnel l'intention, ce n'est qu'une navrante histoire qui conduit de la faute au décès et c'est ici que j'interviens pour dire, non, cette mort est celle de tous. Elle est là comme elle serait ailleurs, il suffit d'enquêter.

 

2eme caricature

Ci-dessus nous avons une archive dite de tête, c'est-à-dire qu'elle initie le sujet, Le masseur du kaiser, tout un programme même si ça reste moins pire que lorsque ça devient une politique.

Précisons tout de suite que le mot Kaiser est un mot allemand signifiant empereur, il fut attribué aux Souverains du Saint-Empire et aux Empereurs allemands (1871-1918), Adolf Hitler ne le portera pas puisqu'il deviendra Président, Titre qu'il délaissera au profit de Führer (« guide »). Pourtant, par association il sera souvent qualifier de kaiser et lorsqu'on veut dénoncer le comportement dictatorial de quelqu'un on le traite de kaiser.

Cet individus est taillé pour encaisser la superposition des stéréotypes qui se succèdent ici, avec pour tête d'idiot une bonhomie bienveillante d'autant plus inquiétante qu'elle se trouve en complet décalage avec se que laisse présager le titre de Kaiser. De toute façon, notre présumé praticien très rose, trop rose, ne devrait pas être capable de comprendre la moitié de se qu'on lui reproche. Son menton, plus plein que son crâne, tend à confirmer son caractère de gentille brute et d'ancien marin qui lui donne l'aspect d'un garçon fréquentant probablement davantage les tavernes que les rings.

Alors au-delà du sexisme, puisque l'atteinte au sexe ne se conjugue pas seulement au féminin, nous ajouterons l'obésité, corrélée ici à son physique de gros nounours. Habituellement notre animal est brun ce qui devrait assez bien aller avec la couleur des chemises à la mode à cette époque mais là, notre nazillon ne peut pas non plus prétendre représenter la race, car le malheureux reste assez éloigné du standard cinématographique passablement gay et hellénisant de Lennie Riefenstahl , donc il ne restait plus qu'à tenter de l'associer par la caricature à un métier de simple, celui de masseur aux mains gantées pour la rixe.

Ici je n'ai pas besoin ici de creuser beaucoup mon sujet pour faire comprendre ce que je tends à démontrer par mon papier, la bagarre est parfois, par les circonvolutions de l'expression associative, qualifiée de massage. Sans doute quelqu'uns d'entre-nous l'auront-ils entendu, ainsi, pour parler de personnes qui se sont battues, on habille la violence des vêtements de l'euphémisme et l'on dit qu'elles se sont massées... Notre homme, combattant peu convaincant, conserve tout-de-même tout son potentiel de brute préposée comme masseur du kaiser, entendez, exécuteur du roi.

Alors bien sûr vous me direz que l'expression est beaucoup moins usitée aujourd'hui mais remettez-vous dans le contexte de l'époque.

Je vais vous aider. Avant que le mot massage ne sorte des malles d'Anquetil Duperron dans ses Zend Avesta de 1771 TDM Fiche technique pages 80 ; 333/334 ; 342/343 ; 353-356 du tome 1 sur 3, le mot qui le remplaçait était friction. Là, tout d'un coup, ça devient plus clair pour tout le monde, se frictionner entre gaillards nous paraît plus pertinent, mais nos deux termes n'en n'empruntent pas moins leurs aspects thanato-morbides à l'art de la baston comme une sorte de massage chtonien qui nous vient des entrailles de la pulsion. Le dénominateur commun des deux qu'il faut retenir c'est le toucher, qu'importe qu'il soit violent ou doux, consentant ou refusé, c'est lui qui qualifie le massage même désagrégé de ses intrants positifs traditionnels. Ici le message violent et caricatural est facile à détecter car la parodie de l'image s'associe à notre sujet mais nous verrons qu'il peut aussi se glisser dans des scènes d'une stupéfiante candeur, et vouloir chercher la mort dans du pastel nous semble plus perfide que le crime que l'on dénonce. C'est pour cela que mon sujet induit de fait un malaise difficile à dissiper, rechercher des traces thanato-morbides dans un métier réputé par nature aux antipodes de toute violence surprend. Il est comme la musique, universelle, pourtant même elle peut prendre des dehors particulièrement agressifs comme dans le rock ou le hardcore, et si elle peut accompagner le meurtre au cinéma, le massage peut quant à lui l'exécuter.

Les gants de boxe sont aussi une transition particulièrement intéressante à étudier même si beaucoup d'entre-nous ignorent que le gant est un intermédiaire ancien du set du masseur Fiche technique. Utilisé comme médiateur entre la mains et peau, il la distrait, la nettoie, la flagelle et donc, quelque part, la bat, doucereusement ou de façon plus convaincue comme notre boxeur le symbolise. Le lien qu'il entretient avec le massage ne se résout pas à la seule légende que nous indique notre carte, elle est aussi dans le matériel et même dans la carrure de notre personnage que nous retrouverons souvent dans la carte-postale, costaud et donc, intransigeant manipulateur.

 

 

 

 

Pour terminer et parmi ses multiples défauts, notre carte est aussi au demeurant très germanophobe, il faudrait savoir qui l'a publié et son année d'édition mais mon sujet c'est l'attribue de masseur auquel on l'assigne. Sa seconde légende intrigue, Another pill for kaiser Bill "Une autre pilule pour kaiser Bill". Que faut-il comprendre par là ? Que notre molosse à grosses poignes est ce qu'il mérite de mieux ou au contraire, que sa présence est une des douceurs qu'il réserve à ses hôtes ?

 

3eme caricature

Poursuivons notre petit inventaire des massages thanato-morbides avec la carte-postale suivante, toujours allemande, mais il faut savoir que ce pays, au-delà d'avoir été très raillé pour sa brutalité, cause de désordres considérables dans l'histoire récente contemporaine de ce média, n'en reste pas moins très en avance pour tout ce qui touche au corps, au naturisme, au massage qui sont des pratiques qui viennent sourcer régulièrement auprès de cette Grèce qui les inspirent tant.

Sur la première carte que nous avons étudiée le bourreau était seul posant avec ses outils, ici le binome s'installe dans une dialectique Thanato-morbide. Le massé arbore sur le premier registre une regard circonspect, un quart d'heure est passé sur le second et notre homme est déjà effrayé par les effets spectaculaires de sa fonte musculaire qui s'aggrave sur le troisième registre au même rythme que se sourcils poursuivent leur ascension.

Le quatrième plan ne fait que confirmer les inquiétudes apparemment fondée de notre malheureux massé réduit à l'état de baguette de pain sur laquelle ne subsiste qu'une désespérante serviette dissimulant les fesses d'un massé devenu La Linea de la séance, vous savez, ce dessin animé à partir d'une ligne ? Là le masseur a peut-être un peu trop était efficace, vous remarquerez également l'aspect toujours rustre du praticien, corrélant ainsi la conséquence d'une souffrance à une carrure et à des traits proches de la bête et ce, en une heure, montre en main. Aucune violence évidente n'est ici à déplorer au premier abord, pourtant, le visage au regard de plus en plus décomposé ne nous aura pas échappé, notre homme se voit disparaître avec tout ce que cela peut avoir d'horrible. Maigrir c'est mourir par abandon de substances vitales.

L'atteinte est ici corporelle et chtonienne, elle s'exprime dans le corps devenu bâton, symbole de violence, et dans la scène elle-même du masseur dubitatif qui enferme à la fois l'erreur professionnelle et la consternation du massé. Le bâton est une branche mal-traitée à laquelle on a retiré des branches plus petites, des feuilles, on l'a taillée, mise à dimension. La personne massée fut ici mise à la dimension de l'incompétence d'un homme qui n'a pas su s'arrêter avant.

Sur la vignette ci-dessous je vous communique l'équivalent féminin.

 

 

 

 

 

4eme caricature

Sur le même registre nous passons à cette vue française mettant en scène un massage amincissant tout-à-fait réussi puisque le massé a carrément disparu, légendée "Succès complet". Comme quoi, un massage complet est toujours déconseillé...

Notre boxeur allemand la promettait, le suivant montrait sa capacité à mener au désastre prévu sa séance par son manque de discernement, mais là nous sommes face à l'efficacité française, tout doit disparaître. La violence est bien sûr supposée mais l'humour n'est qu'un paravent que le réel rend tragique. Nous n'en arrivons pas moins à la négation de la personne effacée de l'existence par son masseur. Je vous rappelle les cas de ces masseurs ayant exécuté leur massé(e) comme l'Empereur Commode le fut, étouffé par le sien Fiche technique, ou encore le philosophe Althusser masseur dilettante par trop énergique du cou de sa femme Hélène Fiche technique et même si nous ne disposons pas de cartes-postales reprenant ces faits historiques nous sommes bien sur une finalité identique, sachant que même si ici elle n'était pas l'objectif, elle n'en est pourtant pas moins devenue la conséquence tragique.

Ce que le massage interroge dans ces cas d'école c'est comment un ductus, un déroulé technique peut passer du dialogue au duel morbide en empruntant la même chaîne, sans qu'il y ait rupture ? Le masseur est sollicité pour vaincre une tension, une douleur, il est l'élément actif qui se retourne contre son sujet pour nuire non pas à ses noeuds de tension mais au corps qui les abrite. En réalité, tout massage, invariablement contient cette dichotomie, l'homme est conscience et inconscience, le couple massé est le rejeu de cette symétrie structurelle qui contient une gigantesque construction faite de rêve, de technique, de projection mais toujours, toujours cette part d'erreur systémique, un game over codé en chacun d'entre-nous.

Concernant la surcharge pondérale plus marquée sur cette vue, le thanato-dialogue est ici double, une obésité morbide mettant l'homme en situation de décès en lien avec sa prise de rendez-vous, (c'est le but du massage amincissant) et le face-à-face avec le praticien au visage de boucher aboutissant à ce succès complet par palper/rouler qui conduit à la disparition des graisses superflues, mais là c'est le patient lui-même devait être superflu aux yeux de notre praticien puisqu'il fini par gommer tout-à-fait son massé de sa table de massage.

L'embonpoint serait aussi un sujet à traiter tant il est large. Sa stigmatisation sociale pour non conformité aux dogmes de la beauté et de la jeunesse que nous exaltons toujours davantage n'y est pas pour rien. Dans la carte-postale elle devient tantôt l'objet du crime, tantôt l'arme elle-même selon qu'elle concerne le/la massé(e) ou le/la masseur(se).

Sur le patient elle est ce qu'il faut combattre soit par le massage soit par la légende ou bien encore par le regard décomposé du masseur lorsqu'il voit l'énormité du travail qu'il a à faire ou que sa cliente n'est pas la fille mais la mère.

Sur le ou la praticien(ne) est l'image de sa tyrannie, de son absence de complaisance et la projection par comparaison du calvaire que l'on va vivre.

 

5eme caricature

Vous remarquerez que le massage induit toujours un dialogue, une dualité qui s'exprime par la parité comme le préfixe de ces termes l'évoque, il n'y a jamais de témoin et c'est ce qui rend la gravure suivante intéressante puisqu'elle implique la présence d'un tiers, le soleil.

Notre bel ami est celui de toujours des vivants, les espèces à naître comme les morts n'en bénéficient pas ou plus, son crédit est donc important et bien, même lui vient justifier notre inquiétude. Il nous restitue par sa jaune rondeur tous les éléments d'expressions du visage indiquant l'empathie la plus sincère, les sourcils relevés, les yeux ronds et écarquillés et la bouche béate en un oh ! de compassion. Visiblement le souci du soleil n'est pas sans fondement puisque le principal intéressé, pourtant de bonne constitution, semble souffrir le martyre sous les coups consciencieux de son praticien. Ses poings refermés et repliés contre lui comme un gros bébé plus que mature ainsi que sa tête déformée par la douleur en témoignent allègrement.

Ce qui est formidable dans ces runes de mort disséminées partout entre rire et couleur c'est que même si c'est massif, que ça existe depuis toujours, on lui cherche malgré tout des circonstances atténuantes qui confinent à l'aveuglement, une douleur crayonnée est toujours moindre qu'une douleur peinte et leurs supports nous protègent du réel comme autant de filtres qui édulcolorent celle que l'on connaît tous. Lorsque le trait est grossi on préfère le suivre comme un joueur de flûte et se focaliser sur ce qui permet d'en rire même s'il nous mène collectivement à la noyade, nous ne voulons surtout pas souhaiter y trouver l'ombre de Thanatos. La voir est une conséquence, la trouver est une perversion car elle signifie l'avoir chercher.

Ce qui m'intéresse ici c'est la première des manifestations de mort qui moi me saute aux yeux en la présence de la sueur. Inexorable goutte-à-goutte chargé de toxines et symbole d'effort. Il ne s'agit pas là de reprocher quoi que ce soit à ce mécanisme naturel, complexe et judicieux, voire érotique, mais de l'isoler dans le cadre qui nous est proposé. La transpiration contient sa part de morbidité, d'ailleurs, physiologiquement, nous savons que le sel qu'elle laisse sur la peau est de nature à l'assécher, mais ici, chez cet homme, si elle découle bien de l'effort qu'il produit, elle devient thanato-efficiente par un autre canal et se transmet à notre homme comme le marque son visage. Le canal dont je vous parle est celui qui conduit un groupe de mouvements masso-orientés visant à détendre à devenir douloureux sans que cela soit forcément nécessaire. Notre carte ne s'est pas construite autour du geste mesuré, professionnel et nécessaire. Elle illustre l'obstination sinon bornée en tout cas sans empathie pour le patient, la raison de sa venue est son seul objectif.

D'ailleurs, de façon systémique l'inquiétude nous contamine ; nous sommes malgré nous un système qui se croit indépendant et autonome, pense qu'il ne fait que regarder un autre système inerte qu'il contrôle alors qu'en réalité, il y participe malgré tout de façon active et inconsciente et en constitue même une pièce dynamique, parmi d'autres, dans un méta-système déjà existant. C'est souvent le cas des systèmes qui en contiennent d'autres, ils pensent être les derniers de la chaîne à être les seuls à comprendre ce pourquoi ils ont été fait, et la réalité profonde de ce qu'ils surveillent, c'est-à-dire superviser ceux d'en dessous, alors qu'en fait, ils sont à leur tour étudiés par d'autres qui eux-même le sont par des systèmes encore plus vastes. Parfois cette étude ne concerne d'ailleurs qu'une partie seulement du sujet objet de leurs analyses comme par exemple cette carte-postale qui ne peut pas être que rigolotte, elle contient, malgré elle une part d'histoire, de vérité, d'humour, de technique indépendamment de sa finalité qui est d'être une envoyée postale destinée à faire sourire. Moi ce qui m'intéresse c'est la séquence d'après, une fois que tous ces mécanismes ont fonctionné, qu'ils se sont déclenchés l'un après l'autre, de les réduire à la flamme de la question et voir ce qu'elle devient après avoir méthodiquement été segmentée par l'esprit de déduction.

La mort est ici partout et personne ne la voit justement parce que nous pensons assister à une séance de massage par nature inoffensive, systématiquement inoffensive, on se le dit, on se le répète, ce n'est là que le trait et rien que le trait que convoque l'artiste à la seule volonté d'amuser le spectateur. C'est aussi simple que cela, le vivant à besoin de hiérarchiser l'importance de ses inquiétudes, celles constituant un réel danger et celles ne faisant que les simuler pour en rire.

 

 

6eme caricature

Ici c'est le thème de l'infidélité qu'il serait intéressant d'aborder sur le registre Thanato-morbide parce qu'il amorce l'autre grand groupe thanatoïde qu'est la place de la sexualité en massage et son corollaire, la prostitution.

Cette prise parait très sage au premier abord, la dame est assise, habillée on ne peut mieux, les apparences sont sauves, nous n'avons rien à lui reprocher à ceci prêt que les écrits dont nous disposons disent tout le contraire.

« Le massage est très sain dis-tu ! Pour les deux sexes. Massons-nous ensemble veux-tu ? Belle maîtresse. » Ici le massage est central on parle bien de toucher élaboré pourtant, il s'agit de retourner une conversation, "tu dis que c'est bon pour les deux sexes" ce qui implique une conversation antérieure dont on n'a pas la teneur, nous ne disposons que de l'affirmation reprise par l'interlocuteur afin d'y ajouter sa propre déduction donc, "massons-nous", entendez de façon friponne que le "Belle maîtresse" vient confirmer. Il ne s'agit pas là de relaxation technique, on ne parle pas de masseuse mais bien de maîtresse ce qui sous-entend "mari ou femme trompés".

L'adultère reste un crime en communauté, car il ne s'agit pas de seulement attenter aux partenaires de vie de part et d'autre des protagonistes mais ils s'attentent à eux-même ainsi qu'à leur celui ou celle qui personnifie l'escapade.

La tromperie est l'alphabet du mensonge qui est à la fois un pêché de religion et un suicide de l'éthique ou plutôt devrais-je écrire, « la tromperie est l'alphabet du mensonge qui est à la fois un pêché de religion pour les croyants et un suicide de l'éthique pour les hâtés laïcards. » Car il s'agit de construire un monde fictif et parallèle à celui que l'on a bâti avec la bénédiction sociale de son groupe d'appartenance. Ce monde là vit dans le magnétisme du premier comme la résultante d'une nouvelle chance qu'on s'octroi en s'affranchissant de toutes les règles auxquelles on adhère soi-même et que l'on aimerait pas voir bafouées par son concubin. Partant de la vie impossible que l'on pensé mener avec l'autre on s'autorise d'y remédier en s'offrant un "amour" qui deviendrait tout d'un coup possible en le fondant sur des règles que ne valident aucun ordre. L'infidélité est l'empire des ombres. Si le statut d'amant ou de maîtresse amuse c'est parce qu'il se fait au détriment de quelqu'un d'autre que soi. La personne mariée trompe l'autre, s'arroge de jouer à sa convenance avec qui lui plait en s'appropriant le caractère-même de la relation qu'il tisse puisque tout est fait pour rester invisible et mettre son nouvel amour à sa disposition le temps que l'on accepte de lui accorder, c'est de l'égoïsme méchant que la caricature dévore. La carte-postale ne se prive pas d'en jouer parce qu'elle croit ne mouvoir que des individus fait de mines de plomb et de coups de pinceaux rigolards. Elle est l'homme au beau rôle ou femme légère, soit frivole, soit masseuse afin d'ajouter du piquant. La maîtresse élevée comme un pendant d'épouse reste une charge qui double la peine alors que la "maîtresse-masseuse, versus putain" n'est plus que la dépouille opime d'une femme que l'on pare des attributs sexuels de l'homme, elle est une femme devenue homme puisque réduite à son plaisir le confinant à une homosexualité de forme.

Alors bien sûr le crime est caricatural mais un meurtre de dessin reste la réactivation des mécanismes sociaux sur lesquels on insistent bien pour faire rire. La masseuse ou masseur est une maîtresse ou amant facile que l'on entretient à bon compte puisqu'elle se rémunaire à la séance ou, comme l'on dit de façon grivoise, en nature, ce qui renvoie aux premiers mécanismes fins de la prostitution plus ou moins formulés qui est l'autre versant pervers de la mise à disposition simplifiée de l'autre. La cage dorée de la sexualité dispose donc d'un pan que représente le mariage, d'un second occupé par la maîtresse, un troisième par la masseuse et pour refermer le tout sur ce petit monde humain, de la putain.

 

Ci-dessous je vous propose un groupe de cartes-postales autour de la maîtresse-masseuse ou de l'amant-masseur.

Rapidement j'indiquerai que la fidélité est une des dernières formes de dictature politique imposés comme régime parfait de la nuptialité. Mon opinion est que l'esprit doit pouvoir se saisir convenablement de ces thèmes en discuter profondément dans le couple.

 

7eme caricature

Peut-être pourrais-je terminer par cette carte illustrant l'épuisement et la sueur commune de nos deux individus ? Voilà, la prestation se termine et visiblement les deux sont exténués tout en partageant les grands items des massages thanato-morbides qui sont tous là ou presque. L'avachissement, l'abattement, la solitude, l'incompréhension de part et d'autre.

Commençons par la légende de la carte n° VI, « Et quand le massage est finit, On se sent jeune et rafraîchi. », rien n'est moins sûr car le propos contient sa part de toxicité en se superposant avec le cliché, visiblement ce n'est pas la fraîcheur qui prime ici mais plutôt l'épuisement, voir, la dépression. Malheureusement le CFDRM de Paris n'a référencé que trois photos sur les six que semble compter cette série si l'on part du principe que celle-ci est par déduction la dernière. Il n'en possède aucune mais nous voyons l'intérêt d'une telle initiative visant à numériser celles qui sont acquises et récupérer au gré du web celles qui circulent.

Le massé reste amorphe, voûté à la décente de la table de massage, les épaules tombante, sa tête est baissée, ses yeux sont clôt et il reste toujours aussi rondelet qu'il l'était au début.

Le masseur quant à lui s'appuie péniblement sur la même table avec un poing encore rougi par ses activités pour le moins vigoureuses, d'ailleurs, la carnation de la peau cramoisie contient en germe l'expression de tissus malmenés. Il porte la main gauche à son front ce qui induit une volonté d'ombrager ses yeux par un geste qui apaise. La transpiration est également convoquée chez nos deux protagonistes avec la dimension thanato-morbide que nous avons déjà parcourus. Regardez comme l'absence de communication est là encore flagrante, je crois que nous avons le fil rouge de notre sujet, ce qui relie ces scènes destructrices jusque dans leurs fondement, ce n'est pas la violence induite des comportements mais l'absence d'affecte, d'infra dialogue implicite, par des mouvements comprit. Chacun est dans sa sphère et fait ce qu'il a à faire, trimer pour l'un, souffrir pour l'autre.

 

 

 

 

 

 

 

Conclusion

J'auras donc subrepticement abordé ici et de façon sans doute encore hésitante cette prise morbide à laquelle rien n'échappe, pas-même la carte-postale caricaturale sachant que je perçois bien que je pourrais allez beaucoup plus loin dans le développement, j'ai juste la sensation d'avoir fournie ici une base de travail. Ce papier me donne l'impression d'être devenu un simple croquis au fusain jeté sur un mur par un peintre enfermé dans la passion de son sujet mais ce n'est pas un tableau pour autant, tout juste une esquisse.

Freud nous dit que le mental humain se structure autour ce double embranchement que sont la pulsion de vie et celle de la mort, entre le l'éros et thanatos ; personne ne peut échapper à cela. Si tel est le cas, alors une séance de massage devient forcément une caisse de résonance de ces doubles influences. La question est comment les cerner, les expliquer, les commenter ?

Vous connaissez le mythe Grec de Charybde et Scylla ? L'une, fille de Poséidon et de Gaïa (la Terre) fut foudroyée par Zeus et changée en un gouffre marin pour avoir volée alors que l'autre, une nymphe fut changée en monstre marin par Circé . Il symbolise pour moi cet éros gigantesque dans lequel baigne le massage et duquel personne ne semble pouvoir échapper et, pour la circonstance il me plairait de l'associer à Onan qui était le deuxième fils de Juda le patriarche, pas l'apôtres de Jésus, il sera également foudroyé par Dieu pour avoir fraudé parterre, c'est-à-dire éjaculé. Charybde me semble contenir dans ce gouffre l'immensité de l'érotisme et Scylla être la bête de mort qui circule en permanence dans ce cadre majestueux de la séance de massage-carte-postale comme la caricature de l'homme semblant vouloir extraire de ce à quoi il ne peut pas-même sortir. On se déplace entre Charybde et Scylla, entre l'appel du désir ou ses énergies et la décente que constitue le jugement de valeur, toute atteinte à l'éthique.

 

Je ne pense pas que j'aimerais que l'on dise de moi que je suis un iconoclaste du massage, je me poserais davantage comme un orthodoxe du geste maîtrisé, j'aime les symboles qui l'anime mais c'est la pompe qui me dérange dans ce qu'elle a d'usurpant. Paraître professionnel n'est pas l'être, c'est par l'étude, par le texte que l'on peut y parvenir. La mort, ici, m'y a aidé.

 

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Alain Cabello
vendredi 2 août 2013